Il n'y a pas de gagnant clair pour l'Amérique aux élections présidentielles en Iran

Il n'y a pas de gagnant clair pour l'Amérique aux élections présidentielles en Iran

Par le comité de la rédaction (18 mai à 7:51 PM) Le Washington Post

L'élection présidentielle en Iran, ce vendredi, est une course habituelle entre un homme relativement modéré, le président sortant, Hassan Rohani, et un conservateur pur et dur soutenu par le Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI) et, très vraisemblablement, l'ayatollah Ali Khamenei.

Il n'est pas juste de dire que la différence entre les deux concurrents est insignifiante : M. Rohani, adopté par la classe moyenne éduquée iranienne, favorise une application plus souple des règles islamiques à l’intérieur du pays et de l'engagement avec les investisseurs occidentaux à l'étranger, alors que son rival principal, Ebrahim Raisi, est un populiste qui se déchaîne contre l'influence étrangère et prédit le "régime sioniste" d'Israël sera rayé... de Jérusalem."

Du point de vue des Etats-Unis, cependant, il n'est pas clair s’il faut se pencher vers l’un ou l’autre des concurrents de cette 12ème édition de l’élection présidentielle depuis la révolution de 1979. Les deux candidats ont promis de s'en tenir à l'accord de 2015 qui a gelé la production de l’uranium enrichi et autres activités nucléaires pendant environ une décennie. Et tous les deux semblent engagés à poursuivre la tentative agressive de l’Iran pour l'hégémonie au Moyen-Orient par d'autres moyens, y compris les interventions militaires en Irak et en Syrie, l'appui apporté aux rebelles au Yémen ou encore le harcèlement des navires américains dans le Golfe persique.

Le pari de M. Rohani a toujours été que l'Iran pouvait continuer ces guerres tout en stimulant son économie avec les investissement lucratifs et accords commerciaux. Jusqu'ici, il a eu partiellement raison : l'Iran a doublé ses exportations du pétrole depuis l'accord sur le nucléaire, renforçant son taux de la croissance économique à plus de 7 pour cent. Mais les grandes banques et les investisseurs occidentaux ont en grande partie restés à l’écart de Téhéran, en partie à cause de les sanctions américaines. Par conséquent, le gouvernement n’a pas été en mesure de financer de grands projets d'infrastructure, et les Iraniens ordinaires en ont vu peu de résultats. Le chômage reste stable à plus de 12 pour cent.

Le président a, quant à lui, n'a pas non plus eu les moyens ou l’occasion d’endiguer le pouvoir judiciaire ou le CGRI à l’intérieur du pays. Au moins quatre citoyens américains, ainsi que plusieurs autres Occidentaux, sont retenus comme des otages de facto par ces factions, ce qui tue également l'appétit des investisseurs. S'il a été soutenu par les dirigeants du « mouvement vert » de 2009, M. Rohani a omis de donner suite à sa promesse de faire libérer ces dirigeants après des années de résidence surveillée.


L'insurrection de 2009 a été déclenchée par la manipulation apparente d'une élection présidentielle. Cette année, il semble peu probable de voir les Iraniens descendre dans la rue, même si M. Khamenei manipule les urnes afin d'installer M. Raisi qui, selon les rumeurs, pourrait être un successeur potentiel du guide suprême, âgé de 77 ans. M. Rohani n'offre pas de véritable changement démocratique et manque donc le soutien populaire dont jouissaient le candidat Mir Hossein Moussavi en 2009 ou encore avant lui, l'ancien président Mohammad Khatami.

Certains observateurs des questions iraniennes estiment que l'Occident saurait mieux vivre avec une victoire de M. Raisi, qui probablement replongerait l'Iran dans son isolement international et alimenterait en fuel le mécontentement domestique. L'accord sur le nucléaire était essentiellement un pari par les Etats-Unis, selon lequel l'Iran allait changer dans plus d'une décennie et perdre son appétit pour poursuivre son programme d’armes nucléaires. L'administration Obama avait calculé que le genre d'ouverture économique promu par M. Rohani apporterait ce changement. Mais une transformation réelle en Iran impliquerait un effondrement de la République islamique. Une victoire de M. Raisi contrecarrerait les Iraniens dans leur espoir de changement à court terme, mais peut-être accélérerait aussi la venue du jour de rendre des comptes pour le régime.