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IRAN : LA LUMIERE AU BOUT DU TUNNEL ?

 

Blogs.nouvelobs: Par Sara Narani - Déjà 34 ans depuis la révolution de 1979 en Iran ! Une grande révolution populaire, inédit dans son genre depuis la Révolution française, venait à bout du système monarchique, vieux de 2500 ans. La république tant convoitée depuis 1906, l’année du premier sursaut démocratique avec l’adoption d’une constitution garantissant les droits des citoyens et la réalisation des idéaux des Lumières, devenait une réalité.

Les millions d’Iraniens qui avaient défilé pendant des mois pour le départ du Chah et le démantèlement de la SAVAK*, les milliers d’ouvriers de l’industrie pétrolière qui avaient fait grève en solidarité avec les revendications de liberté et de justice, obtenaient gain de cause.

L’euphorie céda cependant très tôt la place à la déception. Ce n’est pas tant la révolution qu’on regretta que l’absence de cette culture démocratique, tant négligée par les despotes successifs, nécessaire à la fondation d’un Etat moderne. Alors que la plupart des intellectuels et des démocrates avaient été emprisonnés ou exécutés, les forces intégristes, dirigées par l’ayatollah Khomeiny, pouvaient confisquer la direction du mouvement populaire.

Le projet de société démocratique et solidaire voulu par la révolution de février se voyait dévoyée, la dictature du Chah était remplacée par une autre sous le manteau de la religion. Une descente en enfer dont ne sont pas encore sortis les Iraniens.

Les Iraniens ont parcouru un long chemin

Après 34 ans de dictature cléricale, le constat est édifiant. Si les mollahs ont voulu museler et formater les Iraniens selon leur conception anachronique de la société, associant le pouvoir religieux au politique, ils l’ont fait dans une violence inouïe, tant la résistance des forces vives de la société fut grande. Des dizaines de milliers d’opposants torturés et exécutés, des millions forcés à l’exil, tel est le legs d’une des dictatures les plus sanglantes du 20è siècle. Foncièrement misogyne, c’est à l’encontre des femmes que le régime intégriste a déployé d’abord sa violence, mais aussi contre tous les défenseurs des droits fondamentaux, du pluralisme politique, des valeurs de modernité ...

Si les peuples affranchis du printemps arabe découvrent aujourd’hui l’horreur intégriste qui menace leurs authentiques révolutions, les Iraniens ont parcouru un long chemin depuis 1979. Leur lutte pour la démocratie et la laïcité recèle un message qui résonne au-delà de l’Iran pour qui cherche à éviter la dérive intégriste. Placer la « sauvegarde des espaces des libertés » au centre des revendications, tel fut le maître-mot des démocrates iraniens au début de la révolution.

Permettre au jeu démocratique de s’affirmer dans l’alternance, convaincu que les intégristes ne pourraient survivre à l’épreuve des idées et des résultats. C’est le choix qu’a fait l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI), un mouvement de jeunes musulmans, primant l’Islam des Lumières à celle obscurantiste de Khomeiny qu’on avait élevé au rang de " représentant de Dieu sur terre". L'OMPI s'attachera contre vents et marées à défendre la souveraineté populaire et le droit de la nation à s'exprimer par les urnes.

Gagnant rapidement en popularité parmi la jeunesse iranienne, ils sont immédiatement considérés comme la principale force d’opposition. Ils refusent de reconnaître Khomeiny comme le "guide suprême" et de cautionner la constitution du nouveau régime. Leur refus relève d'une question de principe contre le caractère autoritaire et antirépublicain de la nouvelle constitution que les intégristes voulaient imposer au pays, au centre duquel est le principe du "Guide suprême", en contradiction absolue avec le principe de la "souveraineté populaire".

Le combat pour préserver les libertés fondamentales, l’OMPI le paiera chèrement. Dépassés par les évènements, impuissants à contenir l’avancée des forces progressistes, les mollahs verrouillent d’abord les élections et le débat politique, pour verser dans la violence effrénée. Nous sommes au mois de juin 1981. Les démocrates doivent choisir entre capitulation ou résistance. Gagnés par les valeurs de la Révolution de février, convaincus de la nécessité de ne pas céder devant la violence aveugle, prêts à tout pour payer le prix de la liberté, des mouvements comme l’OMPI ont opté pour la résistance. Cette résistance menée avec constance et abnégation, en fait aujourd’hui une force efficace de changement face à un régime moribond. Depuis, les Iraniens et particulièrement les jeunes et les femmes ont démontré leurs détermination lors des soulèvements de 2009.

Le printemps persan

Bien qu’une répression féroce et la trahison des chefs du mouvement dit vert, issus d’un clan du pouvoir islamiste, ont fait mourir net le mouvement, cela a pourtant contribué à faire prendre conscience à une jeunesse en quête de liberté qu’il n’y a aucun salut au sein des factions de ce régime et qu’il faut réclamer le renversement de ce système. C’est pour cela que le blogger Sattar Behechti qui défendait cette revendication a payé de sa vie, mort sous la torture, et c’est pour cela que sept membres des Moudjahidine du peuple viennent de perdre la vie dans la camp Liberty suite à une attaque terroriste samedi 9 février avec la complicité du gouvernement irakien et la passivité criminelle du représentant de l’ONU.

Mais ces manifestations de violence de la part d’un régime aux abois sont signe d’une extrême fragilité. Le feu couve sous les cendres en Iran. Les Iraniens se préparent à présent pour le printemps persan. Ils comptent réaliser le rêve d’un Iran moderne et démocratique. Le processus de renversement du régime a déjà commencé et l’année 2013 présage de grands bouleversements pour l’Iran.

* Savak : la redoutable police secrète du Chah.