Iran: Une banque iranienne en Grande Bretagne sert à détourner les sanctions (EXCLUSIF)

Iran Focus: Exclusif -Alors que les Vingt-Sept s'apprêtent à décider ce lundi de sanctions renforcées contre l’Iran pour l'obliger à se placer à la table des négociations sur son programme nucléaire, des révélations sur des mesures prises par Téhéran pour détourner les sanctions se multiplient.

Une banque iranienne à Londres servirait à poursuivre des transactions avec des organismes iraniens frappés par les sanctions internationales. La Persia Bank, poursuit des activités semblables à celles d’EIH en Allemagne pour le compte du pouvoir iranien.

La semaine précédente le voile avait été levé sur les agissements de la  banque AG de commerce euro-iranienne connu sous le nom EIH Bank pour ses initiales allemandes. Cette banque a fait plus d'un milliard de dollars d'affaires pour les entreprises iraniennes associées aux programmes d'acquisition conventionnels militaires et missiles balistiques de l’Iran, y compris des compagnies inscrites sur la liste noire des Etats-Unis, de l’ONU et de l'Union européenne.

Selon Shahin Gobadi l'un des porte-parole du Conseil national de la Résistance iranienne à Bruxelles, la Persia Bank à Londres est un maillon important des dispositifs du régime iranien pour détourner les sanctions internationales. Cette banque est une fusion des filiales des banques Mellat et Tejarat à Londres. Son agence centrale se trouve à Londres et elle entretient des bureaux à Téhéran et à Dubaï. Dubaï vient de stopper les activités de cette banque sur son territoire.

Selon une résolution de l'ONU, la Banque Mellat a «facilité des transactions de centaines de millions de dollars pour des entités nucléaires iraniennes, des missiles et de la défense.» En novembre, le Trésor américain a imposé unilatéralement des sanctions à la Banque Mellat et son chef de direction et président, Ali Divandari.

Selon Shahin Gobadi les premiers effets conjugués de nouvelles sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU, des Etats-Unis et de l’Union européenne sur les banques et les transactions en devises ont réduit de moitié les capacités bancaires et financières du régime.

Selon Shahin Gobadi plusieurs grandes banques étatiques du pays ayant été frappées par les sanctions, le régime a commencé à utiliser secrètement la Banque centrale pour contourner celles-ci. La Banque centrale est aussi activement et discrètement à la recherche des banques qui seraient prêts à contourner les sanctions.

Une banque turque la HALK BANK fournit actuellement à la Banque centrale iranienne des canaux pour ses transactions en devises. Une délégation des experts de la Banque centrale du régime dont un certain Massoud Rekabdar, directeur général pour la politique de gestion de devises, se sont rendus en Turquie pour des négociations avec des banques turques.

La Banque centrale a tenté également d’utiliser des banques brésiliennes pour contourner les sanctions, mais celles-ci ont exigé qu’une partie des réserves du régime en devises étrangères soit transférer au Brésil, ce que la Banque centrale iranienne a rejeté.

Les sanctions contre le secteur bancaire ont contraint le régime à tenter de poursuivre l’essentiel de ses activités à travers des petites banques comme la Persia Bank ou la EIH.

Shahin Gobadi a également sité la Banca Intesa en Italie, l'Arab Bank of Spain en Espagne, l'Hellenic Bank au Chypre, la Bank of China, ou la Holder Bright Bank en Chine comme des partenaires privilégiés des banques iraniennes.

Mais Gobadi a surtout insisté sur le rôle que joue l'Irak pour secourir le système bancaire du régime. L’Irak est devenu la plaque tournante bancaire des plus importantes qui facilite le contournement des sanctions. Cette activité est contrôlée par la Force Qods du Corps des gardiens. L’année dernière, les exportations du régime iranien vers l’Irak ont augmenté de 32% pour atteindre plus de 4,5 milliards de dollars. La banque irakienne ‘Rafedhine’ est activement impliquée dans des transactions avec le régime iranien, ouvrant régulièrement des lettres de crédit à cet effet. Ce dernier a même pu placer certains de ses agents au sein de la direction de la banque.

Téhéran a même procédé à la création de nouvelles banques en Irak, comme « la Banque d’investissement de la coopération et du développement régional » (IDRB) inauguré en 2008 en Irak qui est une fusion de la Banque agricole (Kechavarzi) et de la Banque Eghtessad-e Novine (économie nouvelle).
 
Catherine Ashton devrait annoncer cet après midi un net renforcement des sanctions communautaires contre l’Iran. L’interdiction faite aux banques iraniennes d’ouvrir des filiales sur le territoire des Vingt-Sept pourraient faire partie de ces mesures. Les autorités de supervision bancaire des pays membres devront en outre approuver tout transfert vers l’Iran supérieur à 35’000 euros.

Les 27 auraient également décidé de cesser tout nouvel investissement européen, assistance technique ou transfert de technologie pour le raffinage, l’extraction, l’exploration et la liquéfaction du gaz serait interdit. Une liste noire ciblée de 41 personnalités, 57 compagnies et 15 entités présumées sous contrôle des gardiens de la révolution, sera publiée.

La réaction iranienne en tout cas, ne s’est pas fait attendre. Dimanche, le président du régime Mahmoud Ahmadinejad a promis que son pays « réagirait avec fermeté contre toute action hostile ».

Mais pour Shahin Gobadi les sanctions n’empêcheront pas le gouvernement iranien de poursuivre ses plans de développement des armes nucléaires. Tant que l'UE ne décide pas d'appliquer des sanctions radicales contre la banque centrale d’Iran et en interdisant tous les achats de pétrole et de gaz iraniens, le régime continuera de trouver des failles pour contourner les sanctions. « Le temps d’une politique de fermeté sur tous les aspects est venu » conclut Gobadi.