AFP - Les négociations sur le nucléaire iranien patinent, malgré une intense activité diplomatique à Vienne, où les ministres poursuivent leurs allées et venues, et à Téhéran, où le chef de l'AIEA était reçu jeudi par les autorités iraniennes. "Nous n'y sommes pas encore", a lancé le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier lors d'une conférence de presse à Vienne, se demandant si chaque partie aurait suffisamment "de courage et de volonté" pour arracher un compromis historique, toujours introuvable après 20 mois de tractations.

"Nous ne sommes pas encore arrivés au moment d'une percée" dans les négociations, déclarait simultanément son homologue britannique Philip Hammond en arrivant dans la capitale autrichienne, devant la presse agglutinée face au palais abritant les pourparlers.

Quelques instants auparavant, le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, apparu à son balcon du palais avait lancé, souriant comme d'habitude: "je me dois d'espérer", aux journalistes qui l'interpellaient sur la possibilité d'un accord.

Mais les choses ne semblent pas avancer, au sixième jour de la reprise formelle des négociations pour sceller un accord historique plaçant le programme nucléaire iranien sous étroit contrôle international, en échange d'une levée des sanctions.

Depuis samedi, les chefs de la diplomatie du P5+1 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine, France et Allemagne) et de l'Iran font des allers-retours dans la capitale autrichienne, à l'exception de l'Américain John Kerry qui est sur place en continu.

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini est attendue à la mi journée à Vienne, ainsi que les Français Laurent Fabius et Chinois Wang Yi.

Les négociateurs se sont donné jusqu'au 7 juillet pour parvenir à un accord, une date qui n'est cependant pas gravée dans le marbre (la conclusion des négociations, accord ou pas, peut intervenir avant ou après le 7, soulignent les protagonistes).

- Amano à Téhéran -

Parallèlement aux discussions qui tiennent place dans la capitale autrichienne, le chef de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), Yukiya Amano, était reçu jeudi à Téhéran et devait s'entretenir dans l'après-midi avec le président Hassan Rohani.

Tout accord nucléaire doit être "juste et équilibré", et "protéger les droits" de l'Iran, a déclaré le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale (CSSN), Ali Shamkhani, après avoir reçu M. Amano.

Ce dernier, qui se rend à Téhéran pour la quatrième fois depuis 2012, a indiqué comprendre les "inquiétudes et les sensibilités" iraniennes, soulignant avoir "fait des propositions pour faire disparaître les obstacles existants (et) accélérer le processus de coopération" entre Téhéran et l'agence onusienne, selon Irna.

L'AIEA, agence onusienne, est appelée à jouer un rôle majeur en cas d'accord entre l'Iran et les grandes puissances, puisqu'elle devra vérifier le respect des engagements pris par Téhéran.

L'agence, qui déploie en moyenne quatre à dix inspecteurs quotidiennement en Iran, a déjà accès aux sites nucléaires. Mais la communauté internationale veut pouvoir renforcer et élargir le périmètre de ses inspections.

Le voyage de M. Amano se fait à l'invitation de Téhéran, qui veut aborder la question épineuse de la PMD (possible dimension militaire) du programme nucléaire iranien.

"Si les Iraniens l'ont invité, on peut imaginer qu'ils ont quelque chose à dire", souligne une source diplomatique occidentale.

L'AIEA soupçonne Téhéran d'avoir mené des recherches au moins jusqu'en 2003 pour se doter de la bombe atomique -ce que dément l'Iran- et cherche à avoir accès aux scientifiques impliqués, ainsi qu'aux documents et sites qui pourraient avoir abrité ces recherches.

Des demandes qui se sont heurtées au non catégorique du Guide suprême Ali Khamenei, mais l'Iran "proposera des solutions pour résoudre les différends", a indiqué l'agence de presse iranienne Isna, citant une source proche des négociations.

- Complexité extrême -

Outre l'inspection des sites suspects iraniens, d'autres questions clés restent à régler, comme la durée d'un accord. La communauté internationale veut brider le programme nucléaire iranien pendant au moins dix ans.

La levée des sanctions est aussi un autre point capital non réglé, Téhéran souhaitant des mesures immédiates, quand le P5+1 veut une levée progressive et sous condition de ces sanctions.

L'accord reste difficile à sceller en raison du côté extrêmement technique et complexe du dossier, mais aussi du fait de ses potentielles répercussions internationales. Il pourrait consacrer un rapprochement entre les ennemis de 35 ans Etats-Unis et Iran, et marquer un renforcement de la position de la République islamique chiite sur les scènes régionale et internationale, à la grande inquiétude des régimes sunnites de la région et d'Israël.