L'Iran a suspendu ses activités d'enrichissement d'uranium

Reuters : 22 novembre - Afin de désamorcer toute initiative américaine à l'Onu, l'Iran a suspendu ses activités d'enrichissement d'uranium pour tenter de prouver que son programme nucléaire est à usage civil et non militaire.

Cette suspension a été confirmée par Mohamed ElBaradei, directeur général de l'Agence internatinale de l'énergie atomique (AIEA). "Je pense que tout s'est arrêté à l'heure actuelle", a déclaré ElBaradei lundi à la presse à Vienne.
Les opérations ont également cessé à l'usine de conversion d'uranium d'Ispahan, a-t-il ajouté.

La suspension des activités susceptibles d'entrer en compte dans la fabrication d'armes nucléaires a été effective lundi, trois jours avant une réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA destinée à évoquer le cas de l'Iran.

Washington accuse l'Iran de chercher à mettre au point des armes nucléaires et souhaite que le Conseil des gouverneurs de l'AIEA saisisse de cette affaire le Conseil de sécurité, lequel est habilité à imposer des sanctions à Téhéran.

Mais l'Iran, pour lequel son programme nucléaire est purement civil, a conclu la semaine dernière un accord avec l'Union européenne pour éviter toute saisine du Conseil de sécurité.

Si Téhéran a précisé que la suspension serait de courte durée, ElBaradei a demandé aux Iraniens de la maintenir le temps de la durée des inspections de l'AIEA. Certains diplomates en poste à Vienne craignent que l'Iran ne trouve un prétexte pour reprendre l'enrichissement d'uranium à un moment ou l'autre à l'avenir.

"Je pense qu'il est dans l'intérêt de l'Iran de maintenir la suspension tant que nous en sommes dans la phase des inspections, alors que nous nous employons à établir que le programme est à vocation civile", a dit le directeur de l'AIEA.

L'UE espère convaincre dans les mois à venir l'Iran de pérenniser la suspension de ses activités d'enrichissement, en lui proposant en échange une série d'avantages économiques et politiques.

DEUX TONNES D'UF6

L'Union européenne pourrait néanmoins saisir le Conseil de sécurité à propos de l'Iran si ce pays revient sur l'accord conclu, a déclaré lundi le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw.

"Si l'Iran ne respecte pas ses engagements, alors la Grande-Bretagne, mais aussi l'Allemagne et la France, se réservent le droit de renvoyer cette affaire devant le Conseil de sécurité", a déclaré Straw à la presse lors de son arrivée à Bruxelles pour des discussions avec ses homologues de l'UE.

Le Conseil national de résistance de l'Iran (CNRI, opposition en exil), qui, en août 2002, avait révélé l'existence de sites nucléaires secrets en Iran, affirme actuellement que le ministère iranien de la Défense enrichit de l'uranium dans le quartier de Lavizan, dans le nord-est de Téhéran.

L'AIEA, assure son directeur, ne s'intéressera qu'aux informations "crédibles". "Il existe une grande différence entre le fait d'effectuer des vérifications solides et le fait de harceler un pays", a-t-il dit.

A l'heure actuelle, l'Iran a produit deux tonnes d'hexafluoride d'uranium (UF6) dans l'usine d'Ispahan. Ce type d'uranium est certes utilisé dans le processus d'enrichissement mais deux tonnes ne suffisent pas à fabriquer une arme nucléaire, a-t-il précisé.
L'enrichissement est un processus consistant à purifier l'uranium afin qu'il puisse devenir un combustible pour des centrales nucléaires ou puisse servir à des armes atomiques.

Téhéran avait par le passé démenti avoir fabriqué de l'UF6 et des diplomates au fait des négociations UE-Iran avaient déclaré que ces affirmations soulevaient des doutes quant à la bonne foi de l'Iran.
Les inspecteurs de l'AIEA actuellement en Iran doivent vérifier que l'Iran a bien interrompu de telles activités et posé des scellés sur les installations où elles étaient menées à bien.