Demande à l'Iran de ne pas enrichir d'uranium: nouvelle passe d'armes

AFP

Une nouvelle passe d'armes a eu lieu à l'AIEA à Vienne, entre Occidentaux qui ont répété lundi leur demande à l'Iran de suspendre l'enrichissement de l'uranium et les Iraniens qui refusent de se plier à cette exigence.

Samedi, le conseil des gouverneurs de l'AIEA, l'organe exécutif de 35 Etats de cette agence de l'Onu, a fixé la date butoir du 25 novembre pour un examen complet du programme nucléaire iranien et a aussi exigé l'arrêt "immédiat" des activités d'enrichissement, pourtant légales au regard du Traité de non-prolifération (TNP).

La résolution, présentée par l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne - trois pays engagés dans un dialogue critique avec Téhéran depuis près d'un an - a reçu l'aval officiel de l'Union européenne, au premier jour de la conférence générale des 137 pays de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) lundi à Vienne.

"L'UE est choquée que l'Iran soit revenu en juin sur certaines de ses décisions antérieures sur la suspension volontaire des activités liées à l'enrichissement, car cela constitue l'élément clé pour établir la confiance", a déclaré Justus de Visser, l'ambassadeur des Pays-Bas, président en exercice de l'Union.

Les Etats-Unis, qui accusent les Iraniens de développer en secret l'arme nucléaire, appuient le texte de la troïka européenne. "Il est essentiel que l'Iran coopère désormais complètement et immédiatement suivant les demandes de l'AIEA", a dit le ministre américain de l'Energie Spencer Abraham.

Dans le même sens, le directeur général de l'AIEA Mohamed ElBaradei a lui aussi réitéré son appel.

L'Iran "se doit de faire tout son possible pour instaurer la confiance" sur son programme nucléaire et c'est dans son intérêt pour permettre une solution, a-t-il dit.

Selon M. ElBaradei, "il faut que l'Iran accélère sa coopération, en offrant le maximum de transparence et de mesures de confiance, afin que nous puissions boucler les questions en suspens dans les prochains mois et rassurer la communauté internationale", a déclaré M. ElBaradei.

Mais, comme l'ont fait ce week-end les dirigeants iraniens à Téhéran, le chef des programmes d'énergie nucléaire Reza Aghazadeh a exprimé lui aussi son refus à la conférence de Vienne.

Certaines parties de ce texte "sont contraires dans la lettre et l'esprit aux statuts de l'agence et au TNP", a-t-il dit, en ajoutant : "l'Iran ne permettra pas d'ingérence pour l'interruption de notre programme domestique purement pacifique".

L'AIEA est chargée de surveiller l'application du traité TNP sur la non-prolifération des armes nucléaires par une série d'accords de garanties.

L'uranium enrichi dans des centrifugeuses peut donner du combustible nucléaire aussi bien pour de l'énergie civile que pour une bombe atomique. D'où l'inquiétude des Occidentaux qui préfèrent livrer de l'uranium déjà enrichi.

Téhéran, qui dément avoir des intentions militaires, avait accepté en octobre 2003 de suspendre ses activités d'enrichissement, en échange d'une coopération nucléaire civile de Berlin, Londres et Paris. Mais l'Iran est revenu sur son engagement cet été, suscitant leur exaspération.

Selon M. Aghazadeh, la résolution "ne fait pas de distinction claire entre obligations et mesures volontaires".

"On mine la crédibilité de l'AIEA quand on demande à un Etat membre de suspendre ou arrêter des activités telles que l'enrichissement, la conversion de l'uranium, ou la construction d'un réacteur de recherche envisagé pour des radio-isotopes aux objectifs médicaux, agricoles et industriels, toutes choses qui ne sont nullement interdites par les statuts de l'agence ni par le TNP", a-t-il dit.

La conférence générale va passer en revue cette semaine les programmes et objectifs de l'agence.

Elle devrait donner lieu, cette année encore, à des attaques de pays arabes contre Israël sur sa possession non avouée d'armes atomiques.