11212017Mar

L'Iran dévoilé

 

Iran Focus: Nombreux sont les experts des questions iraniennes qui ont été frappés le plus par l'activisme politique spectaculaire des femmes durant un an d'un raz-de-marée de protestation politique sans précédent. Le symbole de facto de l'insurrection est sans doute Néda Aqa-Soltan, une jeune femme tuée par une balle tirée par les forces de sécurité au cours d'un rassemblement pacifique à Téhéran. On comprend bien que l'activisme ravivé des femmes ait provoqué une trépidation aggravante chez les gouvernants aux abois.

Le régime vient de se lancer bruyamment dans une campagne d'intimidation et de la terreur pour dissuader la population de célébrer, en multipliant les protestations, l'anniversaire de l'insurrection de juin 2009. Une partie importante de cette offensive répressive est dirigée contre les femmes courageuses sous le prétexte d'être « mal-voilées ». De soi-disant brigades des mœurs, assistées par les forces de sécurité, affichent une présence renforcée dans les rues des villes à travers le pays où elles avertissent, interpellent, arrêtent et parfois même condamnent à des amendes de 800 €, celles qu'ils accusent d'avoir violé le code vestimentaire.

Il est significatif que les imams des prières du vendredi, chargés de relayer les points de vue du Guide suprême dans les villes de l'Iran, ait commencé à présenter « le port incorrect du voile » comme « un assaut de l'ennemi ». Loin de l'expression d'un choix ou d'un goût personnel de ces prédicateurs, il s'agit, pour eux, d'une question d'une « sensibilité sociale » particulière. Il y a quelques semaines, l'agence de presse gouvernementale ILNA rapportait qu'une quarantaine de parlementaires avaient durement censuré le ministre de l'Intérieur sur le mépris grandissant [des femmes] envers le port obligatoire du voile, au point de le pousser à s'engager pour mettre en œuvre, ce mois-ci, davantage de mesures sérieuses par son ministère.

Il est vrai que depuis leur arrivé au pouvoir en 1979, les fondamentalistes islamistes ont institutionnalisé et inscrit dans leur législation le port obligatoire du voile et la répression des femmes en Iran. Depuis, ces lois sont utilisées comme un levier pour contrôler et pacifier une population privée de ses droits fondamentaux en général, les femmes en particulier. Mais après les protestations de juin 2009 et le renforcement du rôle des femmes dans l'opposition politique, le voile obligatoire et la répression des femmes ont du coup revêtu une signification particulière et une importance cruciale pour le régime.

La campagne du régime contre les femmes « mal-voilées » dévoile, en effet, deux réalités distinctes : premièrement, qu'il s'agit d'un pouvoir fragilisé et instable dont la vulnérabilité est fermement enracinée dans la société ; deuxièmement, qu'il y a un potentiel et une force largement inexploitée et intacte parmi les femmes iraniennes qui commencent seulement à se révéler. Ces deux réalités sont de bon augure pour le peuple iranien qui se penche vers la démocratie, alors qu'elles annoncent le désastre que réserve l'avenir pour la théocratie au pouvoir et les acteurs internationaux qui cherchent toujours à l'aborder comme interlocuteur et partenaire commercial.