La tension monte entre l'AIEA et l'Iran

NOUVELOBS.COM : 19 sept - L'Agence internationale de l'énergie atomique a demandé samedi à l'Iran de geler toute activité d'enrichissement d'uranium et fixé à fin novembre une date pour un examen de son programme nucléaire. Téhéran rejette toutes les conditions posées et menace de faire cesser les inspections, accusant la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne d'avoir violé un accord de 2003.
L 'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a fixé une date butoir fin novembre pour un examen complet du programme nucléaire iranien, a annoncé samedi 18 septembre une porte-parole de l'AIEA.
La résolution, présentée par trois pays européens - Allemagne, France et Grande-Bretagne - a été adoptée sans vote par le conseil des gouverneurs de l'AIEA qui était réuni depuis lundi à Vienne, a déclaré la porte-parole, Melissa Fleming.
Après un compromis avec les Américains, la résolution demande à l'Iran de clarifier "impérativement" avant le 25 novembre les "questions en suspens" avec l'AIEA concernant son programme nucléaire.
Les Etats-Unis avaient fini par accepter ce texte, bien qu'ils n'aient pas obtenu qu'il impose un ultimatum pour une saisie automatique du Conseil de sécurité des Nations unies en vue de sanctions internationales.
Mais l'ambassadeur américain a prévenu que l'Iran a le choix entre le respect des obligations de non-prolifération nucléaire fixées par l'AIEA ou le renvoi du dossier devant le conseil de sécurité de l'Onu. Publicité


Les pays du mouvement des Non Alignés (MNA) voulaient que l'AIEA renonce à exiger la suspension de l'enrichissement de l'uranium, qui est autorisé par le Traité de non prolifération nucléaire (TNP), mais ils n'ont pas eu gain de cause, selon l'agence iranienne.

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Le Conseil des gouverneurs de l'AIEA a aussi demandé à l'Iran de geler toute activité d'enrichissement d'uranium.
Les représentants des 35 Etats-membres, réunis à Vienne, ont demandé à Téhéran de suspendre toute activité pouvant être utilisée pour fabriquer des armes nucléaires. Dans une résolution, le Conseil des gouverneurs de l'AIEA dit qu'il "considère nécessaire" que l'Iran gèle tout enrichissement d'uranium et les programmes qui y sont liés.

Réplique

L'Iran a jugé illégales dimanche 19 septembre les demandes de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Hassane Rowhani, le négociateur iranien chargé des questions nucléaires, a affirmé lors d'une conférence de presse dimanche que Téhéran avait néanmoins décidé de poursuivre la suspension volontaire de son programme. Le pays devrait continuer la production, l'assemblage et les essais de centrifugeuses.
Il a par ailleurs menacé de limiter la coopération iranienne avec l'AIEA, si l'agence onusienne devait soumettre cette question au Conseil de sécurité en vue d'éventuelles sanctions.
"Nous sommes prêts à respecter la suspension de l'enrichissement réel, mais nous n'avons pas de décision pour étendre cette suspension", a déclaré Hassane Rowhani. "Cette demande est illégale et n'impose aucune obligation à l'Iran. Le Conseil des gouverneurs de l'AIEA n'a pas le droit de rendre obligatoire une telle suspension, quel que soit le pays."

"Mettre un terme au TNP"

Téhéran a toujours démenti enrichir de l'uranium pour construire des armes nucléaires, affirmant que cet enrichissement est destiné à produire de l'électricité. "Soumettre le dossier nucléaire de l'Iran au Conseil de sécurité ne se justifie pas", a poursuivi le négociateur iranien. "Si un jour, ils le présentent au Conseil de sécurité des Nations unies, ce jour-là, (...) l'Iran mettre un terme au protocole additionnel et limitera sa coopération avec l'AIEA."
Le protocole additionnel au Traité de non-prolifération (TNP) permet à l'agence onusienne de mener des inspections inopinées.
Le Conseil a "exhorté fortement" le gouvernement iranien à respecter les exigences de l'AIEA dans son enquête sur les activités nucléaires clandestines de l'Iran depuis presque 20 ans, ce qui comprend un accès sans restriction aux sites, aux informations et au personnel susceptibles d'apporter une lumière sur son intérêt à la construction d'armes nucléaires.
Suggérant que l'Iran pourrait avoir à présenter des explications au Conseil de sécurité en cas de non conformité aux exigences de l'AIEA, la résolution explique que la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs, en novembre, "décidera si de nouvelles mesures sont opportunes" pour s'assurer que Téhéran respecte les demandes.

Les Européens accusés

Les autorités iraniennes estiment aussi que les Européens (Allemagne, France, Grande-Bretagne) ont ansi violé l'accord de Téhéran conclu avec eux fin 2003 sur le nucléaire iranien, a déclaré Hassan Rohani. Il n'a pas dit explicitement si, pour Téhéran, l'accord de 2003 était caduc.
L'Iran s'était engagé en 2003 auprès de ces trois pays à suspendre volontairement l'enrichissement d'uranium et à accepter des inspections inopinées de ses installations nucléaires. (avec AP)