L'autorité du guide suprême remise en cause, la dernière confrontation au sein du clan « conservateur » a mis au grand jour la brèche profonde qui fragilise le pouvoir iranien au sommet. Ahmadinejad qui était jusque là perçu comme un protégé du « Guide suprême », en est venu à le défier ouvertement, révélant une crise aux conséquences imprévisibles pour un régime confronté à d'âpres divisions internes depuis que les problèmes économiques, politiques et l'isolement international se sont aggravés.

La saisine de l'autorité judiciaire pour attaquer la décision d'Ahmadinejad d’investir le ministère du Pétrole n'est que le dernier épisode de la bien nommée « guerre des loups » en Iran. Le président des mollahs avait essuyé un premier revers en tentant de limoger le ministre du renseignement au grand dam du Guide suprême Ali Khamenei.  Le général Mohammad Ali Jafari, le chef des Pasdaran, a dénoncé l’agenda d'un  « courant déviationniste (...) qui cherche à utiliser l'argent et le pouvoir pour influencer les prochaines élections ».


Après le courant «séditieux» incarné par Moussavi-Karoubi, c'est au tour du courant «déviationniste» de subir les foudres du clan du Guide suprême. Ironie de l'histoire: cette fois c'est l'équipe présidentielle qui fait les frais du nouveau recadrage au sein d'un régime de plus en plus crispé. Rahim Macha’i, le directeur de cabinet d'Ahmadinejad, qui est également le beau-père de sa fille, essuie depuis quelques temps le feu nourri de l'autre branche des « conservateurs » qui lui reproche d'avoir « envouté » Ahmadinejad et de diriger un courant déviationniste cherchant à « saper les fondements de l'Etat islamique ». Le duo Ahmadinejad-Macha’i est accusé de porter atteinte aux prérogatives du guide suprême, notamment en voulant s'accaparer le contrôle des ressources pétrolières, des Services du renseignement et du ministère de l'Intérieur en prévision des élections législatives de mars 2012.
 
La présente crise politique touche pour la première fois les fondements même du régime basée sur l'autorité du « Guide suprême ». Ce principe qui faisait jadis la force du régime intégriste, garant de sa cohésion, se voit défié ouvertement au sommet pour la première fois. L'effritement de l'autorité de Khamenei est un point majeur.


Mais pourquoi cette soudaine recrudescence des tensions au sommet ? Les observateurs soulignent les inquiétudes réelles des dirigeants quant à la survie du régime, assuré d'avoir définitivement éteint la flamme de l'insurrection dans le pays. Or, deux grandes révoltes au début de l'année, les 14 et 20 février, sous l'emblème de la solidarité avec les révoltes en Tunisie et en Egypte ont secoué le régime. Vulnérable au danger de la rue, une angoisse profonde attise les tensions au sein du pouvoir, alors que la dégradation dramatique de la situation économique du pays et la pauvreté rampante déstabilise la dictature.