LAISSEZ LES SUNNITES SE DÉBARRASSER EUX-MÊMES DES DJIHADISTES EN IRAK


Au lieu de cela, l'Iran et les Etats-Unis ont usé de leur influence pour que Nouri Kamal al-Maliki reste Premier ministre. Maliki est un chiite sectaire avec une tendance à l'autoritarisme, qui a fait pression sur le système juridique irakien pour qu'il statue en sa faveur. Depuis lors M. Maliki a incarcéré des milliers de sunnites sans jugement; il a écarté des responsables sunnites de l'arène politique en les accusant de terrorisme; il a cessé le paiement des membres de l' "Eveil sunnite", le mouvement qui a combattu Al-Qaïda en Irak en 2007; il a qualifié tous les sunnites de terroristes.

Une requête formulée par les conseils provinciaux à Salaheddine, Diyala et Ninive de procéder à des votes sur la façon de réorganiser les régions pour qu'elles disposent de plus d'autonomie - ce qui est conforme à la Constitution - a été rejetée. Et aux manifestations pacifiques conduites par les sunnites pendant un an, la seule réponse a été une répression violente. Tandis que les forces de sécurité irakiennes tuaient des dizaines de manifestants non armés, M. Maliki a une nouvelle fois fait pencher la balance de la justice en sa faveur, laissant penser aux sunnites que justice ne leur serait pas rendue.

Maintenant l'Etat islamique en Irak et en Syrie (alias EIIL) a jailli sur le devant de la scène, il est bien organisé et bien pourvu financièrement. Il s'est approprié des territoires à Falluja en début d'année et Mossoul le mois dernier, déclarant défendre les sunnites contre le gouvernement de Maliki appuyé par l'Iran.

L'idéologie du groupe est une perversion de l'islam et un affront à notre culture. Pourtant le groupe obtient le soutien de la population locale. Les tribus sunnites ont vaincu son prédécesseur, al-Qaïda en Irak, il y moins d'une décennie. Aujourd'hui elles coopèrent avec l’EIIL (qui se fait maintenant appeler l'Etat islamiste) - pas en tant que fanatiques mais parce qu'elles le voient comme un moindre mal comparé à Maliki.

Pendant ce temps, le gouvernement fait assassiner des prisonniers sunnites et bombardent des zones civiles. Le massacre des sunnites par des milices chiites appuyées par l'Iran et la présence de conseillers militaires iraniens sur le terrain renforcent la suspicion sur le gouvernement irakien comme quoi il sert l'Iran et non les Irakiens. Ce qui pousse davantage de sunnites dans les bras de l’EI, augmentant ainsi les risques pour la population irakienne et ses voisins.

Mais les Irakiens peuvent changer cette situation. D'abord, nous devons avoir un nouveau Premier ministre. Le parti chiite doit nommer un remplaçant à M. Maliki ; il dispose dans ses rangs de nombreux candidats compétents pour ce faire. Les hommes politiques irakiens doivent également se mettre d'accord sur un nouvel équilibrage entre l'autorité centrale et l'autonomie régionale. Sa formulation doit comprendre des dispositions satisfaisantes pour les kurdes irakiens, qui disposent déjà d'un pouvoir local considérable; pour une décentralisation poussée dans le reste du pays; et pour un réaménagement de la gestion et du partage des produits des ressources naturelles irakiennes, particulièrement du pétrole. Tout accord doit inclure l'amnistie pour les dizaines de milliers de détenus sans jugement, la libération du politicien sunnite Ahmed al-Alwani, la fin du programme contreproductif de dé-baassification, et l'abrogation de la loi contre le terrorisme, qui a servi de prétexte à Maliki pour faire arrêter ses rivaux sunnites.

En outre, le Parlement doit inverser la politisation des forces de sécurité menée par Maliki et mettre en place de nouvelles forces locales pour protéger la population dans les zones sunnites, sur le modèle des peshmerga kurdes. Seules des forces sunnites, avec le soutien de la population locale, peut vaincre l’EI dans les zones qu'il s'est maintenant appropriées.

Les seules forces armées autorisées en Irak seraient celles officiellement ratifiées par le gouvernement. L’EI en serait exclu en tant que groupe terroriste; de même les milices chiites appuyées par le régime iranien comme Assaïb al-Haq, Kataïb Hezbollah et le corps Badr.

Le soutien américain est crucial. Un haut responsable américain - ayant travaillé avec nos hommes politiques, nos tribus et des groupes rebelles réconciliables - devrait être nommé pour tendre la main aux responsables sunnites irakiens à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Nous avons également besoin d'assistance pour réformer les forces de sécurité irakiennes dans lesquelles l'Amérique a tellement investi. Le cadre demeure, mais la structure de commandement et de contrôle doit être revue. Les Américains peuvent également aider à la sélection de sunnites lors du recrutement des forces locales.

Enfin, une conférence régionale devrait se tenir pour faire connaitre les risques que représentent pour les états-nations les forces non étatiques, comme l’EI et les milices chiites. Les centaines de milliers de déplacés irakiens est un autre sujet d'inquiétude. Le gouvernement a fourni de l'aide pour les déplacés chiites mais pas pour les sunnites, qui ont obtenu de l'aide de l'Arabie saoudite et du gouvernement régional kurde.

Et surtout nous devons agir rapidement. L’EI continue à recruter dans la province de Ninive et y menace toute personne qui ne veut pas faire acte d'allégeance. Il a déplacé des chrétiens d'une province où ils vivaient pacifiquement avec les musulmans depuis plus de 1.400 ans. Nos populations de diverses origines peuvent vivre ensemble en harmonie, comme elles l'ont fait dans le passé.

Rafe al-Essawi est ancien ministre des finances et vice premier ministre en Irak.
Atheel al-Nujaifi est le gouverneur de Ninive, une province du nord de l'Irak.