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Les séminaires de Qom en ligne de mire des Affaires étrangères pour le projet intégriste de l’Iran

Iran Focus, Qom – Les autorités iraniennes se focalisent sur les étudiants étrangers fréquentant les séminaires de la ville sainte chiite de Qom, au sud de Téhéran, comme autant d’émissaires pour faire avancer la politique étrangère de la République islamique, en particulier la promotion de son influence intégriste dans les pays musulmans, a appris Iran Focus. 

L'Egypte, l'Arabie saoudite et la Palestine sont les trois pays qui ont été identifiés dans les récentes déclarations comme candidats possibles à l'expansion de l'influence de l'Iran.

Parmi la centaine de milliers de ressortissants étrangers vivant actuellement à Qom, ils sont des milliers à fréquenter une université créée exclusivement pour eux, la Jame'at ol-Mostafa Al-Alamiya, (l’université internationale Al-Mustafa). 

Les origines de l'université remontent à 1980, avec la création à Qom cette année-là du premier institut de recrutement d’étrangers, «le Conseil de supervision des religieux non-iraniens ». Le Conseil s’est élargi pour devenir le « Centre international des études islamiques » en 1994, avant d’être réorganisé en Jame'at ol-Mostafa Al-Alamiya après sa fusion avec l'Organisation des séminaires des étudiants religieux étrangers » en 2007. L'Université a jusqu'à présent accueilli 34.000 étudiants et des religieux de 108 pays, selon les dernières données qu'Iran Focus s’est procuré. Environ 16.000 d’entre eux ont terminé leurs cursus et obtenu leur diplôme.

Le gouvernement du président Mahmoud Ahmadinejad a parrainé une étude d’où il ressort que les étudiants ont été identifiés comme un groupe à fort potentiel, en particulier pour épauler la diplomatie. En conséquence, les autorités prévoient de les utiliser plus activement dans un nombre croissant de domaines.

Le 7 décembre, le ministère des Affaires étrangères a officiellement ouvert un bureau de représentation à Qom, en présence du ministre Manouchehr Mottaki et deux de ses proches collaborateurs.

Mottaki a énuméré les objectifs les plus importants du bureau comme suit : fournir des informations de politique étrangère aux chefs religieux du séminaire, faciliter les démarches consulaires pour les ressortissants étrangers, en particulier les religieux et les étudiants de Jame'at ol-Mostafa, aider l'économie locale avec des investissements étrangers, faire des échanges de délégations commerciales, encourager le tourisme religieux et l'exportation de produits locaux et lancer des recherches avec l'aide d'experts du séminaire dans des domaines cruciaux pour le ministère des Affaires étrangères, en particulier la diplomatie islamique et les droits de l'homme islamiques.

Hamid Makarem, le directeur du bureau du ministère à Qom, s’est dit satisfait de ses contacts avec les étudiants potentiellement utiles, ajoutant que le nombre de demandes dépassaient la capacité du bureau à y répondre.

Makarem a rencontré le 1er février l'ayatollah Mohammad-Javad Alavi, un chef religieux de Qom, qui a dit : «si nous pouvons créer une organisation non gouvernementale avec le soutien des chefs religieux et des experts des séminaires, qui pourrait ensuite poursuivre l'idée d’accroître les contacts avec l'Egypte et l'Arabie saoudite, ce serait plus efficace. La politique est pavée de hauts et de bas, et c'est pourquoi nous avons besoin d'un endroit stable qui ne serait pas soumis à ces fluctuations. »

Le 1er avril, Makarem a rencontré un autre chef religieux, l'ayatollah Morteza Moqtadaï, qui a exprimé des sentiments similaires.

«J'ai longtemps estimé que le profil international du séminaire devait être élevé et que ses capacités devaient être mieux utilisées au niveau international » a dit une source proche de la discussion en citant Moqtadaï.

« En tant que tel, nous avons récemment réussi à établir le Bureau international du séminaire et à nommer comme directeur l’hodjatoleslam Mohammad Hassan Zamani, notre ancien agent de liaison culturelle en Egypte. La coopération de ce bureau avec un bureau de représentation du ministère des Affaires étrangères à Qom sera très fructueuse et essentielle », a déclaré Moqtadaï.

Il a également annoncé le lancement d’une formation professionnelle au séminaire pour diffuser les idées et la propagande à l'étranger, en disant: «Nous formons actuellement des dizaines de personnes compétentes dans plusieurs langues et qui peuvent nous servir de messagers à l'étranger. Nous espérons bénéficier de l'avis et de la considération du ministère des Affaires étrangères pour l'envoi de délégations vers d'autres pays. »

Makarem a adressé le 28 mars une lettre à un certain nombre de religieux de la ville, comme les grands ayatollahs Nasser Makarem Shirazi, Lotfollah Safi Golpayegani, Jafar Sobhani, Hossein Nouri Hamedani et l'ayatollah Seyyed Mohammad-Ali Hosseini Gorgani Alavi, leur demandant de prendre position sur les événements en Palestine. Il leur a demandé de se prononcer contre la construction d'une synagogue, qui serait la plus grande au monde, « à côté de la mosquée Al-Aqsa » à Jérusalem.

On pense qu’il pourrait s’agir de la restauration de la synagogue Hurva dans le quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem. La synagogue, située à environ 250 m de la mosquée, a été détruite par les forces jordaniennes pendant la guerre de 1948 avec Israël. Des Palestiniens ont condamné la réouverture de la synagogue, en disant que c’était un prélude à la destruction des lieux saints islamiques, Al-Aqsa et du Dôme du Rocher, au-dessus du Mont du Temple, pour la préparation d'un troisième Temple, un doute qui revient régulièrement chez les musulmans au fil des ans.