05242019Ven

KURDES. La tragédie qui passe inaperçue aux frontières iraniennes


Actukurde: Par Maxime Azadi - Au cours de l’année 2012, les régimes turcs et iraniens ont poursuivi leurs exécutions extrajudiciaires tout au long des frontières. Au moins 37 personnes ont été exécutées sans jugement par des militaires iraniens, tandis que les bombes turques larguées par des avions ont pris la vie de deux kurdes iraniens.

Le Kurdistan iranien, autrement dit le Kurdistan oriental, est victime d’une décimation ethnique depuis bien plus de 35 ans.  Selon l’association kurde des droits de l’homme, « Kurdish Human Rights » (KHR), le budget accordé au Kurdistan oriental est injuste. Dans le même temps, les autorités ne prennent aucune initiative pour le développement de la région kurde, au contraire, les militaires brûlent intentionnellement les bois des zones frontalières afin de dépeupler la région.

Tué à vue

L’association K.H.R. affirme que l’objectif de ces politiques est de rendre les kurdes dépendants du régime iranien. Les conditions de travail étant déjà difficiles, on laisse très peu de choix aux kurdes. Selon les estimations, plus de 40% de la population iranienne vivraient en dessous du seuil de pauvreté, tandis que le taux de chômage reste toujours au-dessus de la barre des 25%.

Cette situation devient encore plus grave dans le Kurdistan oriental dont la population est estimée à quelque 10 millions de kurdes, en particulier pour ceux qui vivent dans les zones frontalières. Les habitants de cette région tentent de gagner leur vie en faisant le commerce transfrontalier, défiant la mort à chaque instant. Ils sont exécutés sur le champ quand ils entrent à portée de tires du fusil.

Dans son rapport annuel, l’association KHR dénombre que 37 kurdes ont été tués et 28 autres ont été blessés par des militaires iraniens, au cours de l’année 2012. Parmi les victimes figurent aussi des enfants.  On constate dans ce rapport que les exécutions se concentrent surtout dans les régions de Sardasht, Ourmieh, Maku, Mahabad, Marivan, Khoy, Oshnavieh et de Kamyaran.

Toutefois, trois personnes ont perdu la vie dans des avalanches et six autres personnes ont été blessées par l'explosion de mines terrestres posées par les forces iraniennes, qui ont également arrêtées trois « contrebandiers ». En outre, près de 123 chevaux ont aussi été tués lors des attaques du régime iranien.

Par ailleurs, sous le prétexte de lutter contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), les multiples frappes aériennes turques ont pris la vie d’au moins deux civils kurdes iraniens et en ont blessé deux autres, sans compter des dizaines de « contrebandiers » kurdes tués chaque année par des soldats turcs sur ses frontières avec l’Iran et l’Irak.

Ignorant la justice, les gardes-frontières iraniens agissent comme des « escadrons de la mort », sans même vérifier les charges de ces « contrebandiers » qu’ils exécutent. Les marchandises transportées sont de différents types. Vis-à-vis de la loi iranienne, il est illégal d'importer des marchandises considérées comme une menace contre l'économie du régime. Dans la plupart des cas, ces commerces transfrontaliers contiennent des besoins alimentaires.En réalité,  ces gens qualifiés de « contrebandiers » sont les victimes d'un régime injuste et répressif.

En 2010, selon l’agence de presse kurde Firat News, au moins 68 personnes ont été tuées sur les frontières entre l’Iran et la Turquie. D’autre part le site d’information Kurdpa a rapporté que les forces de l’ordre ont tué prés de 100 kurdes et en ont blessé 82 autres, entre la période du 21 mars 2011, correspondant au nouvel an iranien, jusqu’à fin juin 2012, au nom de la lutte contre la contrebande. Le vrai bilan de ce massacre serait encore plus lourd que ces chiffres recensés, car beaucoup de crimes passent inaperçus aux yeux des médias.

Le commerce transfrontalier se fait en général à dos-d'âne ou de chevaux. Mais des véhicules sont également utilisés de temps en temps. Cinq des personnes tuées en 2012 se trouvaient dans des véhicules lors d’attaques menées par des militaires.  Comme on peut le voir dans le rapport de l'association KHR, ceux qui font le commerce transfrontalier sont aussi victimes d’explosions de mines et de conditions climatiques.

La réalité au de-là de la définition du « contrebandier »

La contrebande est interdite par la loi. Il s’agit d’une pratique « illégale », ce qui donne le droit de tuer aux forces armées du régime.  C’est pourquoi ces meurtres sont commis devant les yeux du monde entier. Pourtant, derrière ce commerce «illégale» réside une politique « inhumaine », « injuste » et « illégale », mise en œuvre par les autorités. 

D'une part des contrebandiers transportant des produits comme des cigarettes, des vivres, des vêtements, du carburants, et parfois de l’alcool, font l’objet d’exécutions extrajudiciaires, mais d'autre part on transporte dans des camions des armes, le pétrole et la drogue, sous la surveillance des Etats.

Au-delà de la définition imposée par la loi pour « l’autre contrebandier », il existe une tragédie. Cela n’intéresse pas les autorités iraniennes, ni celles des gouvernements occidentaux. Souvent, c’est pour une bouchée de pain ou une nouvelle paire de chaussures aux enfants ou des cahiers et des crayons destinés à leur éducation. Même des enfants se trouvent dans l’obligation de participer à ces voyages transfrontaliers.

Au lieu de prendre des mesures visant à améliorer les conditions de vie de ces personnes, les autorités préfèrent prendre leur vie ou les mettre en prison. Les forces de l’ordre qui commettent ces crimes ne sont pas inquiétés par la justice.

http://www.actukurde.fr/actualites/400/la-tragedie-qui-passe-inapercue-aux-frontieres-iraniennes.html

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