AFP: Par Deborah PASMANTIER - AUVERS-SUR-OISE,  Née à la scène en chantant l'amour et la mystique, elle est morte en voix de la résistance aux mollahs. La diva iranienne Marzieh, décédée à 86 ans la semaine dernière, a reçu lundi un dernier hommage de ses compagnons de lutte en exil près de Paris.

"C'est l'histoire d'une femme rebelle dont les chansons populaires ont été le serment des coeurs las et la voix des passions enchaînées et des douleurs de la nation opprimée d'Iran. C'est l'histoire d'une artiste sans repos s'insurgeant contre la tyrannie de notre temps".

Foulard vert, visage tendu, Maryam Radjavi, présidente du principal mouvement iranien d'opposition en exil, le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), dont les Moudjahidine du peuple sont la principale composante, fait son adieu à celle qui avait mis son talent au service de son combat.

Dans le cimetière de la petite ville d'Auvers-sur-Oise, siège du mouvement en banlieue parisienne, Marzieh, de son vrai nom Achraf Al-Sadat Mortezaï, vient d'être inhumée. Des centaines d'Iraniens en exil sont là, de toutes générations, vêtus de style traditionnel ou contemporain, venus d'Auvers ou d'ailleurs en Europe, une rose à la main.

"C'est comme ma mère. Toutes les choses heureuses de mon enfance, je les retrouve dans Marzieh. Elle représente toutes les joies, toute la nostalgie de notre culture, tout ce que nous avons de cher et qu'à cause des mollahs nous avons perdu", a confié à l'AFP Farideh Karimi, 48 ans dont 20 en exil, responsable d'une association.

Les hommages privés ou publics racontent chacun un peu du destin incroyable de cette femme née en 1924 à Téhéran dans une famille éclairée, qui devient diva avant d'être réduite au silence à la chute du shah en 1979 et qui a fini par choisir l'exil à 70 ans pour rejoindre les opposants au régime iranien.

Montée sur scène à l'âge de 18 ans, elle chante d'abord l'amour et les poètes persans, alternant musique mystique et chants modernes. Vite, elle connaît un vif succès dans les années 60-70, où elle a sa propre émission quotidienne à la radio.

"C'était la chanteuse la plus en vue d'Iran, comme Oum Kalsoum pour les Arabes", raconte à l'AFP son assistante Badri Pourtabakh. "A l'époque, elle n'était pas politisée mais elle était contre la dictature. Elle s'intéressait à la cause féminine: elle pensait que l'émancipation des hommes passe par l'émancipation des femmes".

Avec la révolution islamique, sa vie bascule. Marzieh, qui refuse de ne chanter "que" devant des femmes et ne peut plus se produire comme avant, préfère s'éloigner dans son village de Laloune, au nord de Téhéran. "Elle vivait là-bas, loin du régime, elle refusait d'être récupérée. Quinze ans sans chanter, c'était un acte politique", poursuit son assistante.

"Les mollahs ont étouffé la voix de l'amour et des sentiments humains. Ils ont jeté en prison (...) le sourire de ma terre natale", avait expliqué la chanteuse.

C'est en 1994 que Marzieh quitte son pays, après une rencontre avec Maryam Radjavi dont le mouvement réclame un Iran démocratique mais est considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis. Qu'elle s'engage avec les Moudjahidine du peuple avec qui elle passera six ans dans leur camp d'Achraf, au nord de Bagdad. Et qu'elle recommence à chanter.

"Elle avait une voix puissante et elle l'a utilisée pour s'élever contre les mollahs. Elle était la voix de la résistance", dit Gisso Shakeri, chanteuse iranienne en exil de 56 ans venue de Suède pour les obsèques.

Sur un char à Achraf ou dans les salles de concert à Los Angeles ou Paris, Marzieh remonte sur scène, inlassable et engagée.

"Jusqu'à la dernière minute vous êtes restée forte dans la lutte contre le régime des mollahs", s'incline après la prière l'ayatollah Jalal Ganjei avant que ne résonnent ses chants puissants.

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