05262018Sam

Iran: La dernière manche ?

Iran: La dernière manche ?

Cette année, le Norouz est peut-être l’annonciateur d’un vrai nouveau jour qui se lèverait sur l’Iran, nous rappelant ainsi aux doux parfums et à la riche culture de la Perse antique.

39 ans ! Voilà 39 ans que l’Occident observe avec plus ou moins de condescendance et d’amusement coupable le régime clérical Iranien torturer et exécuter les opposants à son fonctionnement. 39 ans qu’un peuple souffre au quotidien d’un manque cruel de liberté, à tous les niveaux. 39 ans que le monde sait, mais ne fait rien. 39 ans que les entreprises multinationales occidentales se battent pour entrer sur le marché Iranien, et qu’importe si le peuple a faim, tant qu’elles peuvent s’enrichir. 39 ans et bien plus que la lutte contre la dictature, celle du Shah puis celle des mollahs, perdure dans un pays à l’économie désormais exsangue…

Mais il se pourrait qu’enfin la dernière manche se joue en 2018. En cette nouvelle année 1397 du calendrier Iranien, débutée le jour d’équinoxe de printemps, les Iraniens appellent de leurs vœux les plus chers la chute définitive du régime clérical, pour en finir avec la peur, la privation des libertés et la dictature funeste des fous de Dieu. Si l’on devait traduire le sens de Norouz en Français, on parlerait de nouveau jour, ou plutôt de renouveau. Cette année, le Norouz est peut-être l’annonciateur d’un vrai nouveau jour qui se lèverait sur l’Iran, nous rappelant ainsi aux doux parfums et à la riche culture de la Perse antique.

La résilience du peuple Iranien

Mais avant cela, il faudra encore combattre et faire preuve de résilience. Le peuple Iranien a tout vu passer ; de la spoliation de la révolution de 1979 jusqu’aux événements récents en passant par le massacre de l’été 1988, les opposants au régime ont été de toutes les luttes, sur tous les terrains. Accusés de tous les maux, pourchassés, torturés, exécutés depuis des décennies, ces gens trouvent encore le courage et l’abnégation de poursuivre un combat inégal. Mais alors que les dirigeants du régime s’échinent à faire régner la terreur policière, militaire et carcérale, n’hésitant jamais à pendre de jeunes gens à la flèche des grues qui ornent certaines artères des centres-villes, les opposants, eux, véhiculent un message, une idée. Et, contrairement à l’homme, une idée ne meurt jamais. Au pire, elle peut parfois se perdre ou s’oublier un temps – et les peuples occidentaux devraient prendre garde à ne pas laisser cette idée s’enfuir trop loin de leurs aspirations humaines – mais elle ne meurt jamais.

Si bien que les générations passant, la conviction demeure profonde, ancrée, presque naturelle au fond. Et cette conviction est simple ; tout Homme devrait pouvoir vivre librement parmi les autres. Pour les peuples occidentaux, cette aspiration semble naturelle et immuable. Mais prenez garde ! Les attaques contre les libertés ne cessent jamais. La liberté est un bien précieux qu’il faut parfois défendre de pied ferme. Et c’est ce que font les femmes et les hommes d’Iran. Durant les événements du mois de janvier 2018, 142 villes ont vu défilé des millions de personnes dans leurs rues. Mais de l’autre côté, l’état a procédé à plus de 8 000 arrestations, 50 tués, et plus d’une quinzaine de personnes mortes sous la torture…

Une idée ne meurt jamais !

Pour autant, le peuple d’Iran poursuit sur son idée. Dans un mouvement sans précédent connu, plusieurs milliers d’agriculteurs ont envahi les rues d’Ispahan, cité centrale de l’Iran, au sud de Téhéran. Très vite, les manifestants ont été rejoints par les enseignants, les étudiants, et les sympathisants de toute la ville. Les cortèges grandissent à chacun de leurs passages. Les rues se gorgent de protestations, toujours plus claires et plus distinctement audibles, et toutes ont la même cible ; le régime. Si les manifestations d’autrefois ciblaient les politiques et les gouvernements, cette fois, c’est bien le régime lui-même qui est désigné. La théocratie doit passer la main et laisser place à une démocratie réelle. Mais, comme partout, les tenants du pouvoir n’aiment pas le lâcher. Qu’importe ! Le peuple a choisi de poursuivre la contestation jusqu’à la fin du velayat-e-faqih (la suprématie d’un guide suprême religieux). Quoiqu’il advienne ! Il est plus déterminé que jamais, d’une détermination froide, analys
ée, indéfectible, ancrée dans les cœurs et dans les esprits.

Avec ou sans l’occident, il y aura un nouveau départ en Iran !

La seule question que l’on peut se poser désormais, c’est demander pourquoi les chancelleries occidentales font elles peu cas des velléités de libération du peuple Iranien. Comment se fait-il que les grandes puissances mondiales, qui prétendent toutes agir au nom du bien et de la liberté, ne parviennent pas à s’entendre sur pression commune sur le régime théocratique Iranien ? Comment se fait-il que nos édiles mondialistes, toujours promptes à donner des leçons de morale, soient incapables de s’appliquer à eux-mêmes leurs dogmes ? Car soyons clairs. Si l’occident, et notamment l’Union Européenne, sont si frileux sur leurs positions avec le régime Iranien, c’est parce que ses grandes entreprises cherchent à traiter avec les mollahs et les gardiens de la révolution qui domine l’économie de ce pays.

Il semblerait donc que les aspirations des décideurs politiques des pays européens ne soient pas tout à fait en phase avec les réalités du peuple Iranien. L’économie, l’argent, les jeux de pouvoir, semblent plus importants à leurs yeux que le destin de dizaines de millions d’âmes. Mais peu importe après tout. Car la fin de la théocratie n’a jamais été aussi proche. Et d’autant plus qu’une véritable guerre des factions se prolonge jusqu’au cœur même du régime. Désorganisés, les mollahs craqueront les uns après les autres sous la pression de la volonté du peuple. Le mur se fissure, puis se lézarde, avant de tomber sous les coups d’une euphorie nouvelle, d’un nouveau départ, d’un renouveau, du Norouz…