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Un rapport confidentiel pronostique l'effondrement de l'économie iranienne (Les Echos)

Les Echos: Par Yves Bourdillon - Selon un rapport confidentiel adressé au guide suprême, auquel « Les Echos » ont eu accès, l'économie iranienne pourrait « s'effondrer d'ici à un an » en raison des sanctions occidentales si de sévères mesures ne sont pas prises.

Un rapport confidentiel adressé fin septembre au guide suprême du régime iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, souligne les risques « substantiels d'un effondrement économique d'ici à moins d'un an » en raison des sanctions internationales prises pour obliger le pays à abandonner son programme nucléaire. De source généralement bien informée à Téhéran, ce rapport, auquel ont eu accès « Les Echos », rédigé par des économistes de la Banque centrale et des ministères de l'Economie et du Pétrole, indique que les sanctions de l'ONU et celles ajoutées, en juillet dernier, par les Etats-Unis et l'Union européenne pèsent considérablement sur les secteurs du commerce, de la finance et du pétrole.

Le pétrole qui rapporte les deux tiers des recettes de l'Etat, souffre du retrait des entreprises occidentales, contraintes de choisir entre leurs intérêts aux Etats-Unis et en Iran. Alors que le français Total, l'anglo-néerlendais Shell, le norvégien Statoil et l'italien ENI ont suspendu (« Les Echos » du 1 er octobre) tout investissement, peut-être suivis bientôt par le japonais Inpex, le manque de maintenance étrangère et de pièces détachées influe sur la production de pétrole, passée de 4,2 millions de barils par jour mi-2009 à 3,5 millions cet été.

Pénuries de carburant

L'approvisionnement en essence devient problématique (faute d'investissements dans le raffinage, Téhéran, quoique détenteur des troisièmes réserves mondiales d'or noir, doit importer le tiers de sa consommation). Fournissant la moitié de ces importations, Tupras, compagnie basée en Turquie, pays pourtant allié, a suspendu ses opérations fin août, après les suisses Vitol et Glencore, l'indien Reliance et le russe Lukoil. Le carburant provient désormais du Turkménistan, de la Chine, du Venezuela, ou encore, en contrebande, d'Irak. Dans l'industrie, le coréen Kia et l'allemand Thyssen ont emboîté le pas fin septembre à Caterpillar, Toyota, Daimler et Hewlett-Packard en suspendant leurs activités. Allianz, Munich Ré ou Lloyds refusent à présent d'assurer des cargos et avions approvisionnant l'Iran, tandis que le financement du commerce extérieur devient très compliqué, la totalité des banques occidentales évitant tout contact avec l'Iran. Les banques des Emirats arabes unis, par où transite la moitié des importat
ions iraniennes, ont coupé les ponts avec le pays, il y a deux semaines, ce qui s'y est traduit par une carence de billets verts (et une brusque hausse du dollar, à 10.900 rials). Le régime a aussi averti, samedi, qu'il réprimerait les manifestations et les grèves de commerçants qui suivront vraisemblablement la suppression, à partir du 23 octobre, des coûteuses subventions à la consommation de produits alimentaires et de carburants (10 % du PIB).

Chiffrant l'impact potentiel des sanctions à plusieurs dizaines de milliards de dollars en année pleine, le rapport confidentiel recommande à l'ayatollah Khamenei, numéro un du régime devant le président Mahmoud Ahmadinejad, de prendre des « mesures drastiques pour éviter une crise grave », qui, sans paralyser le pays serait marquée par des pénuries et faillites innombrables d'ici à douze, voire huit mois selon certains des auteurs. Il s'agirait de «  reconvertir d'urgence le commerce extérieur » vers la Chine, la Russie et l'Inde, «  d'augmenter les réserves en produits alimentaires et carburant » et, en dépit des obstacles techniques, de «  convertir dans d'autres monnaies », par exemple en yuans, les réserves de la banque centrale placées en dollars et euros.


12/10/10

http://www.lesechos.fr/journal20101012/lec1_international/020853265161.htm