The New York Times, 27 octobre -Par Ramzy Mardini et Emma Sky-La dernière fois que le premier ministre irakien, Nouri Kamal al-Maliki, s'est rendu à la Maison Blanche, en décembre 2011, c'était sur une note optimiste. Le président Obama et lui venaient juste de mettre un terme à l'occupation militaire américaine de huit ans, visant à tourner la page et à instaurer une relation normale entre les deux nations souveraines.

 

Mais M. Maliki n'a pas rempli jusqu’à la fin ce partenariat. M. Obama a fait l'éloge de son invité comme « le dirigeant élu d'un Irak souverain, autonome et démocratique », uniquement pour voir M. Maliki retourner à Bagdad lancer une répression autoritaire contre les dirigeants arabes sunnites – membres du gouvernement au pouvoir, soutenu par les États-Unis.

 

La crise politique que M. Maliki a déclenchée perdure, sapant des années d'efforts américains pour intégrer les Arabes sunnites dans le processus politique irakien. Les tensions empirent pendant que la guerre civile dans la Syrie voisine s'est transformée en guerre confessionnelle, régionale et par procuration. L'instabilité donne un second souffle à l'insurrection sunnite en Irak et mine la coopération des chefs de tribus, laquelle était cruciale durant le « surge » américain de 2007.

 

La violence en Irak s'est élevée à des niveaux inaperçus depuis 2008, approchant maintenant les 1000 morts par mois ; Al-Qaïda en Irak gagne de la force ; la menace d'un retour de la milice chiite a augmenté ; et la crainte d'un retour aux cycles de représailles confessionnelles est élevée.

 

Au milieu de cette tempête, M. Maliki est censé revenir à la Maison Blanche cette semaine, demandant une assistance sécuritaire aux États-Unis. Combattre le terrorisme constitue un intérêt mutuel. Mais comme M. Maliki se prépare à enquérir un troisième mandat en 2014, M. Obama devrait insister pour qu'il adhère aux normes démocratiques comme condition à l'aide américaine.

 

Depuis qu'il a décroché un second mandat en 2010, M. Maliki est devenu de plus en plus retranché, recourant à une campagne systématique de consolidation du pouvoir et purgeant les non-loyalistes des forces de sécurité. Maliki ayant pris fonction grâce à un compromis entre des forces politiques plus puissantes, la volonté de survie définit sa doctrine de gouvernance. Pour lui, nationalisme et sectarisme ne sont pas tellement des idéologies mais des outils pour parvenir à ses intérêts politiques.

 

Pourtant, aussi perturbant qu'il soit, M. Maliki n'est pas à la racine des maux de l'Irak. En fait, s'il devait être évincé dans les élections de l'année prochaine, cela n'altérerait ni la primauté de la doctrine survivaliste dans la vie politique irakienne ni les moyens étroits et intéressés dans lesquels la classe politique irakienne définie ses intérêts. L'instinct de survie avant tout constitue l'héritage d'un État aux institutions brisées, à la politique de crainte et au tissu social effiloché avec seulement un sens médiocre de cohésion nationale.

 

Les Irakiens sont traumatisés par une décennie de mort et de désolation, et une histoire encore plus longue de sanctions, de guerre et de tyrannie.

 

La réticence des élites à embrayer une véritable réconciliation nationale perpétue une méfiance commune et garantit la pérennité du sectarisme.

 

La culture politique empoisonnée de l'Irak érode les institutions démocratiques instaurées sous l'occupation. C'est vrai, une constitution existe, mais l'Irak n'est pas un État constitutionnel ; le Parlement fait passer la loi, mais l'état de droit est sélectif ; les élections sont simplement un jeu de partage du butin entre les élites corrompues ; et le gouvernement tire des profits énormes des exportations pétrolières, mais échoue à fournir les services élémentaires, pendant que près d'un quart des Irakiens vivent dans la pauvreté.

 

Un équilibre interne du pouvoir a échoué d'émerger. Au lieu de cela, le système politique de l'Irak favorise le premier ministre face au corps législatif, au système judiciaire et au reste de la classe politique, et le gouvernement central face aux gouvernements régionaux et provinciaux.

 

M. Obama devrait repenser l'équilibre entre le pouvoir américain dur et flexible pour donner forme à l'avenir de l'Irak. Plutôt que de parier sur une relation de type Guerre Froide centrée sur la sécurité, les États-Unis devraient adopter une vision à plus long terme.

 

L'Amérique doit aider à réintégrer l'Irak dans un ordre régional. Elle peut aider à intensifier et élargir le commerce international de l'Irak, améliorer son rôle dans la diplomatie régionale, et aider à diversifier son économie au-delà du pétrole, lequel encourage le comportement kleptocratique chez les élites.

 

À l'intérieur de l'Irak, le gouvernement américain doit encourager un processus électoral qui conduise à un gouvernement plus représentatif. Une répartition électorale fondée sur des unités géographiques plus petites peut donner du pouvoir au peuple irakien, tout en garantissant que la compétition pour le pouvoir et les ressources se passe au sein de communautés confessionnelles plutôt qu’entre-elle. Cela permettrait à des coalitions de se former à travers les divisions confessionnelles, autour d'intérêts mutuels.

 

Enfin, les États-Unis devraient être perçus comme soutenant le peuple irakien dans son ensemble, et non favorisant une faction ou une personnalité. Tout en continuant de condamner le terrorisme, les États-Unis devraient également dénoncer les violations des droits de l'homme. Trop souvent, M. Maliki a mal interprété l'appui américain à son gouvernement comme une carte blanche pour une attitude intransigeante.

 

Surtout, M. Obama ne devrait pas confondre l'Irak avec une démocratie libérale. Au mieux, c'est une démocratie sans démocrates. Les Irakiens méritent mieux.

 

Ramzy Mardini est chercheur affilié à l'Iraq Institute for Strategic Studies. Emma Sky est chercheur supérieur au Jackson Institute for Global Affairs à l'Université de Yale.