Iran - L’ancien recteur de l’université de Téhéran dénonce les exécutions de masse des opposants politique (ITW de Mohammad Maleki à Al-Arabiya)

Iran - L’ancien recteur de l’université de Téhéran dénonce les exécutions de masse des opposants politique (ITW de Mohammad Maleki à Al-Arabiya)

Dans un entretien le samedi 6 août 2016 avec la chaîne Al-Arabiya.net, Mohammad Maleki, le premier doyen élu de l’Université de Téhéran après la révolution de 1979 et militant des droits de l’homme, a condamné, depuis Téhéran, l’exécution de masse de 25 militants politiques kurdes, qualifiant ces exécutions de « crime contre l’humanité ». Maleki a lui meme été à plusieurs reprises en prison sous ce régime. Voici un extrait de cette interview.

Al-Arabiya – Commençons par l’exécution de masse de 25 activistes politiques kurdes de confession sunnite, pendus mardi dernier dans le secret le plus total. Ces exécutions coïncident avec le 28ème anniversaire du massacre de prisonniers politiques en 1988. A votre avis, quel but la république islamique recherche-t-elle en recourant à nouveau aux tueries de masse?

M. Maleki- Je vous dirai en résumé que le système de gouvernement du guide suprême, la soi-disant « république islamique », a dès le début traité le peuple avec violence. Vous vous souvenez peut-être son comportement à l’égard des dirigeants du régime précédent, ensuite les tueries qu’il a lancé partout en Iran accusant les victimes du trafic de la drogue, entre autres, tout en prenant pour cible les hommes politiques, suivies de tueries à l’extérieur de l’Iran, les horribles massacres des années 1980, notamment celui de l’été 1988, jusqu’à ces jours-ci et le dernier massacre en date, celui de nos frères kurdes de confession sunnite. Vous êtes sûrement au courant comment ils ont été assassinés chacun sous un prétexte différent.

Je peux affirmer avec certitude qu’en Iran il n’y a pas de tribunal légal. Au cours des années 1980, quand j’ai été jugé, condamné et passé cinq ans en prison de 1981 à 1986, aucun avocat de défense n’était admis au procès. Plus tard, ils [autorités judiciaires] désignaient eux-mêmes des soi-disant avocats. Mais, alors que selon leur propre Constitution, les procès politiques qu’ils qualifiaient d’ « affaires de sécurité », devraient être publics avec la présence des jurés, tout se passait à huis clos. Ils n’ont respecté aucune règle. C’est pourquoi toutes les exécutions et tueries dès le début jusqu’à aujourd’hui sont totalement illégales et [ces verdicts] peuvent à ce titre être poursuivis en justice sous le chef d’accusation de « crime contre l’humanité ».

-Les militants et organisations de défense des droits humains, ainsi que certains avocats des activistes kurdes exécutés affirment que ces condamnés ont été victimes des « dossiers montés » par les services de sécurité dans le but de présenter l’activisme des sunnites iraniens comme un mouvement extrémiste, alors que la plupart des suppliciés n’appartenaient à aucune organisation, mais dont l’activité se limitait à l’expression pacifique de leurs opinions religieuses et politiques.

-Permettez-moi de dire que j’ai été moi-même témoin de la manière dont les autorités condamnaient les gens à mort et les exécutaient au terme des procès qui ne duraient que deux minutes. Au cours des années 80 et surtout en 1988 où ils ont exécuté 30000 personnes, il s’agissait des condamnés qui avaient été déjà jugés et condamnés aux des peines de prison. C’est-à-dire qu’il s’agissait des détenus qui purgeaient leurs peines de prison. Certains d’entre eux avaient même purgé la totalité de leur peine et devraient être libérés. Vous avez évoqué le fait que malgré la promesse d’une dernière visite, [les 25 victimes] ont été exécutées avant qu’il puisse rencontrer leurs proches. A l’époque également ils convoquaient les familles pour venir vers midi pour le dernier adieu à leurs enfants. Mais, une fois sur place, les bourreaux leur disaient d’aller au bureau du médecin-légiste pour identifier le corps de leur enfant.

Ces gens-là n’ont en principe d’autre chose à faire que de tuer et massacrer pour intimider et semer la terreur. J’ai été moi-même été prisonnier et je peux témoigner que tout est sans aucune base légale : les détentions, les embastillements, les accusations et tout cela n’ont aucun fondement dans la vérité, il ne s’agit que des allégations et de suppositions. Au sujet de ces 25 hommes exécutés, je peux jurer qu’aucune des accusations collées à ces victimes ne tient la route. J’ai des amis qui ont été les codétenus avec ces suppliciés, et assurent que ceux-ci n’étaient en rien ce que les autorités ont voulu faire croire : liens avec Daech, le terrorisme, etc. C’étaient des gens sains d’esprit et pratiquants. (…)

En tout cas, c’est le genre de crime que ce régime continuera à commettre tant qu’il restera au pouvoir pour assurer sa survie en semant la terreur dans la population. Il y a eu encore aujourd’hui des informations sur l’exécution de cinq ou six autres personnes ailleurs dans le pays. (…)

Aujourd’hui, il y a une prise de conscience chez les ouvriers, agriculteurs, enseignants, étudiants, les commerçants du bazar et d’autres catégories sociales, sur les injustices dont ils sont victimes. Les impôts, l’argent gelé à l’étranger et débloqué récemment, sont tous dépensés [pour les guerres] en Irak, en Syrie et au Yémen. Je répète encore que tant que [les dignitaires de ce régime] seront en place, cette situation perdurera, car rester au pouvoir en terrorisant la population c’est cela leur raison d’être (…) ».