11202017Lun

Iran : pour qui roule Pierre Conesa?

Iran Focus : Depuis peu, une nouvelle tête émerge dans le banc de spécialistes autoproclamés de l’Iran qui se vantent de tout savoir en ignorant l’essentiel.  Il sera pourtant difficile à Pierre Conesa de cacher ses activités intéressées de lobbyiste. Il  s’est particulièrement distingué ces derniers mois dans la défense des causes chères à Téhéran, tant pour faire avaler au public la couleuvre du droit « inaliénable » à la bombe atomique, que pour flétrir l’image de l’opposition démocratique.

Depuis une visite soignée en Iran il y a deux ans, cet ancien « directeur général » de la Compagnie européenne d’Intelligence stratégique (CEIS) s’active pour desserrer l’étau qui étreint la théocratie, fortement mise à mal par les sanctions internationales pour son programme d’armements nucléaires et son image détestable, notamment en matière de droits humains.

Cette boîte de communication dans laquelle a frétillé Conesa offre toujours sur son site « l’élaboration de votre stratégie : relations institutionnelles, lobbying, gestion de crise ». Question crises, le régime iranien présente le profil du client idéal : englué dans le mécontentement populaire et la guerre du pouvoir, il est débordé de l’extérieur par le printemps arabe et l’effondrement progressif de ses alliés, Kadhafi, Assad et consort.

La stratégie de Conesa est simple : jouer sur la corde sensible de l’opinion française et détourner l’attention du régime iranien, en pointant le doigt vers d’autres pays, voire d’autres problèmes. Dans un article publié sur le site du quotidien Le Monde le 16 janvier dernier, Pierre Conesa s’en prenait à un « embargo stupide par son étendue et sa généralité », affirmant qu’ « annoncer que la bombe iranienne serait déstabilisante doit faire se retourner le Général de Gaulle dans sa tombe (...). Lutter contre le terrorisme? Mais la république islamique a fourni moins de terroristes et de prédicateurs salafistes que les universités saoudiennes (…) Défendre les droits de l'homme régulièrement violés en Iran ? Objectif louable qui devrait être étendu à l'Arabie saoudite (…) Si une bombe devait préoccuper nos stratèges, ce devrait être celle du Pakistan (…). » Il ne faut pas se méprendre, l’allusion au général de Gaulle ou la mise en cause de pays comme l’Arabie saoudite ou le Pakistan servent avant tout à faire oublier les mollahs et leur fascisme religieux bien affirmé. 

Dans un papier intitulé « Quelle politique iranienne pour la France ? », publié sur le site de la Fondation Res Publica (4 octobre 2011), Pierre Conesa demande insidieusement : « Est-il de bonne politique de mettre en accusation le régime d’Ahmadinejad qui, sur ce point au moins (le nucléaire), semble avoir le soutien de sa population ? (…) La partie la plus modérée de l’opinion iranienne attend de l’Occident une aide à la démocratisation plus qu’une diabolisation du pays qui renforce le pouvoir en place. ». En ce qui concerne « le soutien de la population », il s’est bien illustré en 2009 à travers les émeutes ayant suivi l’élection présidentielle frauduleuse. Plus récemment encore, dans une manifestation de dizaines de milliers de Téhéranais contre la dégradation de la situation économique en octobre, on a entendu les Iraniens en colère crier « nous ne voulons pas du programme nucléaire » ! Mais ceci n’a pas l’air d’ébranler notre « spécialiste ».

En effet, une aide à la démocratisation du pays passe selon la logique de cet analyste, non pas par la dénonciation de la dictature, mais par la diabolisation de l’opposition. Pierre Conesa s’est engagé depuis 2011, après son fameux voyage, dans une campagne active de dénigrement du mouvement de résistance des Moudjahidine du Peuple d'Iran (OMPI) en France. Tout d’abord en facilitant la participation d’un groupe de soi-disant « victimes » du terrorisme de l’OMPI en Iran à une «Conférence internationale des victimes du terrorisme ». Une GONG (ONG gouvernementale comme on les appelle à l’ONU à Genève) fabriquées par le gouvernement iranien, vient alors prêcher la propagande en France pour présenter les opposants comme des terroriste.  Conesa vient l’épauler. Dans une interview sur la chaîne iranienne « Press TV » qui vient d’être interdite en Grande Bretagne, il assurait à cette conférence, en fidèle propagandiste les paroles les plus folles : « Les moudjahidine du peuple (…) pourraient décider de lancer des attaques suicides contre les intérêts français, ils peuvent le faire ! »

Les révélations du contre-espionnage néerlandais

Ces déclarations faussement alarmantes contre l’opposition sont une méthode qui ne trompe plus grand monde aujourd’hui. Les services de renseignement européens s’inquiètent depuis quelques temps de la recrudescence des activités de désinformation des services iraniens qui véhicules des accusations identiques à ce qu’on vient de lire contre l’opposition iranienne.

Dans son rapport annuel, l’AIVD, le contre-espionnage néerlandais, fait état d’une vaste campagne à l’étranger. Comme en France et ailleurs en Europe, les mollahs n’ont pas été en reste aux Pays-Bas :

 « En 2011, l’AIVD a constaté que les services de renseignement et de sécurité iraniens aux Pays-Bas ont mené une activité incessante de lobby contre le mouvement d'opposition des moudjahidines du peuple MKO (OMPI). Les services iraniens financent et coordonnent les activités afin de ternir l'image du MKO auprès des médias, des hommes politiques et des autres responsables. »

Le rapport précédent soulevait une situation similaire: « En 2010, l’AIVD a constaté que les services de renseignement iraniens ont déployé beaucoup d'efforts pour salir l’image des groupes d'opposition iraniens auprès des hommes politiques hollandais et de l'administration. Les services iraniens procèdent en fournissant des informations aux personnalités proches de l'opposition (iranienne). Organiser des conférences, créer des sites Internet, publier des livres et des revues pour accuser les opposants de violence et de violation des droits de l'homme. Quand il l’a jugé nécessaire, l’AIDV est intervenue pour informer ces personnes du risque d’être influencées. »

Les services allemand et d’autres services européens en ont fait de même. En France, parce que les services français ont une malheureuse histoire de complaisance avec leurs homologues iraniens, on risque moins souvent de tomber sur de telle révélation accablante. ( Lire “le Grand Complot, Les services secrets Iraniens ont-ils manipulé le gouvernement français? ”, éditions Jean-Claude Gawsewitch, un livre d’Yves Bonnet, l’ancien directeur de la DST).

Pierre Conesa, chercheur ou blanchisseur ?

On peut donc légitimement s’interroger sur la similitude de l’activisme et des méthodes dénoncée par les services européens et la fébrilité de certains agitateurs qui du jour au lendemain s’affichent spécialistes de la question iranienne sans en avoir les compétences.

Ce genre de mystifications, Pierre Conesa, en avait fait une ébauche dans un entrevue avec Marianne.fr le 24 octobre 2011 dernier : « Les Moudjahidin du peuple, c’est une secte religieuse, qui ne représente rien (...) il faut savoir qu’en Iran, ils sont complètement honnis ». Reste à savoir pourquoi la dictature religieuse et son ami Conesa angoissent devant un ennemi « qui ne représente rien ». Il est évident que non seulement l’OMPI n’est pas une secte, car son impact aurait été bien limité, mais qu’il s’agit d’un mouvement de résistance légitime. Hélas pour lui, il arrive trop tard car d’un coté, les justices française et européenne ont balayé les accusations de terrorisme et de secte contre l’OMPI, et de l’autre la justice américaine vient d’en faire de même.

Dans sa tribune sur le site du quotidien Le Monde (5 octobre 2011), Pierre Conesa appelle à oublier le passé terroriste du régime en stigmatisant l'OMPI. Pour dédouaner la République islamique des attentats commis à Paris en 1986, il se lance dans un argumentaire délirant : « En matière de terrorisme, le régime de Téhéran, ayant eu à subir des attentats qui par exemple tuèrent en 1982 la moitié du gouvernement puis le Président de la République, ne comprenait pas pourquoi la France lui reprochait des attentats à Paris, alors qu'elle accordait l'asile politique aux Moudjahidines du peuple qui revendiquaient les attentats commis en Iran. »

Les commanditaires qui ont ensanglanté Paris de 1986 à 1988, tuant et blessant des dizaines d’innocents, après avoir organisé des attentats au Liban qui ont notamment assassiné 56 soldats français à Beyrouth en octobre 1983, devraient en être satisfaits de voir relayer son argumentaire criminel. Une logique infernale basée sur la désinformation puisque jamais la résistance iranienne n’a commis d’actes de terrorisme en Iran, les décisions de justice européenne et américaine sont là pour témoigner ! Mais encore une fois M. Conesa n’a que faire des décisions de justice ? C’est d’ailleurs la même attitude qu’a le régime des mollahs. Que M. Conesa explique cet « argument » à l’association S.O.S. attentats dont certains membres portent toujours les stigmates de ces actes inhumains planifiés par les dirigeants intégristes de Téhéran. Ces derniers sont toujours au pouvoir et plusieurs sont recherchés par Interpol pour des crimes terroristes semblables ailleurs dans le monde.

Expert ou ignorant ?

Pour une idée plus précise du degré de la maitrise des dossiers que M. Conesa prétend connaitre et dans lesquels il s’aventure, citons quelques exemples : dans sa tribune du Monde.fr (05-10-11), il évoque le coup d’Etat de 1953 contre le gouvernement Mossadegh expliquant qu’il avait été organisé pour empêcher la nationalisation du pétrole. Il ignorerait donc que la loi portant sur la nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company a été votée par le parlement iranien en février 1951 et que le coup d’Etat visait à retourner le Chah en Iran et destituer Mossadegh. Il parle du régime dictatorial de Reza chah alors qu’il évoque une épisode concernant son fils Mohammad-Reza chah. Ailleurs, évoquant la guerre Iran-Irak, il se trompe en parlant de « la péninsule » de Falloujah alors qu’il veut écrire péninsule de Fao (Falloujah étant une ville de la province irakienne Al-Anbar dans le centre du pays). Se présentant comme chercheur associé de l’IRIS, il écrit dans le Figaro du 31/08/2012, « l’Irak victime d'attentats kamikazes en plein Ramadan ou durant la Choura ». Il ignore donc que l’Achoura et non la Choura (!)  est le dixième jour du mois arabe de Moharam, et jour du sacrifice du petit-fils du Prophète, l’Imam Hossein, et qu’il ne faut même pas être étudiant en islamologie ou arabophile pour le savoir, un minimum de culture tout court suffirait.

Il faudrait proposer à l’IRIS de meilleurs critères de sélection de ses chercheurs, même associés, pour éviter de recruter des ignorants. Quant à M. Conesa, il vaudrait mieux ne pas éclabousser la profession de chercheur et se contenter d’un métier de blanchisseur... de despotes.