Iran focus - Narges Mohamadi a entrepris une grève de la faim pour protester contre son arrestation illégale par les autorités en Iran. Elle a été arrêtée le 5 mai dernier parce qu’elle avait défendu refusé le langage de la force et les intimidations des mollahs pour la contraindre au silence. Elle avait notamment soutenu activement la mère du jeune bloggeur Sattar Behechti, assassiné sous la torture il y a un an et demi.

Narges Mohamadi, un pilier des droits humains et membre du foyer citoyen des femmes en Iran, avait rencontré secrètement Catherine Ashton le 8 mars 2013, lors d'une visite de cette dernière à Téhéran pour des discussions sur le dossier nucléaire. Elle avait dénoncé les exactions du régime.


Elle a fait sortir secrètement une lettre de la prison. Elle s’insurge contre les mollahs qui s’acharnent sur une mère qu’on sépare sans préavis de ses enfants et pour lesquels elle ne peut rien. Elle fustige les juges islamistes qui intriguent pour la mettre à genoux en lui refusant ses médicaments urgents qu’elle prend pour son cœur et en lui niant le droit de parler à sa famille.

Rappelons que plusieurs prisonniers sont décédés en Iran par privation de soins. Cette pratique inhumaine des islamistes qui cherchent à torturer et se venger des détenus a été dénoncée par Amnesty International.

Elle a été transférée six fois à l’infirmerie en une semaine en raison de plusieurs malaises. Elle avait ses médicaments avec elle lors de son arrestation mais on les lui a confisqués à la prison odieusement.

Elle a écrit avec courage depuis sa cellule : « ma santé s’est nettement dégradée hier (16 mai). On m’a refusée mes médicaments indispensables pour mon cœur malade. On m’a menacée que le juge (Salavati) prononcerait un verdict très défavorable parce qu’on fait trop de bruit à mon sujet à l’extérieur. Je demande à mon mari d'écrire une lettre au procureur pour lui signifier qu’il sera tenu responsable de cette détention et de ces agissements. J'ai été arrêtée par les forces de sécurité du ministère du Renseignement. On m'a menti lors de mon interpellation en affirmant que ce n’était que pour un bref interrogatoire. On ne m’a pas autorisée à m'occuper de mes enfants. Je n'ai toujours pas vu le mandat d'arrêt me concernant. »

La porte-parole du Centre des défenseurs des droits de l’homme, (arbitrairement interdit en Iran depuis 2006) avait déjà été arrêtée à plusieurs reprises, notamment dans la soirée du 10 juin 2010, à son domicile. Suite à la pression subie durant les interrogatoires, elle avait été victime d’une crise de nerfs, ce qui avait abouti à son hospitalisation pour une paralysie des muscles. Deux mois plus tard, elle avait été condamnée à onze ans de prison ferme pour “réunion et complot contre la République islamique”, “publicité contre le régime” et “collaboration avec le Centre des défenseurs des droits de l’homme”.

Le 3 mai 2015, elle a été à nouveau convoquée devant la 15e chambre du tribunal de la révolution de Téhéran pour répondre des accusations telles que “action contre la sécurité nationale et publicité contre le régime” et pour ces “récentes activités”, notamment pour avoir participé aux différentes campagnes contre la peine de mort ou contre l’impunité en Iran. Elle soutenait notamment la mère du blogueur Sattar Beheshti, tué en détention dans un centre de la cyberpolice iranienne le 3 novembre 2012, qui réclame justice pour son fils. (voir vidéo)

L’arrestation de Narges Mohammadi a rapidement entraîné plusieurs réactions tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Ses compagnons de lutte, notamment la mère de Sattar Beheshti et le professeur Mohammad Maleki, figure universitaire emblématique en Iran ont organisé un sit-in devant la prison d’Evine.

Dès la nouvelle de son arrestation, un groupe de mères et de familles de martyrs du soulèvement de 2009 se sont rassemblées devant la prison d’Evine pour protester.

Mme Sarvnaz Chitsaz, présidente de la commission des Femmes du CNRI, a appelé les organes de défense des droits des femmes à condamner cette arrestation arbitraire, et à prendre des mesures efficaces pour assurer la libération de Narguesse Mohammadi et des autres prisonnières politiques.