Mis en demeure, l'Iran menace de se soustraire au contrôle international

AFP: 19 sept - L'Iran a prévenu dimanche qu'il se soustrairait au régime d'inspections internationales de ses activités nucléaires s'il était traîné devant le Conseil de sécurité de l'Onu, comme l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), en a laissé ouverte la possibilité samedi.

Le dirigeant chargé du nucléaire, Hassan Rohani, a aussi exclu que la République islamique suspende toutes ses activités liées à l'enrichissement de l'uranium sous la contrainte de la résolution adoptée par l'AIEA, l'agence de l'Onu chargée de veiller à la non-prolifération.

"Nous allons au-devant de jours difficiles", a reconnu M. Rohani, prônant néanmoins la négociation sur ces questions ultra-sensibles.

L'AIEA, qui enquête depuis près de deux ans pour savoir si le programme nucléaire iranien est purement civil, comme le proclame Téhéran, et ne couvre pas un plan pour disposer de la bombe atomique, a approuvé samedi à Vienne un texte vigoureux.

Sans formuler d'ultimatum explicite comme l'auraient voulu les Etats-Unis, la résolution donne à l'Iran jusqu'à la prochaine session de l'AIEA, le 25 novembre, pour faire en sorte que tous les doutes soient levés sur la nature de ses activités nucléaires. Le texte presse aussi Téhéran de suspendre toutes ses activités liées à l'enrichissement.

Il réserve les mesures que l'AIEA pourrait prendre si l'Iran ne donnait pas satisfaction. Parmi elles figure la saisine du Conseil de sécurité, réclamée par Washington.

"Nous sommes engagés par le Traité de non-prolifération" (TNP), dont l'Iran est signataire, "et nous allons continuer à appliquer volontairement le protocole additionnel (à ce traité)" qui soumet les activités nucléaires à des inspections renforcées et inopinées de l'AIEA, a dit M. Rohani, "mais s'ils décident de nous traîner devant le Conseil de sécurité, nous cesserons d'appliquer le protocole additionnel, et s'ils décident des sanctions économiques, le Parlement pourra demander un désengagement du TNP".

Une telle décision signifierait que le programme iranien échapperait quasiment à tout contrôle, ce que redoute Mohamed ElBaradei, chef de l'AIEA.

L'Iran a signé en octobre 2003 avec l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne la "déclaration de Téhéran" par laquelle il accepte, en gage de bonne foi, le protocole additionnel et la suspension de l'enrichissement.

L'AIEA exprime cependant dans sa dernière résolution sa "profonde préoccupation" devant l'insuffisance des efforts iraniens. Inquiète que l'enrichissement ne soit détourné à des fins militaires, elle insiste pour que la République islamique étende le champ de cette suspension à la fabrication de centrifugeuses et à la conversion d'uranium en hexafluorure d'uranium (UF6), substance injectée dans les centrifugeuses pour l'enrichissement.

"L'Iran n'a jamais accepté une contrainte qui résulterait d'une résolution", a répliqué M. Rohani.

Cependant, a-t-il nuancé, l'Iran n'envisage pas "pour l'instant" d'étendre la suspension.

"Si cela se faisait, ce serait au travers de négociations, et non pas d'une résolution", a-t-il dit, insistant sur "l'importance de ce message" appelant à la poursuite des discussions.

Pour lui, les Européens ont "violé" l'accord de Téhéran car ils ont largement rédigé la résolution, même s'ils ont résisté aux Américains contre l'instauration d'un mécanisme envoyant automatiquement le dossier iranien au Conseil de sécurité.

Il n'a pas dit cependant que cet accord était caduc.

Il faudra au gouvernement composer avec le nouveau parlement conservateur. Ce dernier a signifié qu'en l'état actuel ratifier le protocole additionnel, comme le demande "sans délai" l'AIEA pour engager durablement l'Iran aux inspections, ne servirait à rien.

M. Rohani a en tout cas confirmé l'avancement du programme iranien. "Nous pouvons produire le combustible nucléaire", a-t-il dit, ajoutant que l'Iran avait commencé "il y a deux ou trois semaines" dans son usine d'Ispahan (centre) à convertir à titre expérimental du "yellow cake" en UF6.