11232017Jeu

Irak: la lutte contre l'intégrisme totalitaire bat son plein

Mediapart.fr: Par P. Maurel - Alors que la bataille fait rage, en Irak, contre l'Etat Islamique en Irak et au Levant ( EIIL ), auteur de terribles exactions, notamment contre des populations chrétiennes et yézédi, qu' il massacre ou fait fuir, et que les occidentaux ont décidé de soutenir les peschmergas kurdes, en territoire autonome, dans leur combat contre EIIL, il convient de s' interroger sur les causes de cette situation, et en fournir une explication un peu plus complexe que celle généralement apportée: une analyse récente de la Fondation d' Etude pour le Moyen Orient ( FEMO ) permet d'y voir un peu plus clair.

L'Irak était, jusqu' au début du mois d'Août, et ce depuis 8 ans, sous l'emprise de Nouri Al Maliki, premier ministre qui gérait le pays d' une main de fer, et qui vient d' être remplacé par M. Heydar Al Abadi. Le parti au pouvoir en Irak est, depuis ce temps là, totalement inféodé à la République islamique d'Iran, qui envoie régulièrement la force Qods des gardiens de la Révolution (pasdaran) encadrer des milices pour faire régner la terreur, et museler, réprimer les opposants de toutes sortes.

 Résultat, après l' écrasement de l' armée du Madhi de Moktada Sadr, en 2006, des manifestations violemment réprimées en Décembre 2012, et la répression systématiques des résidents du camp Liberty et d'Achraf, le Nord et le centre de l'Irak a vu se dérouler un début d' insurrection des tribus irakiennes, en Janvier 2014, contre les forces militaires gouvernementales et les milices inféodées au régime de Téhéran.

Parallèlement, la guerre en Syrie continue de faire rage, et mobilise à la fois les pasdarans iraniens, dans leur soutien à Bachar El Assad, et le gouvernement irakien, dans son aide logistique au gouvernement iranien, dans ce domaine.

A force de dresser les irakiens les uns contre les autres, le gouvernement de ce pays a vu son autorité considérablement affaibli, et c'est dans ce contexte, qu'en Juin dernier, l'armée gouvernementale a perdu le contrôle d' un tiers du territoire national, avec l' incursion des mercenaires d'EIIL, en provenance de Syrie, et la Résistance affichée des tribus irakiennes.

Confronté à des oppositions multiples, Nouri Al Maliki, a du démissioné, désavoué de fait, à la fois par ses opposants et ceux qui l'avaient soutenu. Au coeur de ce danger et de ces désordres, la responsabilité politique de l'Iran reste importante, par son ingérence systématique sur le territoire irakien.

Le positionnement des occidentaux demeure, lui, très ambigu, comme l' a montré notamment la récente déclaration de Laurent Fabius, souhaitant la création d' un front commun des 5 puissances onusiennes et de l'Iran, pour contrer l' offensive d'EIIL. Mais l'Iran conditionne son soutien dans cette lutte à un accord final international sur le nucléaire, ce qui semble encore loin  d'être acquis aujourd'hui.

Si l'idée d'associer toutes les forces démocratiques pour contrer EIIL est crédible, il semble imprudent d'y engager l'Iran, qui n' apparait pas comme une force stabilisatrice, sous son régime actuel.