The Hill : Par Tahar Boumedra* - Cette semaine, la session du Conseil de Sécurité de l'ONU discutera de la possibilité d'étendre le mandat de la Mission d'Assistance des Nations Unies en Irak (MANUI). On s'attend à ce que le chef de la MANUI, le Représentant Spécial du Secrétaire Général (RSSG) l'ambassadeur Martin Kobler, présente son dernier rapport périodique sur la situation des habitants du camp Achraf/Liberty avant qu'il ne quitte l'Irak pour la République Démocratique du Congo, où il dirigera une autre mission complexe de l'ONU.

Le RSSG Kobler a fait de sa priorité d'aider le gouvernement irakien à fermer le camp d'Achraf où près de 3400 exilés iraniens vivaient depuis 27 ans et à les transférer dans une ancienne base de l'armée américaine (camp Liberty) près de l'aéroport de Bagdad où ils attendraient leur départ d'Irak. Pour agir dans ce sens, le RSSG Kobler a signé le 25 décembre 2011 un protocole d'entente (MoU) avec le gouvernement d'Irak posant les conditions pour leur transfert et pour que le Bureau du Haut-commissaire de l'ONU pour les Réfugiés entreprenne le processus de détermination de leur statut de réfugié (DSR) comme une première étape pour les envoyer hors d'Irak.

Le RSSG avait promis à la population du camp d'Achraf que leur transfert au camp Liberty avait pour objectif d'assurer leur sécurité. Le HCR avait donné comme condition que le processus DSR se déroule dans un lieu neutre et sûr à l'extérieur du camp d'Achraf. Alors que le MoU avait d'autres objectifs cyniques secrets, les résidents d'Achraf ont été trompés en partant au camp Liberty avec la fausse promesse qu’il assurerait leur sécurité et répondrait aux normes internationales.

Le HCR avait promis une période de six mois pour faire ce qu'il devait et réinstaller les résidents dans des pays tiers. J'avais à plusieurs reprises mis en garde que le camp Liberty n'était ni sûr ni sécurisé et ne répondait pas aux normes humanitaires internationales en vigueur, dont les directives de l'ONU sur le processus applicable pour l'expulsion forcée. J'avais également averti que le processus de réinstallation prendra des décennies et que le gouvernement d'Irak avait officiellement mis en garde qu'il n'autorisera pas une réinstallation de facto en Irak et qu'il les éliminera par « tous les moyens ».

Mes avertissements sont restés ignorés. Le camp Liberty a rapidement prouvé ses limites humanitaires et sécuritaires. Il s'est transformé en centre de détention, certains l'ont qualifié de « champ de massacre », avec une population qui subit des privations et une persécution quotidienne ainsi qu'une interdiction de toute visite des acteurs qui pourraient attirer l'attention de la communauté internationale sur cette affaire de manière indépendante. Les ONGs, les médias indépendants, les parlementaires, y compris les parlementaires irakiens, les diplomates ainsi que les représentants d'autres organismes de l'ONU à part la MANUI sont empêchés d'entrer dans le camp.

Les résidents de Liberty sont privés des droits les plus fondamentaux, comme l'accès à la justice et à la liberté de mouvement. Même enterrer les morts s'est avéré un sérieux défi pour les habitants de Liberty, contrairement à l'enseignement islamique. Les persécutions quotidiennes des habitants se sont rapidement transformées en attaques armées contre eux.

Des roquettes se sont abattues sur eux le 9 février, le 28 avril et le 15 juin de cette année, d'un endroit proche connu pour avoir une présence massive de l'armée irakienne. Onze personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées. La MANUI a condamné à peine l'attaque. En lieu de cela, le RSSG a appelé les représentants des habitants à autoriser les résidents à davantage de liberté de communication. Quelqu'un peut-il jouir de liberté de communication s'il est privé de sa liberté de mouvement, sa liberté de rencontrer des avocats, des ONGs, des parlementaires ? Qu'est-ce que la liberté de communication signifie pour une population placée de force dans un centre de détention sans le respect de la loi ?

Dans la situation telle qu'elle se présente aujourd'hui, les habitants du camp Liberty sont enfermés dans un centre de détention manquant des exigences minimales de sécurité et de conditions humanitaires. Ils restent exposés à un grave danger imminent. Si rien n'est fait pour les sauver de cette situation, il ne fait aucun doute qu'il y aura davantage d'attaques à la roquette, qu'il y aura davantage de vies perdues et énormément de souffrance pour les habitants et leurs familles.

Le camp Liberty représente aujourd'hui un véritable cas où la responsabilité de protéger est la plus nécessaire et la plus appropriée. Cela ne nécessite aucune opération complexe ni coûteuse. La seule chose nécessaire est de déclarer qu’il s’agit d’un camp de réfugié et d'exiger du gouvernement irakien d'assurer efficacement leur sécurité et leur dignité pendant que le HCR continue son travail en vue de les réinstaller hors d'Irak. La contribution de la communauté internationale pour réinstaller cette petite population s'inscrira dans l'histoire comme une occasion où les États membres de l'ONU ont respecté leurs engagements et ont fait respecter les valeurs essentielles de la Charte de l'ONU.

Toutes nouvelles attaques contre la population sans défense déstabiliseront gravement l'intégrité et la crédibilité des Nations Unies et de ses États membres qui ont pris en charge la responsabilité de les placer au camp Liberty.

*Boumedra était directeur des Droits de l'Homme de la Mission d'Assistance des Nations Unies en Irak (MANUI), et conseiller du Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU (RSSG) pour Achraf de 2009 à 2012.