Le Maire d’Alep affirme que le régime syrien avec la complicité de l’Iran tue des civils à l’arme chimique

Président élu Conseil municipal d’Alep, Brita Hagi Hasan équivalent du maire pour cette ville a rencontré le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, mercredi, pour alerter sur la situation de sa ville. Il avait participé samedi dernier à la conference organise par le Conseil national de la Résistance iranienne à la Maison de la Mutualité contre l’impunité des responsables des massacres en Syrie et en Iran, aux côté de responsables de l’opposition syrienne et de la présidente élue de la Résistance iranienne, Maryam Radjavi.

Le journal Est républicain a pu l’interviewer à l’occasion de ce passage à Paris. Voici le texte de l’article paru dans plusieurs quotidiens régionaux de France, le jeudi 1 décembre.

Il était naguère ingénieur en télécommunication au sein de la fonction publique. Depuis un an, Brita Hagi Hasan est le président élu du comité local d’Alep, du nom d’une structure, équivalent d’un conseil municipal, créée en mars 2013. Son objectif ? Apporter l’aide nécessaire à la population dans les domaines vitaux que sont l’eau, l’alimentation, la santé, l’électricité ou l’éducation. « Mais notre travail est de plus en plus impossible. Après 94 jours de siège, nous manquons de tout, la situation est catastrophique », souffle-t-il.

« Ils tirent sur tout ce qui peut venir en aide »

Lui rejette cette notion de partition qui voudrait que la 2e ville de Syrie, écrasée par les bombes, soit scindée entre Est, tenu par les rebelles, et Ouest contrôlé par les loyalistes : « Il n’y a pas de différence à faire, les civils meurent des deux côtés. » Il n’empêche, l’effort de guerre porté par le régime de Bachar Al Assad se concentre sur l’Est de la ville.

Il détaille : « Ils ont visé les hôpitaux, plus un ne fonctionne désormais. Nous mettons en place des unités médicales mobiles mais nous n’avons plus d’ambulances pour transporter les blessés. Ils tirent sur les centres de distribution de pain, enfin tout ce qui peut venir en aide à la population, les points centraux et vitaux. Et ce avec toutes sortes d’armes, même chimiques comme tout récemment. Rien que la semaine dernière, il y a eu quatre attaques chimiques, la dernière a causé la mort de quatre enfants avec leurs parents. Oui, le régime tue des civils avec des armes chimiques ».

Voilà quelques jours, on pouvait lire sur la page Facebook de Brita Hagi Hasan ce commentaire en forme de cri d’alarme : « En moyenne, l’homme peut supporter trois jours sans eau, 30 jours sans nourriture, mais le chlore gazeux le tue en quelques secondes. »

Bachar, les Russes… et l’Iran

Des attaques au chlore en provenance du régime, la thèse est accréditée par les services de renseignement français, comme en atteste une source haut placée auprès de L’Est Républicain. Les Russes, eux, accusent les rebelles d’employer pareilles méthodes. « Mais la direction du siège d’Alep n’est pas assurée par les forces de Bachar, poursuit Brita Hagi Hasan. 80 % des forces sont liées au régime des mollahs iraniens. »

Il a récemment été reçu par François Hollande au sein d’une délégation et attend de la France qu’elle pèse de tout son poids pour obtenir un cessez-le-feu. Et trouve des alliés où il le peut. Notamment auprès de la Résistance iranienne réfugiée en France, laquelle organisait une conférence le week-end dernier à Paris visant à mettre en lumière le rôle de Téhéran auprès de son allié Bachar Al Assad. « Je suis juste un civil qui veut venir en aide à mes frères d’Alep », se défend l’ingénieur.

Son nom figure dans la short-list pour le prix 2016 du meilleur maire du monde, titre honorifique décerné par City Mayor Foundation, du nom d’un think-tank international actif depuis 2003 qui entend valoriser l’éthique et l’action au service des autres : « C’est, pour moi, la reconnaissance de la légitimité de la résistance syrienne face à un régime qui tue son peuple. »

Sébastien MICHAUX