Environnement : le voyage de Ségolène Royal en Iran assombri par les exécutions

Environnement : le voyage de Ségolène Royal en Iran assombri par les exécutions

 Avec l’AFP – Le déplacement de la ministre française de l'Environnement, Ségolène Royal, en Iran est assombri par la question des violations des droits de l’homme en Iran. La ministre française effectue une visite de trois jours en Iran, accompagnée d'hommes d'affaires à la tête d'entreprises spécialisées dans l'environnement et les énergies renouvelables.

La ministre a annoncé à la presse : « Nous allons construire des partenariats (...) dans les domaines de l'eau, de l'efficacité énergétique et de la pollution de l'air ». Elle rend visite lundi au lac salé d'Orumiyeh, dans le nord-ouest de l'Iran, l'un des plus grands au monde et menacé d'assèchement en raison de l’utilisation abusive de l’eau par les gardiens de la révolution et les entreprises liées à l’Etat qui investissent dans le domaine militaires et d’agriculture intensive.

Mme Royal a rencontré lors de ce voyage la vice-présidente du régime iranien Massoumeh Ebtekar, chargé de l’environnement. Mme Ebtekar qui fut la porte-parole des preneurs d’otage de l’ambassade américaine dans les années 80 a montré la volonté du régime iranien d’exploiter ce voyage en parlant de rapprochement. Il a mis l’accent sur le « message fort » que ce rapprochement envoyait « à la communauté internationale, prouvant que les pays peuvent coopérer solidement dans le domaine de l'environnement ».

Ce voyage s’effectue dans un contexte particulier où le régime isolé sur le plan régional et intérieur multiplie les violations des droits de l’Homme et les exécutions pour contenir le mécontentement de la population. Une population exacerbée de la situation économique, la gestion environnementale calamiteuse du régime et surtout l’absence des libertés dans le pays. Certaines organisations et défenseurs des droits de l’Homme critiquent le choix de la date de ce voyage. A la veille de l’arrivée de Mme Royal à Téhéran, 12 prisonniers ont été pendus et le mois d’août a été particulièrement meurtrière avec près de 80 exécutions dont un tiers étaient des dissidents politiques.

Par ailleurs le régime est frappé par le scandale suscité par les révélations sur l’implication de plusieurs de ses dirigeants dans le massacre de dizaines de milliers de prisonniers politique en août et septembre 1988. A la fin de la semaine le régime a suscité l’indignation en faisant une descente dans la maison de la famille de Sattar Behchti un blogueur assassiné sous la torture et devenu très populaire.  Les agents du régime ont embarqué plusieurs dissidents et membres de sa famille dont la sœur du blogueur assassiné.

L’appel du CFID à Mme Royal pour condamner les exécutions en Iran

Le Comité français pour un Iran démocratique (CFID)qui représente plusieurs dizaines d’élus et d’anciens élus en France y compris au Sénat, a publié un communiqué samedi. 

Signé par le parlementaire honoraire Jean-Pierre Michel, le CFID s’indigne que Les médias officiels en Iran ont commencé
avant même que ce voyage ait lieu, l’exploitation politique recherchée par les autorités du pays, en parlant du déplacement de « l’ex-épouse du Président de la République française » et de « membre influent du gouvernement de Manuel Valls ».

Le CFID poursuit dans son communiqué : Reste à savoir la part qui restera aux thèmes du climat, de l’environnement et de l’eau, avancés par la ministre, dans ce genre de déplacement où le régime a tout d’abord besoin de se laver les mains en raison de « 4500 prisonniers dans le couloir de la mort » selon l’aveu choquant de Hazratpour, membre de la commission juridique du parlement iranien. Sans compter un bilan de 79 pendaisons depuis le début du mois d’août, dont l’exécution collective de 25 sunnites kurdes iraniens qui a suscité la condamnation du Haut-Commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme.

Le CFID attend de Mme Royal une position clair sur les droits de humains en Iran : Notre ministre, connue pour ses positions en matière de droits des femmes, mais qui sera obligée de se couvrir pour répondre aux exigences de la théocratie au pouvoir, ne pourra en cette période estivale empêcher le régime d’utiliser son image dans la campagne de répression menée contre les Iraniennes qui réclament leur liberté vestimentaire. Faut-il rappeler que récemment « 7000 agents invisibles » ont été mandatés par la police de Téhéran pour intercepter et sanctionner les femmes « mal-voilées » en voiture ?

On ne peut contourner le droit à la vie

Le CFID poursuit : En tant que démocrates français, nous ne pouvons-nous permettre de contourner les droits fondamentaux des Iraniens, tels que le droit à la vie ou leur droit à une démocratie, pour les secourir dans le domaine de l’environnement. Doit-on rappeler à notre ministre que la cause principale du désastre environnemental que connait l’Iran aujourd’hui vient en premier lieu, selon les experts du pays, de la politique menée par les gouvernements successifs (aux ordres du Guide suprême), à l’encontre du bien-être des populations et dans le sens du profit de l’oligarchie au pouvoir ?

Le communiqué précise à propos du lac d’Oroumieh : En l’occurrence l’assèchement du grand lac d’Oroumieh dû à la multiplication des barrages sur les cours des treize rivières qui l’alimentent, et des prélèvements excessifs dans les nappes souterraines qui ont suscité des émeutes paysannes, violemment réprimées dans le sud du pays, sont en grande partie des œuvres des gardiens de la révolution qui exploitent ces énormes ressources naturelles pour faire tourner leurs industrie militaire ou agro-alimentaire.

Le CFID conclu : L’Iran, nous le savons, a besoin plus que jamais de relations économiques avec l’Occident, mais rien ne permet aujourd’hui de penser que le peuple iranien puisse demain profiter d’une ouverture économique du pays dont les différentes factions au pouvoir (notamment les Pasdaran) ont bien l’intention de capter le bénéfice. C’est pourquoi, au-delà du rappel impératif aux valeurs et principes universels des droits humains, une politique réaliste vis-à-vis de l’Iran ne peut reposer que sur un équilibre tenant compte des revendications, des aspirations et des espoirs démocratiques du peuple iranien.