Iran : le « conservateur modéré » et la reprise de « Moudjahidine-bashing » médiatique

Iranactu.blog.lemonde.fr: Par Nader Nouri (Ancien diplomate iranien, politologue) - L’article signé Louis Imbert paru le 23 juin sur «Nouvelles d’Iran », un blog de la rédaction du « Monde », reprend à l’occasion du grand rassemblement annuel de la Résistance iranienne à Villepinte au nord de Paris, les mêmes refrains de « Moudjahidine bashing » que nous avons connus dans le passé. Cette fois-ci le motif semble être le fait que le mollah Hassan Rohani, décrit comme un conservateur modéré, ait succédé à Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l’exécutif du régime de Téhéran au terme d’une élection pourtant « verrouillée » (selon le terme utilisé à la une du Monde deux semaines auparavant) par le Guide suprême, Ali Khamenei,  le vrai homme fort de la République islamique qui règne d’une main de fer sur l’Iran depuis près d’un quart de siècle.

 Le ton avait été donné dans une analyse parue dans Le Monde daté du 20 juin intitulé «Le chat persan est retombé sur ses pattes » où les auteurs estiment que l’élection présidentielle du vendredi 14 juin  s’est déroulée « dans les conditions aussi honnêtes que possible », « une opération d’une rare transparence » avant de conclure  :

 « Dernière leçon à tirer de cette élection du 14 juin : c'est vraiment à l'intérieur du pays que réside le moteur du changement, et non dans les différents groupes et groupuscules qui tentent de se présenter, en exil, comme l'opposition principale – voire officielle. Près de 37 millions d'Iraniens se sont déplacés aux urnes, soit 74% de participation. C'est énorme, et cela démontre, si cela était nécessaire, l'inanité des opposants de l'extérieur les plus radicaux, malgré les moyens parfois importants dont ils disposent. »

Les auteurs semblent tellement enthousiaste qui ajoutent même 2% au chiffre de participation annoncé par le ministère de l’intérieur du régime. Mais au point où nous en sommes, on peut tout dire et se contredire. En effet, il y a si peu, le 24 mai, l’éditorial du Monde assimilait très justement la République islamique à « la dictature d’un clan » et précisait qu’en éliminent les « deux seuls candidats qui pouvaient contester la ligne du Guide » (…) « ne restent en lice que des personnages connus pour leur soumission totale au Guide ». 

Pourquoi un grand meeting annuel ?
Alors l’article-reportage de Louis Imbert intitulé « Que reste-t-il de l’opposition à l’étranger ? » voudrait donc démontrer cette « inanité » de l’opposition iranienne. Il commence par suggérer qu’en tenant leur grand rassemblement annuel, les Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), ont voulu tenter l’hypothèse qu’aucune élection présidentielle n’avait eue lieu en Iran la semaine précédente. Je ne suis ni membre de l’OMPI, ni du Conseil national de la Résistance mais j’observe depuis de longues années d’un regard engagé et certainement pas indifférent, l’opposition iranienne et les agissements de la théocratie à son égard.

A ce titre je crois utile d’apporter quelques précision à ceux qui l’ignorent : la Résistance iranienne représentée par le Conseil national de la Résistance iranienne (le CNRI, créé il y a 32 ans à Téhéran) dont les Moudjahidine du peuple constituent la force axiale, organise, depuis une dizaine d’année, tous les ans en juin un grand rassemblement de la diaspora iranienne, la plupart ayant fui la répression brutale de la République islamique (exécutions, torture, apartheid religieux, persécutions, misogynie institutionnalisée, absence des libertés fondamentales, violation des droits humains au quotidien…). Tous les ans un samedi en juin, ni en mai, ni en juillet et pourquoi ? Pour commémorer d’abord la manifestation pacifique du 20 juin 1981 à Téhéran, réprimé dans le sang par les pasdarans (gardiens de la révolution islamique) de Khomeiny, le fondateur de la dictature religieuse au pouvoir depuis cette date. Ce jour-là, en ouvrant le feu sur les manifestants sans armes venus réclamer les libertés, la théocratie totalitaire fondée par Khomeiny perdait toute légitimité. Cette journée marque également la Journée des martyrs, et des prisonniers politiques qui seront massacrés par milliers sept ans plus tard en été 1988 sur l’ordre de Khomeiny qui venait de déclarer, contre son gré, le cessez-le-feu dans la guerre Iran-Irak, buvant comme il le dit « le calice du poison » (du cessez le feu !).

 

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