L'Iran se dit prêt à laisser inspecter un site accusé d'activités secrètes

AFP : 18 novembre - L'Iran s'est dit prêt jeudi à accueillir des inspecteurs internationaux sur un site qui, selon l'opposition en exil, servirait à des activités nucléaires à caractère militaire.
"Je démens totalement ces allégations. L'Iran n'a aucun site ni aucun matériel nucléaires non déclarés", a dit à l'AFP Hossein Moussavian, un des responsables du nucléaire iranien, alors que Téhéran fait toujours face au soupçon malgré le récent accord passé avec les Européens.
En effet, la décision iranienne de suspendre les opérations d'enrichissement d'uranium n'a pas mis fin aux accusations. Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a assuré mercredi que l'Iran pourrait déjà travailler activement à la mise au point de vecteurs pour des charges nucléaires.
De leur côté, les Moudjahidine du Peuple, principal groupe de l'opposition armée au régime islamique, ont affirmé mercredi que les Iraniens possédaient une usine secrète d'enrichissement d'uranium au nord-ouest de Téhéran et avaient pour objectif de disposer de la bombe atomique dès l'an prochain.
Selon eux, Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe atomique pakistanaise, a aussi fourni en 2001 à l'Iran de l'uranium hautement enrichi de qualité militaire.
Le centre désigné par les Moudjahidine, honnis par le régime iranien, "n'est pas nucléaire et n'a rien à voir avec des activités nucléaires", a répondu M. Moussavian.
Interrogé sur une éventuelle inspection du site par les agents de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), M. Moussavian a rétorqué que l'Iran "avait toujours répondu positivement aux demandes d'inspection de l'Agence et avait toujours coopéré". Mais, a-t-il observé, "il n'est pas bon que l'AIEA se laisse manipuler par un groupe terroriste connu".
Quant aux affirmations relatives à Abdul Qadeer Khan, "c'est totalement faux", a déclaré M. Moussavian. Le gouvernement pakistanais les a également démenties.
"L'AIEA et nous avons l'expérience de ce genre d'allégations et à chaque fois, l'agence a pu vérifier qu'elles étaient fausses", a dit M. Moussavian.
Les accusations des Moudjahidine sont survenues huit jours avant que l'AIEA ne rouvre le dossier iranien. L'Iran a considérablement diminué lundi le risque que l'AIEA ne décide d'envoyer ce dossier devant le Conseil de sécurité des Nations unies, comme le voudraient les Américains.
Il a en effet accepté de suspendre toutes ses opérations d'enrichissement en contrepartie d'un accord de coopération nucléaire, technologique et commercial avec l'Union européenne.
Cependant, le porte-parole adjoint du département d'Etat américain, Adam Ereli, a relevé que "dans le passé, des informations de ce type (de celles des Moudjahidine) avaient été confirmées par l'AIEA". Il a réclamé de la part de l'Agence "une enquête sérieuse à leur sujet".
Ali Mobacheri, chef des tribunaux révolutionnaires, cité jeudi par le quotidien gouvernemental Iran, a révélé que quatre hommes qui "s'étaient infiltrés dans les centres nucléaires" iraniens et "espionnaient pour les pays étrangers" étaient actuellement jugés.
Selon Téhéran, les Moudjahidine ont "pris la plus grande part" à cet espionnage.
L'Iran a décidé que la suspension de l'enrichissement serait effective le 22 novembre. Interrogé sur le peu de temps laissé aux inspecteurs pour vérifier la réalité de cette suspension avant le 25 novembre, M. Moussavian a répondu: "l'Agence ne nous a pas dit que c'était trop tard (..) Nous coopérerons pour les aider à vérifier la suspension avant" la réunion de l'AIEA.
Le responsable du nucléaire iranien, Hassan Rohani, a indiqué que les Européens "devaient tenir leurs engagements écrits, mais aussi verbaux". "Si nous avons le sentiment que les choses n'évoluent pas conformément à l'accord, celui-ci sera caduc", a-t-il dit à la télévision.
"Mais, a-t-il ajouté, nous percevons des signes que, cette fois, les Européens sont sérieux et que l'Agence suit".