09202019Ven

Tribunal sur l’Iran. La vérité sur les crimes de Khomeini

Le Devoir: Par Claude Lévesque - Au cours des années 1980, des dizaines de milliers de prisonniers politiques ont été exécutés en Iran par les nouvelles autorités islamistes, dont plus de 5000 pendant le seul été de 1988.

Vingt ans plus tard, les familles des victimes ont eu l'occasion de témoigner devant une Commission de vérité, qu'elles ont d'ailleurs elles-mêmes contribué à mettre sur pied. Cette instance internationale a également entendu, durant la semaine du 18 au 22 juin, à Londres, les témoignages de prisonniers ayant survécu à leur détention dans les geôles iraniennes.

« La Commission sur la vérité du Tribunal sur l'Iran a entendu 85 témoignages, tous aussi bouleversants les uns que les autres. J'ai pris quant à moi une part active dans les travaux de la Commission en demandant des précisions aux témoins sur les circonstances de leur arrestation et détention ainsi que les sévices qui auraient été commis à leur égard ou à l'égard de leurs proches qui ont disparu ou qui ont été exécutés pendant cette période », a expliqué Daniel Turp, professeur de droit à l'Université de Montréal.

« Cette première partie des travaux du Tribunal sur l'Iran aura permis aux victimes et à leurs survivants d'être entendus et je crois que l'objectif "cathartique" qui était visé a été atteint », a ajouté le juriste et ancien député dans un échange de courriels. M. Turp siégeait, en compagnie de six autres éminents juristes, lors des audiences qui se sont tenues au siège d'Amnesty International dans la capitale britannique.

Il reste à la Commission à rédiger son rapport et à le transmettre au Comité directeur du Tribunal sur l'Iran. Ce dernier en saisira les trois procureurs du Tribunal en vue d'une session qui devrait durer quatre jours à la fin d'octobre et au début de novembre à La Haye, aux Pays-Bas.

« Les familles à l'origine de l'institution du Tribunal sont celles des victimes d'un processus d'élimination massive des dissidents du régime de l'ayatollah Khomeini qui a été conduit de 1981 à 1988 », a expliqué Daniel Turp. Le processus en question « aurait culminé dans l'exécution secrète en 1988 de prisonniers politiques, comprenant des femmes, des hommes et des enfants. Il s'agissait d'intellectuels, d'étudiants, de gens de gauche, de membres de partis d'opposition et de personnes appartenant à des minorités ethniques et religieuses. Cette exécution donnait suite à une fatwa délivrée par l'ayatollah Khomeini. Il y aurait eu entre 7 000 et 10 000 victimes de cette exécution secrète en 1988 •.

La Commission et le Tribunal n'ont pas de statut juridique. Ils constituent selon Daniel Turp « des instances créées par la société civile sur le modèle du Tribunal Russell, qui avait été institué par le philosophe britannique Bertrand Russell et l’écrivain français Jean-Paul Sartre pour se pencher sur les violations de droits commises durant la guerre du Vietnam. D'autres tribunaux d'opinion organisés sur le modèle du Tribunal Russell ont vu le jour depuis et se sont intéressés aux situations des droits fondamentaux au Congo, en Irak et en Palestine ».

« L'exercice vise à sensibiliser la communauté internationale et la société civile en exposant la commission des crimes par le régime iranien. Il s'agit également d'un exercice visant à faire ressortir la vérité sur les événements survenus durant les années 1980 en Iran», a ajouté le juriste.

Le gouvernement de la République islamique d'Iran a été invité à participer aux travaux de la Commission de vérité, mais n'a pas donné suite à cette invitation.

Les travaux de la Commission et du Tribunal surviennent à un moment où la répression s'est intensifiée en Iran, comme l'a souligné le récent rapport du rapporteur du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, Ahmed Shaheed.

 
http://www.iranfocus.com/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=8211:iran-le-massacre-des-prisonniers-politiques-en-1988-doit-etre-juge&catid=3:droits-de-lhomme&Itemid=28

 

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