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Iran : rappelons nous du massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988

Iran Focus:  En 1988, Rouhollah Khomeiny, le guide suprême des mollahs, a lancé sa "solution final" par une fatwa décrétant le massacre des prisonniers politiques en Iran. Durant le terrible été 1988, plus de 30 000 prisonniers politique dont une grande partie était en prison pour avoir milité ou sympathisé avec les Moudjahidine du peuple d'Iran, la principale force d'opposition au régime, ont été exécutés. 

C'est  le CNRI qui, alerté par les familles des prisonniers politiques, a pour la première fois alertée en 1988, l'opinion publique sur l'existence de ces massacres. En automne 1988, de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme ont fini par tirer la sonnette d’alarme sur les exécutions de masse qui se poursuivaient en Iran et demandaient une enquête internationale.

En décembre 2000, Hossein-Ali Montazeri, un religieux de 79 ans, qui avait été pendant dix ans le successeur désigné de Khomeiny, le dirigeant suprême du régime théocratique au pouvoir en Iran, publiait ses mémoires. Ce texte révélait des documents choquants sur les atrocités commises par le régime, dont la plus horrifiante sur le massacre des prisonniers politiques en 1988 sur l’ordre de Khomeini. Le livre de Montazeri a également le mérite d’avoir une valeur légale et politique unique, dans la mesure où il révèle pour la première fois, des documents clés sur la manière dont  le massacre avait commencé et conduit par la suite. Parmi ces documents, le plus important est le texte de la fatwa – décret religieux qui a la force de la loi en Iran des mollahs – par laquelle Khomeiny ordonne le massacre de tous les prisonniers politiques. « Ceux qui, à quelque niveau que ce soit, continuent à appartenir aux Monaféquines [Moudjahidin] doivent être exécutés. Exterminez les ennemis de l’Islam immédiatement, » a-t-il décrété.

Le 9 août 2016, un document confidentiel enregistré sur cassette audio d'une réunion tenue le 15 août 1988 entre l'ayatollah Hossein-Ali Montazeri, ancien héritier présomptif de l'ayatollah Khomeiny, des membres du ministère de la Justice et du Renseignement iranien, a été rendu public après 28 années de secret. Il montre de nouveaux détails sur la plus grande vague d'exécutions politiques au monde depuis la Seconde guerre mondiale. Dans ce document audio les auteurs du massacre de 1988 confirment eux-mêmes de vive voix ces exécutions. Les exécutions de masse de prisonniers politiques ont débuté en Iran dès 1981.

Selon les avis des juristes internationaux et les organisations des droits de l'homme, ce massacre est un exemple flagrant de crimes contre l'humanité et de génocide. Car son principal objectif était d'éradiquer un mouvement politique spécifique.

Le journal ‘Le Monde’ écrivait en mars 1989 : « L’imam Khomeini a convoqué le procureur de la révolution , Hojjato-Islam Khoeiniha, pour lui donner l’ordre de faire exécuter tous les Moudjahidin, qu’ils soient en prison ou ailleurs, pour être entrés en guerre contre Dieu. Les exécutions ont suivi les procès sommaires. Le procès consistait à mettre en œuvre des méthodes différentes de pression pour forcer les prisonniers à repentir, changer d’opinion ou passer à l’aveu...Parmi de très jeunes Moudjahidin exécutés, se trouvait certains de ceux qui étaient emprisonnés depuis 8 ans, alors qu’ils n’étaient âgés que de 12 à 14 ans, pour avoir pris part aux manifestations publiques » (Le Monde, 1er mars, 1989). 

 

 

 


 

 

Appel à un tribunal international pour les auteurs du massacre de 1988 

 

La vague dévastatrice d'exécutions politiques en Iran en 1988 représente « l’événement le plus noir de l'histoire de la République islamique ». Au début de juillet 1988, l'ancien guide suprême du régime iranien, Rouhollah Khomeiny, a promulgué une fatwa (décret religieux) faisant des membres et des partisans des Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI) comme «mortad » (apostats) et « mohareb » (ennemis de Dieu).

Dans sa fatwa, Khomeiny a écrit : « Il est décrété que ceux qui sont dans les prisons du pays et qui s’obstinent à soutenir les hypocrites [l'OMPI], sont en guerre contre Dieu et sont condamnés à l'exécution (…) La fermeté avec laquelle l'islam traite les ennemis de Dieu fait partie des principes incontestables du régime islamique. J'espère que grâce à votre rage révolutionnaire et votre vengeance contre les ennemis de l'Islam, vous obtiendrez la satisfaction du Dieu Tout-Puissant. »

Par la suite, en réponse à une question du chef du judiciaire, Khomeiny a dit : «Si à n’importe quelle étape ou n’importe quel moment l’individu [prisonnier] maintient son soutien aux hypocrites [l'OMPI], la sentence est l'exécution. Anéantissez les ennemis de l'islam immédiatement. En ce qui concerne les dossiers, utiliser n'importe quel critère qui permette d'accélérer l’application du verdict. »

Parallèlement à la fatwa, ce que l'on appelle des «commissions de la mort » ont été formées à travers le pays. Elles étaient composées d'un juge de la charia, d’un représentant du procureur et d’un représentant du ministère du Renseignement et de la Sécurité (Vevak). Les détenus devaient répondre à une simple question concernant leur position politique. Ceux qui refusaient de revenir sur leur position étaient immédiatement exécutés.

En conséquence de ce processus qui a duré plusieurs mois, des milliers de prisonniers politiques ont été exécutés, l'écrasante majorité d'entre eux étant membres et sympathisants de l'OMPI.

Le rapporteur spécial sur les exécutions arbitraires de l'ONU a déclaré dans un rapport le 6 février 1989 que « le 14, 15 et 16 août 1988, 860 cadavres ont été transférés de la prison d'Evine au cimetière de Behecht-e-Zahra ». Dans beaucoup de prisons du pays, pas même un seul prisonnier n’a survécu pour témoigner sur le massacre. Les charniers à travers le pays ont été remplis de cadavres des suppliciés. Un exemple notoire est le cimetière de Khavaran situé dans le sud de Téhéran, que le régime a essayé récemment de détruire afin de dissimuler les preuves qui y étaient enterrées.

L’horrible vague d’exécutions de ces personnes innocentes, qui avaient tous soit purgé leur peine soit étaient en attente de leur libération, et dans certains cas avaient été libérées et de nouveau arrêtées, a déclenché les protestations de Hossein-Ali Montazeri, qui était à l'époque le dauphin désigné de Khomeiny. Dans ses lettres, en juillet et août 1988, Montazeri évoque «l'exécution des membres existants de l'OMPI dans les prisons» et un «massacre». Il écrit: « En fin de compte, l'exécution de plusieurs milliers de personnes en l'espace de quelques jours ... ne sera pas un acte infaillible. »

Une des caractéristiques principales de ce massacre, c'est qu'il a été effectué dans le secret absolu. Tous les contacts de la prison avec le monde extérieur ont été coupés et il a donc fallu des mois, voire des années, avant que les familles et les organisations des droits humains puissent saisir la véritable ampleur de cette catastrophe. Dans un communiqué sur les exécutions de prisonniers politiques en 2007, Amnesty International fait état du massacre de 1988 et dit : «Les exécutions ont été autorisées au plus haut niveau de la direction iranienne (…) Amnesty International estime que ces exécutions relève du crime contre l'humanité (…) Les exécutions de 1988 doivent faire l'objet d'une enquête indépendante et impartiale et tous les responsables doivent être traduits en justice, et recevoir des sanctions appropriées. »

Malheureusement, la communauté internationale n'a pas apporté la réponse appropriée que cette atrocité mérite, et ce dossier, qui représente la pire vague d'exécutions politiques depuis la Seconde Guerre mondiale, reste toujours fermé. Or les fonctionnaires responsables du crime continuent d'occuper certains des postes politiques et judiciaires les plus élevés dans le régime iranien. En outre, l'accusation de "mohareb" (ennemi de Dieu) continue d'être utilisée comme un instrument de la justice en Iran pour prononcer des peines de mort contre les opposants politiques. L'ampleur de ce crime dépasse de loin celle du massacre de Srebrenica en Bosnie.

Il faut briser ce lourd silence et à ouvrir la voie à une enquête internationale. Tant que ce crime n'aura pas été soumis à un arbitrage international impartial, et aussi longtemps que ses auteurs n'auront pas été traduits en justice, la communauté internationale dans son ensemble sera tenue responsable. D’autant plus que les autorités du régime ont déclaré que la fatwa promulguée pour le massacre de 1988 est toujours en vigueur et que « mohareb » (ennemi de Dieu) continue à faire partie de la loi sur les châtiments islamiques (articles 183 à 195 du code pénal islamique).

Compte tenu du fait que les crimes contre l'humanité ne sont pas soumis à un délai de prescription, la seule alternative pour le Conseil de sécurité est de se saisir de l'affaire et d'établir un tribunal spécial pour enquêter sur ce grand crime.

De nombreux juristes internationaux et de défenseurs des droits humains ont appelé à mettre en place ce tribunal afin de réexaminer l'affaire du massacre de 1988 et de traduire les responsables en justice. Maryam Radjavi, la dirigeante de la Résistance iranienne a appelé le Conseil de sécurité des Nations unies  « à mettre en place un tribunal spécial pour juger les auteurs de ce crime grave, en particulier parce que ceux qui ont appliqué en 1988 la fatwa de Khomeiny, occupent à présent des postes politiques et judiciaires dans le régime, poursuivant leurs actes meurtriers et criminels. »

Selon la présidente du CNRI « la communauté internationale est confrontée à un test crucial aujourd'hui, qui consiste à adopter une position de fermeté en rejetant une dictature meurtrière qui est en fait une honte pour l'humanité au 21e siècle. Les relations économiques et politiques avec un tel régime doivent être subordonnées à la cessation des châtiments cruels et à l'amélioration des droits de l'homme en Iran. »

 


 

Les mémoires de Montazeri, le dauphin de Khomeini

 

En décembre 2000, Hossein-Ali Montazeri, un religieux de 79 ans, qui avait été pendant dix ans le successeur désigné de Khomeini, le dirigeant suprême du régime théocratique au pouvoir en Iran, publiait ses mémoires. Ce texte révélait des documents choquants sur les atrocités commises par le régime, la plus horrifiante étant le massacre de plus de 30,000 prisonniers politiques en 1988 sur l’ordre de Khomeini.

Ce n’était pas la première fois que le monde entendait parler de ce massacre. Des informations sur ce carnage avaient filtré malgré le rideau de fer de la censure mis en place par les mollahs pour imposer un black out total sur leur crime. Avant même l’automne 1988, de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme et des ONG avaient tiré la sonnette d’alarme sur les exécutions de masse qui se poursuivaient en Iran et demandé une enquête internationale.

Le livre de Montazeri a toutefois le mérite d’avoir une valeur légale et politique unique, dans la mesure où il révèle pour la première fois, des documents clés sur la manière dont  le massacre avait commencé et conduit par la suite. Parmi ces documents, le plus important est le texte de la fatwa – décret religieux qui a la force de la loi en Iran des mollahs – par laquelle Khomeini ordonne le massacre de tous les prisonniers politiques. « Ceux qui, à quelque niveau que ce soit, continuent à appartenir aux Monaféquines [Moudjahidin] doivent être exécutés. Exterminez les ennemis de l’Islam immédiatement, » a-t-il décrété.

Ce qui donne plus d’authenticité à ces révélations est qu’elles sont faites par un homme qui était au moment de ce crime le successeur officiellement désigné de Khomeini et la deuxième plus grande autorité dans le pays. Les documents et récits contenus dans les mémoires de Montazeri complètent et corroborent des milliers de rapports substantiels et des plaintes officielles déposées par des témoins oculaires et les familles des victimes du massacre. Ceux-ci prouvent sans l’ombre d’un doute que la plupart des hauts responsables du régime des mollahs ont participé à l’application de la politique de l’extermination des prisonniers politiques en 1988.

Dans ses mémoires, l'Ayatollah Montazeri, publie une lettre qu'il a écrit à ce dernier:

 


La première lettre de l'ayatollah Montazeri à Khomeini en  juin 1988 


Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux,

A l'attention du grand ayatollah l'Imam Khomeiny, que le Dieu prolonge sa vie.

Je vous présente mes salutations.

En ce qui concerne votre récent décret sur l'exécution des Monaféghines* prisonniers, je pense que l'exécution des personnes arrêtées à la suite des événements récents n'aura pas d'impacts négatifs et que la nation et la société accepteront cela.

Par contre, en ce qui concerne l'exécution des personnes ayant été en prison depuis un certain temps, j'ai plusieurs observations à vous soumettre : 

Premièrement, dans les circonstances actuelles, ces exécutions seront perçues comme des représailles et des actes de vengeance.

Deuxièmement, cela va endeuiller et écœurer leurs familles dont un certains nombre sont croyantes et partisanes de la Révolution,

Troisièmement, beaucoup de prisonniers ne persistent plus sur leur position, mais certains responsables font preuve de dureté et les traitent comme ceux qui persistent sur leur position.

Quatrièmement, dans les circonstances actuelles, après les pressions et les attaques de Saddam et des Monaféghines*, nous faisons figure de victime et beaucoup de médias et de personnalités ont pris notre défense. Ce n'est pas dans l'intérêt du régime ni dans celui de votre propre personne qu'ils recommencent leur propagande contre nous.

Cinquièmement, en ce qui concerne les prisonniers ayant déjà été jugés et conformément aux règles juridiques en vigueur condamnés à des peines inférieures à la peine de mort, la décision de les exécuter sans motif et sans aucune nouvelle activité de leur part, serait une décision contraire à toutes les règles de droit et contraire à toutes les jurisprudences. Une telle décision n'aura pas un écho positif dans l'opinion publique.

Sixièmement, nos autorités judiciaires, nos procureurs et non responsable des renseignements ne sont pas des gens parfaits, ils peuvent commettre des erreurs. Votre récent décret conduira inévitablement à l'exécution des innocents. Dans les affaires sérieuses, il n'est pas permis de trancher lorsqu'il y a des doutes.

Septièmement, jusqu'à présent, avec tant de violences et de tueries qu'est ce que nous avons pu obtenir? La seule chose qu'on a obtenu, c'est qu'il y a de plus en plus de propagandes contre nous alors que les gens sont de plus en plus attirés vers les Monaféghines* et les anti-révolutionnaires. Il est temps qu'on fasse preuve de davantage de clémence. C'est ainsi qu'on pourra attirer les gens.

Huitièmement, si vous insistez à faire appliquer votre décret, au moins, ordonnez que les décisions de condamnation à mort soient prises par consensus et non pas par la majorité des voix. De plus, ordonnez que les femmes, en particulier les femmes ayant des enfants, soient épargnées. 

Pour finir, la décision d'exécuter plusieurs milliers de personnes en quelques jours, n'aura pas un bon impact et il y aura forcément des bavures. Un certain nombre de juges qui sont des gens croyants, sont très perturbés d'avoir été obligés de prendre de telles décisions. Cette phrase du prophète de l'Islam trouve ici toute sa pertinence : "Lorsque vous êtes chargés de juger et sanctionner un musulman, atténuez votre sentence autant que possible et si possible pardonnez. Lorsque vous risquez de commettre une erreur de jugement, il est préférable de se tromper en pardonnant plutôt que de se tromper en condamnant."

Je vous salue, que le Dieu prolonge votre vie

Le 9/05/1967 (le 29 juin 1988)

Hossein Ali MONTAZERI*

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1) "Monaféghines" signifie littéralement "Hypocrites", c'est la terminologie officielle du régime pour designer les Modjahédines du Peuple d'Iran

2) L'Ayatollah Montazeri est décédé en décembre 2009 après près de trois décennies en résidence surveillée

 



La fatwa de Khomeiny

 

« Etant donné que les Monafeghines (1)  sont des traîtres qui n'ont aucune croyance en l'Islam, que tout ce qu'ils disent est motivé par leur ruse et leur hypocrisie, que leurs dirigeants ont avoué leur apostasie à l'égard de l'Islam,

Etant donné qu'ils sont en guerre contre le Dieu, qu'ils mènent des guerres classiques [contre le régime] dans le nord, dans l'ouest et dans le sud du pays, en collaboration avec le parti Baas irakien, qu'ils font de l'espionnage pour Saddam contre notre nation musulmane,

Etant donné qu'ils sont en relation avec l'Arrogance mondiale (2), que dès le début de sa fondation, ils ont porté des coups lâches au régime de la République islamique,

[Il est ordonné ce qui suit :]

Tous ceux qui sont emprisonnés à travers le pays et qui persistent dans leur hypocrisie sont condamnés à mort car ils sont en guerre contre le Dieu.

A Téhéran, la compétence de prononcer des sentantes de mort est du ressort d'un comité tripartite composé de Monsieur Hodjatoleslam Nayyeri, Monsieur Eshraghi et un représentant du ministère des renseignements. Même s'il est plus prudent que les décisions soient prises pas consensus, la majorité des votes suffit.

De même, dans les prisons de chacun des chefs-lieux des provinces du pays, les sentantes de mort prononcées après le vote du juge religieux, du procureur de la révolution [du province] ou son substitut et du représentant du ministère des renseignements doivent être nécessairement mises en application.

Il serait naïf d'être clément à l'égard de ceux qui ont déclaré la guerre à Dieu. L'intransigeance de l'Islam à l'égard des ennemies du Dieu fait partie des principes intangibles du régime islamique. J'espère que votre colère et votre haine révolutionnaire contre les ennemis de l'Islam produiront la satisfaction du Dieu.

Que les Messieurs chargés de prendre les décisions ne fassent preuve d’aucune hésitation, ni doutes, ni atermoiement. Ils doivent s'efforcer à réprimer les mécréants avec la plus grande violence. Faire preuve d'hésitation dans les affaires judiciaires de l'Islam révolutionnaire serait négliger le sang pur des martyrs. »

Rouhollah al-Moussavi al-Khomeiny

1) "Monafeghines" signifie littéralement "Hypocrites", c'est la terminologie officielle du régime pour designer les Modjahédines du Peuple d'Iran.
2) "l'Arrogance mondiale" est le terme utilisé par le régime de Khomeiny pour désigner des Etats-Unis d'Amérique.



 


 

Amnesty International déplore l'impunité pour le « massacre des prisons » en Iran

 

AMNESTY INTERNATIONAL

Déclaration publique
Index AI : MDE 13/118/2008
ÉFAI


19 août 2008

Iran. Le 20e anniversaire du « massacre des prisons » de 1988

Vingt ans après le lancement en septembre 1988, par les autorités iraniennes de l'époque, d'une vague d'exécutions sommaires, massives et le plus souvent secrètes, Amnesty International demande une fois encore que les responsables du « massacre des prisons » soient tenus de rendre des comptes. Il ne devrait pas y avoir d'impunité pour des violations des droits humains aussi manifestes, quelle que soit la période à laquelle elles ont été commises.

L'organisation demande également au gouvernement iranien actuel de ne pas empêcher les proches des défunts de se rendre au cimetière de Khavaran dans le sud de Téhéran ou de marquer cet anniversaire aux environs du 29 août en demandant justice pour les êtres chers qu'ils ont perdus. Parmi les personnes exécutées sommairement, des centaines sont enterrées dans ce cimetière, souvent dans des fosses communes.

Amnesty International craint que les autorités iraniennes ne cherchent à empêcher ou disperser toute manifestation et elle rappelle au gouvernement iranien qu'il est tenu aux termes du droit international d'autoriser les personnes qui se rassemblent pacifiquement à exprimer leurs points de vue sans craindre d'être arrêtées.

Le droit international relatif aux droits humains requiert des autorités iraniennes qu'elles enquêtent de manière exhaustive et impartiale sur les violations du droit à la vie telles que celles qui ont été commises lors du « massacre des prisons », qui a débuté en 1988 et s'est poursuivi pendant l'année qui a suivi ; les autorités sont tenues d'identifier les responsables de ces agissements et de les déférer à la justice. Ni le fait de n'avoir rien entrepris jusqu'à maintenant, ni le temps qui s'est écoulé depuis ces homicides ne réduisent la responsabilité qu'ont les autorités d'agir.

Les responsables de ces homicides – qui constituent une des pires violations des droits humains commises en Iran – doivent être poursuivis en justice et jugés par un tribunal légalement constitué offrant toutes les garanties d'une procédure régulière, conformément à ce que prévoient les normes internationales d'équité des procès. Si l'enquête conclut à leur culpabilité, ces personnes devront recevoir une sanction appropriée prenant en compte la gravité de ces crimes, sans recours à la peine de mort ni aux châtiments corporels.

Complément d'information
À partir d'août 1988 et jusqu'à peu après le dixième anniversaire de la révolution islamique en février 1989, les autorités iraniennes ont procédé à des exécutions massives de prisonniers politiques : il s'agissait de la plus importante vague d'homicides depuis celles qui avaient eu lieu lors de la première et de la deuxième année ayant suivi la révolution iranienne en 1979. Au total, entre 4 500 et 5 000 prisonniers, parmi lesquels se trouvaient des femmes, auraient été tués.

Pour plus d'informations, voir le document d'Amnesty International intitulé Iran. Violations des droits de l'homme 1987-1990 (index AI : MDE 13/21/90)


 

 

Une bande audio de l’Ayatollah Montazeri fait scandal

 

C'est avec consternation que les Iraniens ont découvert en aout 2016 la bande audio de l'ayatollah Montazéri dénoncant le massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988 en Iran. « C'est le crime le plus terrible perpétré en République islamique depuis la révolution et pour lequel l'histoire va nous condamner, » déclare-t-il dans cet enregistrement de 40 minutes de propos tenus lors d'une réunion à huis clos entre ce dauphin du fondateur de la République islamique et les quatre membres de la commission chargée de mener « l'épuration » des prisons iraniennes.

C'est la première fois que ce sujet sensible est évoqué dans les médias en Iran. Les autorités ont toujours cherché à éluder cet épisode sanglant de leur règne, de crainte d'éventuelles poursuites devant un tribunal pénal international pour ce qu'Amnesty International a décrit comme « crimes contre l'humanité ». Or depuis la publication de l'enregistrement audio publié par le fils de l'ayatollah Montazéri, à l'occasion du 28e anniversaire de « l'été sanglant », les appels des opposants, mais aussi des figures du régime, pour faire la lumière sur « le massacre des prisons » sont de plus en plus nombreux.

Dans cet enregistrement sonore, posté par son fils, on peut entendre les propos échangés, le 15 août 1988, entre Montazeri et les membres de la « commission de la mort ». Montazeri proteste contre le massacre des prisonniers politiques commencé quelques semaines plutôt :

« Le crime le plus important commis sous la République islamique et pour lequel nous serons condamnés par l’Histoire, c’est vous qui l’avez commis et c’est pourquoi l’Histoire enregistrera vos noms en tant que criminels (…) Notre peuple a (le principe) du Guide suprême en abomination. Ce n’est pas comme ça que je voulais que ça se passe. Dans 50 ans, Khomeiny sera jugé comme une figure sanguinaire et cruelle ».

 

Les réactions

Le député Ali Motahari, vice-président du parlement, a demandé des explications à trois des quatre membres de la « commission de la mort », qui continuent à détenir des postes clés au sein de l'État : Mostafa Pour-Mohammadi, actuel ministre de la Justice du gouvernement Rohani, était le représentant du ministère du renseignement (Vevak) au sein de la sinistre commission, Hossein-Ali Nayeri, actuel chef de la Cour suprême, était juge islamique et Ebrahim Raïssi, en charge de la puissante fondation Astane-Qods-Razavi, était procureur général. « MM. Raïssi, Nayeri et Pour-Mohammadi, qui étaient impliqués dans ces évènements, doivent s'expliquer et clarifier la question pour le peuple. Et, bien entendu, s'il y a eu lacune dans la manière d'appliquer les peines, ils doivent alors présenter des excuses », a déclaré Ali Motahari à la tribune du Majlis.

 

L’agence de presse gouvernementale ISNA, le 28 août 2016

« Dans une lettre, 30 députés du Majlis (Parlement) ont demandé à ce que soit menée une enquête sur l’aptitude de Montahari à en être le Vice-président. Mohammad-Ali Pour-Mokhtar a annoncé cette nouvelle, déclarant à l’ISNA : « 30 députés ont écris une lettre à la délégation en charge de l’application de l’article 26 du règlement du Majlis (la délégation qui lit la réclamation écrite aux responsables des comités concernés ainsi qu’aux membres du comité qui rédige le règlement intérieur) demandant qu’une enquête soit menée et qu’un vote de confiance soit prévu sur la qualité de vice-président d’Ali Montahari au Majlis. Selon l’ISNA, un certain nombre de membres du parlement ont réagi [ce] dimanche à la lettre d’Ali Motahari à Mostafa Pour-Mahammadi, réclamant des réponses aux questions soulevées ainsi qu’une explication concernant les exécutions de 1988. »

 

La fierté du Ministre de la Justice face au massacre de 1988

Le Ministre de la Justice iranien, Mostafa Pour-Mohammadi, qui fut l’une des personnalités impliquées dans le déroulement du massacre et dont la voix aurait été entendue sur l’enregistrement de Montazeri a déclaré : « Les commandements de Dieu n’accordent aucune merci aux non croyants parce qu’ils ne vous en accordent pas non plus, et nous ne devrions pas en accorder au CGRI puisque s’il le pouvait, il ferait couler votre sang, comme il l’a fait. (…) Nous sommes fiers d’avoir appliqué le commandement de Dieu à l’égard des hypocrites (Moudjahidine du peuple) , de s’être levés avec force et d’avoir combattu les ennemis de Dieu et du peuple. ». (L’Agence de presse Tasnim, affiliée à la force Qods du CGRI, le 28 août 2016)

 

Le Guide suprême des mollahs reconnait le massacre de 1988

Lors d’une réunion avec le gouvernement d’Hassan Rohani le 24 août 2016, le guide suprême des mollahs, Ali Khamenei, fit référence à l’enregistrement de M. Montazeri et fit part de son inquiétude quant aux « efforts faits pour disculper les hypocrites (Moudjahidine du peuple) ». D’après son site officiel, « … en faisant référence à cette tentative de blanchiment des Moudjahidines, responsables de ce crime, il dit : « Malheureusement, certaines personnes essaient de laisser croire à l’innocence de criminels responsables de la mort de milliers de personnes ordinaires et d’officiels et de dignitaires reconnus, et de ternir l’image radieuse du dernier Imam (Khomeiny). Mais ces personnes malveillantes ne parviendront pas à leur fin et échoueront comme elles ont échoué auparavant. » 


La reconnaissance du massacre de 1988 par Hachemi Rafsandjani
Lors d’un rassemblement du Conseil de discernement le 27 août 2016, Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, le président du conseil et ancien président du régime iranien, a exprimé son profond regret face à cette nouvelle vague d’attaques dirigées envers (le fondateur de la république islamique) Khomeiny.

L’Agence de Presse Fars, affiliée aux pasdaran, cite les propos suivants tenus par Rafsandjani le 27 août 2016 : « La vague qui submerge actuellement tous les médias étrangers de l’opposition, à tel point qu’une exposition, autorisée par la maire de la ville, s’est tenue à Paris, transposant les scènes d’exécutions à notre époque. L’importance du soutien dont a bénéficié ce groupe terroriste à l’époque implique nécessairement une certaine modération. » Il a poursuivi comme suit: « L’objectif principal de nos ennemis nationaux et internationaux est de prendre leur revanche sur le rôle et le statut sans précédent tenus par l’Imam (Khomeiny) dans l’histoire contemporaine de l’Iran et du monde. ». Rafsandjani ajoute enfin : « Nous devons agir avec précaution et exposer le parcours de l’Imam de manière à ce qu’il ne puisse pas être détourné par ses opposants. ».


L’Assemblée des Experts exprime son soutien au massacre de 1988
Site internet de l’Assemblée des Experts, le 28 août 2016
Le Secrétariat de l’Assemblée des Experts (responsable notamment de la désignation du futur Guide suprême) a pris position sur le scandale autour de l’enregistrement de Montazeri de la manière suivante : « Peut-être est-il encore difficile pour certains de comprendre la décision, historique et révolutionnaire, de son Excellence l’Imam Khomeiny d’agir de manière si déterminante et intransigeante à l’égard de l’OMPI et de poursuivre les chefs ainsi que certains membres de l’OMPI en 1988, tout comme il peut leur être encore difficile de saisir le savoir et la prévoyance de cet homme divin dans la manière de sauvegarder le régime islamique qui est le fruit d’une lutte et d’efforts de l’ancienne et de la nouvelle générations de ce pays. Par cette décision opportune, prise à un moment critique, l’Imam a su éviter la sédition. »

« Ces cruels [OMPI], dont les crimes et la trahison contre cette terre sont bien connus, n’ont-ils pas de temps à autres, soutenus par l’Arrogance (l’Occident) et par certains États réactionnaires, cherché à faire renaître leurs existences maléfiques et pourries ? Un jour à Paris, l’autre en tant qu’invité spécial du criminel le roi d’Arabie saoudite en pèlerinage à la Mecque, et un autre jour encore en répandant de fausses informations sur notre régime et notre guide suprême, ils cherchent à se faire connaître. »
« Quel esprit équitable, quelle conscience éveillée ne pourrait douter du fait que l’enregistrement d’une réunion soit publié après presque trois décennies à des fins maléfiques ? Ce n’est pas le fait que les Etats-Unis, criminels, essayent de temps à autres et sous divers prétextes d’influencer ses agents et ses mercenaires de manière à ce qu’ils puissent assouvir leurs ambitions illusoires d’affaiblir le régime islamique, le principe du Velayat-e Faqih (la suprématie du Guide suprême), et la place honorable du guide suprême religieux dans l’esprit des croyants et, en même temps, de blanchir l’OMPI en la faisant passer pour une victime. Ils ne réalisent pourtant pas que le fait de ressusciter une fausse entité par le biais de revendications telles que la défense des droits de l’Homme n’est qu’un complot bâclé et voué à l’échec. »

« Tout en condamnant les crimes funeste de [l’OMPI] en Iran et en Irak, l’Assemblée des Experts condamne la publication par les partisans de cette organisation, de cette bande audio, ce qui ne fait porter de l’eau au moulin de l’ennemi, et avertissons les personnes raisonnables, en particulier la chère jeunesse de l’Iran islamique, que l’OMPI, avec ses crimes et son faible niveau d’organisation, est sur le point de s’effondrer et n’ira nulle part par le biais de telles tentatives, sans espoir, de souiller la véritable image de son Excellence l’Imam (Khomeiny) et du saint régime de la République islamique d’Iran, et ils ne parviendront pas à réduire d’un iota la profonde croyance de vous, peuple pieux et raisonnable, qui suit la voix de l’Imam et de la révolution. »

 

Un ancien responsable du cabinet de la Présidence révèle de nouvelles informations sur le massacre de 1988

Mehdi Khazali, qui travaillait dans le cabinet de la Présidence sous Ali Khamenei et Hashemi Rafsandjani, a décrit diverses scènes du massacre de 1988 à Evin. Il est le fils du mollah Abolqasem Khazali qui était à la tête du Conseil des Gardiens du régime dans les années 1980. Lors d’une apparition télévisée sur Dorr TV, Mehdi Khazali, a déclaré : « Le groupe le plus important qui s’opposa à l’État fut l’Organisation des Moudjahidines du Peuple… Il ne pouvait être anéanti que sur autorisation de l’Imam (Khomeiny). En réalité, ils (les responsables du régime) voulaient le faire disparaître pendant que l’Imam était encore en vie. Ils disaient que quiconque serait relâché se rebellerait ; nous serions ensuite plongés dans une situation nous opposant à un nombre important de personnes. Dès lors, nous exécutions ces personnes, ces exécutions terrifieront les familles et personne n’osera se rebeller. » Khazali ajoute : « Selon un ancien directeur du Ministère du Renseignement, quelques 20 000 personnes [furent exécutées] à Téhéran et aux alentours. Cela veut dire que les 4 000 (mentionnées par M. Montazeri) venaient de Téhéran et que selon un certain M. Maleki, près de 33 000 personnes furent pendues en l’espace d’un mois environ. (Le Dr Mohammad Maleki était le Président de l’Université de Téhéran après la révolution de 1979).

 Ahmad Khatami, responsable de la prière du vendredi à Téhéran, le 19 août 2016

« … Ceux qui ont collaboré (avec l’OMPI) dans les prisons et affirmé leur détermination, sont eux aussi Mohareb (en guerre avec Dieu). Ce que le feu Imam a fait en 1988 constituait un acte religieux, coranique et révolutionnaire et rendit un grand service à la nation iranienne musulmane. Si l’Imam n’avait pas agi de manière si courageuse, nous ferions aujourd’hui face à d’importants problèmes; nous ne serions pas en sécurité. Nous devons notre sécurité actuelle à cette décision révolutionnaire de l’Imam (…) Les gens ne devraient pas croire ce qui est répandu par les réseaux satellites étrangers. »

 Sadeq Larijani, Chef du pouvoir judiciaire, le 15 août 2016

« … Les pays occidentaux et leurs alliés régionaux essayent d’apporter leur soutien à l’OMPI en les invitant à Paris et en organisant des rassemblements et, malheureusement, certains à l’intérieur même du pays tentent également de participer à ces campagnes et troubler l’opinion publique. Mais ils doivent savoir que le pouvoir judiciaire agira avec fermeté et que tout trouble apporter à l’ordre public sur ces questions de sécurité engendrera des poursuites judiciaires… Ce qui a été fait sous ordre de la Cour ne peut être remis en cause, et le verdict donné à l’égard des groupes qui sont mohareb est très clair, mais certains empruntent malheureusement de mauvais chemins et disent d’étranges choses… ».

 Le mollah Mohammad Jafar Montazeri, Procureur général, le 17 août 2016

« … Nous sommes désolés de voir au sein même de la République islamique d’Iran certaines personnes se positionner du côté de l’ennemi et en accord avec la musique jouée par Israël, les Etats-Unis, le monde occidental et leurs alliés régionaux. Ils blanchissent, malheureusement, l’organisation criminelle qu’est l’OMPI. »

 Le mollah Qolam-Hossein Mohseni-Ejei,

Site internet de la chaîne d’information de l’Etat (IRINN), le 28 août 2016
Le site internet de la chaîne d’informations iranienne a cité l’ancien Ministre du Renseignement et actuel porte-parole du système judiciaire, le mollah Qolam-Hossein Mohseni-Ejei : « Le bilan sombre de l’OMPI ne peut être blanchi de cette manière mensongère. » L’IRINN a ajouté : « Ejei a fait référence à un enregistrement audio dont le but était de blanchir l’image de l’OMPI et qui a été mise en ligne. Il a déclaré : « Les crimes et la trahison de l’OMPI contre le peuple iranien sont si forts et si répandus qu’ils ne peuvent être parfaitement compris par la nouvelle génération. »

 L’Agence de Presse Fars, affilée aux Pasdarans, le 27 août 2016

Majid Ansari, conseiller juridique d’Hassan Rohani et membre du Conseil de discernement, a déclaré lors d’une réunion du conseil le 27 août 2016 : « En plus de la distorsion de l’image de Khomeiny, une conspiration complexe s’établie au niveau international dans le but de présenter l’organisation terroriste [l’OMPI] comme une organisation civile et légitime. »

 Mohammad Ali Ansari, membre du Cabinet du Guide suprême à l’époque de Khomeiny, le 10 août 2016

« Ces déclarations de l’Ayatollah Montazeri ne sont pas justes et comprennent des préjugés que certaines personnes malintentionnées de son entourage ont provoqués… Ceux qui ont occupés l’esprit de M. Montazeri avec de faux problèmes l’ont poussé à défendre les libéraux et les Moudjahidine, et ont permis la publication de ces enregistrements… La publication de cette bande audio, 28 ans plus tard, à un moment où les leaders du Monde de l’Arrogance (les Etats-Unis) et les apostats sont engagés auprès des hypocrites (Moudjahidine du peuple), permet leur réhabilitation et leur apporte de la légitimité… ».

 L’ancien ministre des Gardiens de la Révolution, l’agence de presse Tasnim, le 28 août 2016 :

Mohsen Rafiqdoost, ancien Ministre des Gardiens de la Révolution pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) : « L’Imam a écrit dans son testament qu’il quitte ce monde avec l’esprit tranquille, car il avait réglé la question des Monafeghine [OMPI]. Parce qu’il était conscient que sans le règlement du problème de Monafeghine, la révolution se trouverait en difficulté. (…) L’enregistrement de Montazei révèle le désespoir des Monafeghine. »

 Ali Razini, un responsable du système judiciaire, le 16 août 2016

« … Il y a malheureusement à l’intérieur et à l’extérieur du pays des politiques qui permettent d’une certaine manière la réhabilitation des hypocrites (Moudjahidine du peuple) … Ceux qui ont été reconnu comme ennemi de Dieu ont vu leur peine appliquée et l’émergence de nouveaux problèmes fut combattu. La sécurité dont nous jouissons désormais en Iran, qui se présente comme une île tranquille au milieu de tous les pays instables de la région, est le fruit de cette application des sanctions par l’Imam Khomeiny… Nous sommes reconnaissants à l’égard du père de la révolution islamique qui a agi avec tant de détermination et a empêché l’importation de l’insécurité…»


 

 

 

Six ONG exigent un tribunal international sur le massacre de 1988 en Iran

A l’occasion du Trente-troisième session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unis à Genève, six ONG ont écrit au Secrétaire général de l’ONU pour exiger un tribunal international sur le massacre de 1988 en Iran.

Dans une déclaration présentée conjointement par France Libertés, Fondation Danielle Mitterrand, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), le Women's Human Rights International Association, le International Educational Development, le Non violent Radical Party et le Transnational and Transparty, les organisations non gouvernementales dotées du statut consultatif général auprès des Nations-unis, ont écrit :

Le massacre de 1988 des prisonniers politiques en Iran constitue un crime contre l'humanité

Le 9 août 2016, un document confidentiel enregistré sur cassette audio d'une réunion tenue le 15 août 1988 entre l'ayatollah Hossein-Ali Montazeri, ancien héritier présomptif de l'ayatollah Khomeiny, des membres du ministère de la Justice et du Renseignement iranien, a été rendu public après 28 années de secret. Il montre de nouveaux détails sur la plus grande vague d'exécutions politiques au monde depuis la Seconde guerre mondiale. Dans ce document audio les auteurs du massacre de 1988 confirment eux-mêmes de vive voix ces exécutions. Les exécutions de masse de prisonniers politiques ont débuté en Iran dès 1981.

Après le cessez-le-feu de la guerre Iran-Irak en juillet 1988, l'ayatollah Khomeiny a promulgué une fatwa (un décret) stipulant :

"Puisque ces traîtres de Monafeghine (OMPI) ne croient pas dans l'islam, que ce qu'ils disent est du mensonge et de l'hypocrisie, que leurs dirigeants ont admis être des renégats, qu'ils sont en guerre contre Dieu ... il est décrété que ceux qui sont incarcérés dans le pays et qui maintiennent fermement leur soutien aux Monafeghine (OMPI) sont en guerre contre Dieu et sont condamnés à être exécutés. A Téhéran, M. l’hojatoleslam Nayyeri, juge religieux, et M. Eshraqi, procureur de Téhéran, ainsi qu'un représentant du ministère du Renseignement décideront de la sentence à appliquer par vote majoritaire. Dans les prisons situées dans les capitales provinciales, le juge religieux, le procureur de la révolution et un membre du ministère du Renseignement statueront sur la procédure à suivre. Les responsables des procédures judiciaires ne doivent pas se montrer hésitants ou dubitatifs, ils doivent être des plus intransigeants face aux infidèles."

Interrogé par le chef du pouvoir judiciaire pour savoir si ce décret devait s'appliquer à ce ux qui avaient déjà été condamnés, l'ayatollah Khomeiny déclare :

"Dans tous les cas mentionnés ci-dessus, si, à n'importe quel stade ou n'importe quel moment de la procédure, la personne maintient son soutien aux hypocrites (OMPI) la sentence sera l'exécution. Anéantissez immédiatement les ennemis de l'islam. En ce qui concerne ces cas, utilisez n'importe quel critère pour accélérer la mise en application du verdict."

Sur la base du décret de l'ayatollah Khomeiny, des commissions similaires ont été créées dans toutes les provinces. Le titre officiel de ces commissions était la "commission d'amnistie" que les prisonniers ont appelé la "commission de la mort". De nombreuses victimes de cette vague d'exécutions étaient des prisonniers qui avaient été condamnés par les tribunaux de la révolution à plusieurs années d'emprisonnement et qui purgeaient leur peine. Certains d'entre eux l'avaient même terminée mais n'avaient pas été relâchés ou avaient été incarcérés sans motif. D'autres avaient été libérés mais ont été à nouveau arrêtés et exécutés durant le massacre des prisonniers politiques.

Dans la cassette audio de la réunion du 15 août 1988, on entend M. Montazeri s'adresser à la commission de la mort. Les personnes présentes étaient Mostafa Pour-Mohammadi, représentant du ministère du Renseignement, Hossein-Ali Nayyeri, juge religieux, Morteza Eshraqi, procureur de Téhéran, et Ebrahim Raïssi, vice -procureur de Téhéran. Pour-Mohammadi est actuellement ministre de la Justice iranienne, Nayyeri est président de la cour suprême de la discipline des juges, et Raïssi préside la fondation Astan Qods-e Razavi, un des plus importants centres politiques et économiques du pays. Raïssi est aussi candidat à la succession de Khamenei.

Au cours de cette réunion, les points suivants ont été soulevés : Montazeri : "Dans certaines villes, ont été commis (par les juges) toutes sortes d'irrégularités (crimes) ... et à Ahwaz, c'était vraiment horrible. Tel juge, tel autre dans cette ville ou dans cette autre, ont condamné des gens à 5, 6, 10 ou 15 ans d'emprisonnement. Exécuter ces personnes alors qu'elles n'ont plus d'activités démontre que le système judiciaire est dans sa totalité défaillant."

S'adressant à Pour-Mohammadi, le représentant du ministère du renseignement, Montazeri dit : "Le renseignement contrôle les exécutions et s'y est investi. Ahmad Khomeini (fils de Khomeini) dit depuis trois-quatre ans que les militants de l'OMPI devraient tous être exécutés, même s'ils n’ont fait que lire leurs journaux, leurs publications ou leurs déclarations."

Montazeri : "Des jeunes filles de 15 ans et des femmes enceintes font partie des victimes. Or, dans la jurisprudence chiite, même si une femme est 'Moharreb' (en guerre contre Dieu), elle ne doit pas être exécutée. C'est ce que j'ai dit à Khomeiny, mais il a répondu, non, exécutez aussi les femmes."

A la suite de la mise en application du décret dans certains établissements pénitentiaires du pays, dont celui de la prison Dizel Abad à Kermanchah, de la prison Vakil Abad de Machad, de la prison Gachsaran, de la prison de Khoramabad, de la prison de Kerman et de la prison Masjed-Soleyman, pas un seul prisonnier n'a été épargné. Dans d'autres prisons pratiquement tous les militants affiliés à l'Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) ont été exécutés. Dans un des quartiers de femmes de la prison de Radjaï-Chahr (Gohardacht) de la ville de Karadj, seules quatre des 200 prisonnières ont survécu.

Dans une lettre adressée à Khomeiny, datée du 31 juillet 1988, l'ayatollah Montazeri proteste contre les exécutions de masse et révèle "la mort de plusieurs milliers de personnes en quelques jours". Dans une autre lettre, l'ayatollah Montazeri fait référence aux exécutions en tant que "massacre" et écrit que les Moudjahidine du peuple représentent une idéologie et une école de pensée qui ne sauraient être éliminées par des exécutions.

Peu de temps après le début de ce massacre des Moudjahidine du peuple, de nombreux militants d'autres groupes politiques ont aussi été exécutés.

Procédures de la "Commission de la mort"

Selon de nombreux rapports, la procédure des commissions de la mort était très simple. La première question était : "A quel groupe politique appartenez-vous ?". Ceux qui répondaient 'Moudjahidine' (OMPI) étaient envoyés dans les geôles. La réponse "correcte" était "monafeghine", c'est-à-dire hypocrite, le terme péjoratif utilisé par le gouvernement pour désigner l'OMPI. Selon l'ayatollah Montazeri, dans certaines villes, cette réponse n'était pas suffisante et d'autres questions étaient posées :
- Acceptez-vous de venir à la télévision pour condamner les monafeghine ?
- Etes-vous prêt à combattre les monafeghine ?
- Etes-vous prêt à passer un nœud coulant au cou d'un membre actif des monafeghine ?
- Etes-vous prêt à nettoyer les champs de mines pour l'armée de la République islamique ? Une réponse négative à une seule de ces questions signifiait l'exécution.

Fosses communes

Les personnes exécutées à Téhéran et dans d'autres villes ont été enterrées dans des fosses communes. Dans certains cas, plus d'une centaine de cadavres étaient empilés les uns au-dessus des autres et n'ont jamais fait l'objet de fouilles : les dirigeants iraniens ont essayé d'effacer toute trace de ces charniers. Mais en 2008 et début 2009, des bulldozers ont aplani le site de fosses communes du cimetière de Khavaran à l'est de Téhéran. Dans une déclaration, Amnesty International a insisté pour que ces cimetières soient gardés intacts en vue d'enquêtes.

Le Rapporteur de la commission des droits humains de l'ONU chargée des exécutions arbitraires a déclaré dans son rapport de 1989 :
"Au cours des journées des 14, 15 et 16 août 1988, 860 cadavres ont été transférés de la prison Evin (Téhéran) au cimetière de Behesht-e Zahra." Ceci en dépit du fait que la majorité des morts avaient été enterrés dans des fosses communes du cimetière de Khavaran."

Reza Malek, un ancien haut responsable du ministère du renseignement devenu lanceur d'alerte, a été arrêté et relâché récemment après douze années de prison. Il avait envoyé clandestinement une vidéo à Ban Ki-moon de l'intérieur de la prison révélant qu'en quelques jours 33.700 personnes ont été exécutées pendant les massacres de 1988.

Dr Mohammed Maleki, premier recteur de l'université de Téhéran après la révolution de 1979 et dissident notoire a indiqué, au cours d'un entretien télévisuel sur la chaîne Dorr TV le 14 août 2016 que Reza Malek, qui a occupé un poste au ministère du renseignement où il était en charge des documents et des archives, a déclaré que 30.400 des prisonniers exécutés appartenaient à l'OMPI et 2.000 à 3.000 étaient de gauche et marxistes.

Rapports indépendants

L'avocat britannique Geoffrey Robertson, QC, président de la cour spéciale de l'ONU pour la Sierra Leone, a, en 2010, publié un rapport approfondi et documenté sur ces tueries bien qu'il n'ait pas eu accès à toutes les preuves. Dans son livre intitulé "Mollahs sans pitié", il qualifie clairement ces tueries de 'crime contre l'humanité' qui peuvent être classée s en tant que génocide. Le Juge Robertson blâme la communauté internationale de son manque de fermeté face à ce crime. Il conclut que l'inaction et le manque de sensibilité de la communauté internationale envers ce crime permet au gouvernement iranien de se sentir libre de violer les lois internationales et de continuer à violer les droits humains. A la page 104 de son rapport, il conclut :

"En Iran, les massacres faits dans les prisons, en vertu de leur cruauté calculée conçue par les dirigeants politiques et judiciaires de l'Etat, sont plus répréhensibles que dans des cas similaires dans d'autres pays ... Les deux dirigeants qui ont conseillé et mis en œuvre les massacres de 1988, Khamenei et Rafsandjani sont respectivement Guide suprême et chef du Conseil de discernement, et les juges des commissions de la mort occupent des postes dans le système judiciaire. Ils doivent être jugés devant un tribunal international, qui ne peut être établi que par le Conseil de sécurité."

Ce qui s'est passé dans les prisons iraniennes en 1988 demeure une blessure profonde dans le corps et l'âme du peuple iranien. La seule façon de panser cette plaie pour l'aider à se cicatriser, serait de mener une enquête approfondie et d'identifier ceux qui ont abusé de leur pouvoir pour exécuter des milliers de leurs opposants idéologiques.

Le 2 novembre 2007, lors du 20ème anniversaire (selon le calendrier lunaire iranien) de ce massacre, Amnesty International a publié un communiqué s'y référant comme le jour du "massacre des prisonniers". Il ajoutait : "Amnesty International estime qu'il s'agit d'un crime contre l'humanité". Dans son rapport du 25 décembre 2005, Human Rights Watch y fait également référence également en tant que "crimes contre l'humanité".

Le 4 février 2001, un article publié dans le journal britannique The Sunday Telegraph mentionne : "Le décret de 1988 a coûté 30.000 vies humaines.

En 2004, dans un entretien mené par un journal canadien, The Toronto Star, un témoin de ces massacres sous le pseudonyme de 'Payam' parle également d'un nombre d'exécutions proche de 30.000.

En 2010, le chef du bureau de Reporters sans frontières pour l'Iran et l'Afghanistan confirme de chiffre dans le journal français La Croix.

Dans un récent article sur le Rwanda, Mohammad Nourizad, un proche de l'ayatollah Ali Khamenei avant la répression du soulèvement de 2009 à Téhéran, écrit :

"Là, en l'espace de deux ou trois mois, 33.000 hommes, femmes, jeunes et vieux ont été emprisonnés, torturés et exécutés. Certains de ces cadavres ont été emportés dans des camions et enterrés dans des fosses communes au cimetière de Khavaran et dans des terrains vagues, les transporteurs et fossoyeurs montrant leur satisfaction de ce qui avait été fait ..."

Le 20 septembre 2013, lors du 25ème anniversaire iranien de ces atrocités, la Fédération internationale des droits humains (FIDH) a déclaré qu'elle et la Ligue internationale des droits et devoirs humains (LDDHI) (vérifier le titre) qualifiaient les évènements de 1988 d'exécutions extrajudiciaires et arbitraires et de crimes contre l'humanité.

Selon les conventions internationales, il n'y a pas de délai d'imprescribilité pour les crimes contre l’humanité. Il est de la responsabilité de la communauté internationale, dont le conseil des droits humains et le conseil de sécurité, de se charger de ce dossier et de déférer leurs auteurs devant la justice. Ce qui constitue une raison d’urgence est que le massacre et le génocide de 1988 ne sont pas terminés et se poursuivent encore de nos jours - l’exécution de 25 sunnites le 2 août 2016 en est un des récents exemples. En outre, les auteurs du massacre de 1988 occupent encore des postes clés au gouvernement et continuent à réprimer et à tuer différents secteurs de la société iranienne.

En conclusion, nous recommandons que le Haut-commissaire pour les droits humains de l’ONU, le Conseil des droits humains de l’ONU et l’Assemblée générale de l’ONU mettent ce massacre sur leur ordre du jour et, dans une première étape, établissent une commission internationale chargée d’enquêter sur ce crime horrible pour présenter ce dossier au Conseil de sécurité de l’ONU.

Enfin, nous exhortons le Conseil de sécurité de l’ONU d’établir un tribunal international devant lequel seront déférés les auteurs de ces crimes pour y être jugés.

Hands off Cain, Edmond Rice Centre, Association of Humanitarian Lawyers, Association des Femmes Iraniennes en France, le Comité de soutien au droits de l'homme en Iran (CSDHI), des ONG sans statut consultatif partagent également les opinions exprimées dans cet exposé.