11212017Mar

Derrière Bashar al-Assad, il y a avant tout le régime iranien actuel (François Colcombet)

« Appel à la justice : Mettre fin à l'impunité des auteurs de crimes contre l'humanité en Iran et en Syrie » est le sujet d’une conférence qui s'est tenue le samedi 26 novembre 2016 à la Maison de la Mutualité à Paris, en présence la dirigeante de la Résistance iranienne Maryam Radjavi et de nombreuses personnalités politiques et de juristes venus de France et d'Europe, et du Moyen-Orient, en particulier plusieurs responsables de l'opposition syrienne.

Des personnalités comme la franco-colombienne Ingrid Betancourt, Fatoumata Dembele Diarra, ancienne juge du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et de la Cour pénale internationale (CPI), le sénateur David Norris, ancien candidat à l'élection présidentielle d'Irlande, Marcin Swiecicki, ancien maire de Varsovie, Sir Geoffery Robertson, Président de la Cour des Nations Unies pour la Sierra, Florence Berthout, maire du 5e arrondissement de Paris, Mgr. Jacques Gaillot, de France; ou Tahar Boumedra, ancien chef du bureau des droits de l'homme de l'UNAMI en Irak, Sid Ahmed Ghozali ancien premier moinistre d’Algérie, Saleh Qallab ancien porte-parole du gouvernement jordanien et ministre de l'Information, Haitham Maleh, un des dirigeants de l'opposition syrienne et président du Comité juridique de la Coalition syrienne; Michel Kilo, membre du bureau politique de la Coalition nationale de la révolution syrienne et des forces de l'opposition, Brita Hagi Hasan, président du Conseil municipal d'Alep;
Anvar Malek écrivain algérien et président de l’observatoire international des droits de l’Homme et Fadel AbdulGhany, directeur du Centre syrien des droits de l'homme sont intervenus ont pris la parole lors de cette conférence ainsi que plusieurs ancine prisonniers politique iraniens rescapés des geôles du régime qui vinaient de quitter l’Iran pour venir témoigner du sort réservé à leurs compagnons de cellule.

François Colcombet, magistrat et co-fondateur du Syndicat de la Magistrature, co-fondateur du Comité Françaois pour un Iran démocratique (CFRID) et président de la Fondation d’Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO) a fait une intervention remarquée lors cette journée, dont voici l’essentiel.

« Cette salle de la Mutualité est une salle fortement inscrite dans l’histoire de France, vous le savez tous. Moi j’ai vécu dans le quartier là autour, j’ai fait mai 68, j’ai fait tout ce qu’il fallait faire après, j’ai soutenu François Mitterrand et je me suis d’ailleurs engagé d’avantage aux côtés de François Mitterrand lorsqu’il a accueilli Massoud Radjavi. Moi j’étais toujours partisan d’accueillir ceux qui étaient persécutés pour leur engagement politique dans leur pays. Il fallait que les pays démocratiques donnent l’exemple, les accueillent. Mitterrand l’a fait avec Massoud Radjavi, c’était un grand moment de l’histoire de France. C’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai découvert l’Iran. La France a peu d’histoire en commun avec l’Iran, nous ne vous avons pas colonisé, vous ne nous avez pas envahi, nous sommes deux pays qui nous regardons de loin avec admiration et affection et j’ai découvert d’un seul coup, une civilisation riche, extraordinaire, une histoire encore plus compliquée que la nôtre, dans laquelle il y avait du très bon, et du très mauvais.

Le très mauvais, vous l’aviez avec l’arrivée de ce qu’on n’avait pas connu depuis longtemps en tout cas, rarement en Europe, l’arrivée d’un pays totalitaire à dominante religieuse. Quelque chose qui était le contraire de tout ce à quoi on croyait. Et c’est une des raisons pour lesquelles, Madame, je me suis engagé à vos côtés avec encore autre chose qui m’a toujours été très cher, c’est que je pense que dans beaucoup de pays, les évolutions se font de façon chaotique. Après tout, personne n’a à donner de leçons aux autres, mais j’ai remarqué que dans les pays dans lesquels un enseignement avait été donné à la population et notamment aux femmes, les révolutions se passaient d’une autre façon. Nous avons un exemple d’ailleurs dont nous sommes indirectement un peu fiers, nous français, c’est la Tunisie, qui est l’exemple même du pays qui pouvait basculer à tout moment dans les pires catastrophes. Peut-être qu’il y basculera, mais qui a été retenu précisément par les femmes et par les femmes musulmanes qui ont retenu, qui ont empêché les hommes de faire une constitution fondée sur la charia.

Je trouve que c’est un exemple extraordinaire et j’ai toujours rêvé qu’un jour les choses se passeraient de la même façon en Iran, et que face à des décisions terribles, une partie de la population saurait résister. Celles qui ont été exclues, car ces femmes qui ont été formées en Iran, sont des femmes qui ont été exclues des fonctions fondamentales, elles ne peuvent pas être présidente de la république, elles ne peuvent pas être juges non plus. J’ai été juge dans un de mes métiers antérieurs, et je suis assez attentif à ce qu’il se passe dans le domaine de la justice. Elles ont été exclues de la justice, parce qu’en Iran les juges en réalité sont des prêtres, l’équivalent des curés chez nous, et qu’ils jugent avant tout sur la religion avant de juger selon la loi civile. Ce qui fait que les femmes sont les dépositaires de la loi civile. J’ai fini ce petit début de sermon pour vous dire Mme la Présidente que ce débat, ce moment dans cette salle pour nous français, est très important avec nos amis syriens, pour des raisons que je vais expliquer.

Nous sommes à un moment de campagne électorale forte en France, dans laquelle le problème de l’attitude à avoir à l’égard du régime de Syrie fait un retour inattendu, et d’autant inattendu d’ailleurs que la plupart des français n’ont pas suivi le dossier. Mais les politiques se divisent. Et vous avez vu cette semaine même, les débats à l’intérieur de la droite entre des gens qui ont vocation à être président de la république en France, sur le problème du comportement à avoir à l’égard du régime de Syrie, il y a deux positions complètement différentes : deux positions entre lesquelles il faudra choisir, et des positions qui peuvent amener la France à accepter des choses inacceptables.

J’y pense et je suis très content d’avoir entendu ce qu’il se disait aujourd’hui, c’est quelque chose qui peut nous aider nous français à trouver le comportement à avoir dans cette affaire. Je le dis d’autant que dans tous les intervenants précédents, il y a des voix qui m’ont frappé. Je ne redirai pas tout ce qui a frappé les uns et les autres. Moi j’ai été intéressé par l’intervenant polonais qui racontait des choses qu’il avait connues, et la Pologne c’est plus près de la France, c’est un pays chrétien, qui a été capable de faire les choses qu’on pouvait vous reprocher à vous. C’est-à-dire que nous portons tous en nous de quoi faire le pire. D’ailleurs nous fêtons des anniversaires de grandes guerres à l’intérieur même de l’Europe dans laquelle ce qui a été fait entre les allemands et les français a été aussi terrible que ce qu’il se passe partout : des destructions systématiques de villes, des destructions systématiques de cathédrales, d’objets symboliques, etc… Nous avons connu cela. Et je le dis, parce que cela doit nous faire comprendre que vous souffrez, vous qui êtes parmi ceux qui êtes martyrisés par Bashar al-Assad.

Mais je retiendrai surtout et je vais conclure ici, une chose Mme la Présidente dont je peux témoigner par tout mon engagement, c’est que ce dont je suis encore plus persuadé, c’est que derrière Bashar al-Assad, il y a avant tout le régime iranien actuel. C’est lui le fauteur de trouble. Et quand la France a été faible à l’égard de l’Iran, car je le rappelle, les évènements dont nous parlons ici sont de 1988, c’est-à-dire que depuis 1988 les français, les américains, les anglais ont gentiment tourné la tête, ont préféré d’ailleurs poursuivre devant les juridictions pénales internationales des pays moins forts, des pays africains. Ils n’ont pas osé demander des comptes à l’Iran. Nous avons eu bien tort et nous devons le faire maintenant. Je pense que j’en terminerai par là. La France doit avoir une position très ferme à l’égard de l’Iran, il en découlera une position très claire à l’égard du régime d’al-Assad, et c’est le souhait que je fais.

La France est dans une campagne électorale qui va durer jusqu’à la moitié de l’année prochaine, la droite se divise sur le sujet ; puisse la gauche ne pas le faire. Je rappellerai simplement que François Hollande est dans les chefs d’état européens, celui qui a dit qu’il fallait intervenir lorsque le régime d’al-Assad a utilisé des armes considérées comme non conventionnelles, non admissibles, et que c’est Obama, le grand chef qu’on nous présente comme le dépositaire de toute la morale qui a dit mais non, mais non, attendons un peu. Je rappelle cela et j’espère que celui que je soutiens dans cette campagne, j’en profite pour dire deux mots, je ne sais pas si vous allez voter, moi je soutiens François Hollande, notamment parce que sur ce dossier, il a eu une position claire. Et c’est la position vers laquelle je pense tous les français doivent se ranger. »