11232017Jeu

La bataille de Liberty

Iran Focus : Par Alireza Taherlou - Il y a en ce moment une bataille d’un genre nouveau qui se déroule au cœur de l’Irak et de l’issue de laquelle dépend le sort de l’Iran, voire du Moyen-Orient. Genre nouveau parce qu’on assiste ni à des actions armées, ni à des manifestations, ni à des occupations, images auxquelles nous a habitué le printemps arabe. Elle institue en fait une nouvelle étape de la confrontation dictature/ résistance dans un camp près de Bagdad.

Base militaire américaine du dernier cri, le camp a été pillé avec application par les Irakiens dès qu’ils en ont reçu les clés. Rien n’a été épargné : ni portes, ni fenêtres ni tuyauteries. Il a été littéralement dépiauté jusqu’aux arbres verts. Il reste actuellement quelques troncs morts aux branches nues.

C’est dans ce no man’s land que le gouvernement irakien à la demande de Téhéran et avec la triste bénédiction du représentant de l’ONU, a décidé de parquer 3.300 réfugiés iraniens, arrachés à la ville prospère qu’ils ont bâtie et où ils vivent depuis 26 ans, Achraf. Les Achrafiens ont cette particularité d’être de farouches opposants à la dictature religieuse de Téhéran et de refuser la moindre idée de capitulation.

C’est à la suite de deux massacres commis par les forces irakiennes, que les Achrafiens ont accepté de renoncer à leurs droits et de partir à Liberty, le nom de ce fameux camp, pour trouver une solution à cette crise humanitaire. Ils l’ont fait sur la base des promesses, écrites, du responsable onusien, Martin Kobler, et des assurances des autorités américaines qui portent la double responsabilité d’avoir signé des accord de protection des Achrafiens et de ne les avoir jamais tenus. Martin Kobler, lui, manie les engagements comme un moulin à parole, en ne cessant de les répéter avec force de bruit, sans jamais les concrétiser.

Le plan du gouvernement irakien et de son mentor de Téhéran était simple : faire de Liberty une prison épouvantable, dans le but d’y entasser les Achrafiens, privés de tout, pour qu’ils abandonnent la résistance et se soumettent. Or depuis six mois, pas une seule défection, de quoi rendre fous les gardiens irakiens.

Jetés dans un camp crasseux, les opposants ont commencé par faire un grand ménage, à mains nues. Les eaux usées des fosses septiques qui se répandent à ciel ouvert, sont canalisées, pompées, à mains nues. Les pierres en tout genre qui rendent les déplacements si compliqués pour les invalides en béquilles ou en fauteuils roulants, sont ramassées, balayées à mains nues. Les murs de béton anti explosions retirés par les forces irakiennes sont remplacés par des murs de sacs de sable remplis de terre, à mains nues. Les bungalows en ruine sont réparés avec un minimum de moyen pour les rendre vivables.  Puis, après ces premières batailles, les Achrafiens passent à l’offensive : ils déblaient des chemins, et se mettent à planter des fleurs et des arbustes, dont ils ont apporté des graines. Mais le gouvernement irakien fait obstacle et refusent aux habitants toute construction, même pas des auvents pour se protéger du soleil infernal. Il va même jusqu’à imposer des cotas pour les arbustes et les plantes.

Il faut ajouter que ces « opérations » se sont déroulées par une température caniculaire de plus de 40° et qu’aujourd’hui elle dépasse les 50°, que Liberty manque cruellement d’eau et d’électricité pour faire fonctionner les climatiseurs et les chambres froides afin d’y conserver la nourriture.

Il reste encore 1300 personnes à Achraf, et aucune ne partira pour Liberty tant que la bataille du minimum vital n’aura pas été gagnée. Huit requêtes dûment adressés à Martin Kobler, au secrétaire général Ban Ki moon, aux autorités américaines et au gouvernement irakien, la première étant le raccordement du camp au réseau d’eau urbain. Mais une sorte d’axe majeur entre Washington, Bagdad et Téhéran bande toute ses forces pour ne rien accorder. Etrange époque où ceux qui se gaussent de démocratie se retrouvent aux côtés de la pire dictature pour réprimer des résistants qui réclament la liberté de leur peuple !

Une nouvelle bataille est donc engagée. Gageons que les Achrafiens par leur persévérance et leur sacrifice, sauront faire une fois de plus faire gagner l’Etat de droit et les valeurs humaines.