The Washington Post, 27 septembre -Par Charles Krauthammer - La recherche de «modérés» iraniens se poursuit maintenant depuis 30 ans. Dans l'enthousiasme du dernier épisode, il est utile de rappeler que le point culminant de la débâcle de l’Iran-Contra armes-contre-otages, résidait dans le voyage secret à Téhéran de Robert MacFarlane, ancien conseiller à la sécurité nationale du président Reagan. Il avait apporté un gâteau en forme de clé symbolisant les nouvelles relations qu'il ouvrait avec les «modérés ».

 Nous connaissons la fin.

Trois décennies plus tard, le mirage réapparaît sous la forme de Hassan Rohani. CV étrange pour un modéré : 35 années de service d’une fidélité inébranlable à la République islamique comme proche collaborateur des ayatollahs Khomeiny et Khamenei. En outre, Rohani a été l'un des six candidats à la présidence, 678 autres ayant été disqualifiés par le régime comme idéologiquement malsains. Ce qui le place à 99% de fidélité.

Rohani est l'agent de Khamenei, mais avec un sourire et un style, il est désormais salué comme le visage de la modération iranienne. Pourquoi ? Parce que Rohani veut de meilleures relations avec l'Occident.

Eh bien, quel dirigeant ne voudrait pas une réduction des sanctions occidentales qui ont coulé l'économie iranienne, dévalué sa monnaie et imposé des difficultés généralisées ? Le test de la modération n'est pas ce que vous voulez, mais ce que vous êtes prêt à donner. Après tout, les sanctions n'ont pas été infligées à l'Iran pour s’amuser. Il s’agissait de faire appliquer de multiples résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU exigeant un arrêt de l'enrichissement d'uranium. Pourtant, dans sa tribune mielleuse publiée dans le Post, son discours à l'ONU et ses diverses interviews, Rohani n’a pas fait le moindre cadeau sur l'enrichissement d’uranium.

En effet, il a nié à plusieurs reprises que l'Iran tente de se doter d’armes nucléaires. Ou a voulu le faire. Un mensonge aussi transparent – quel pays flottant sur du pétrole sacrifierait son économie juste pour produire de l'électricité nucléaire que les pays avancés comme l'Allemagne sont déjà en train d’abandonner ? - est loin de servir de base à une négociation réussie.

Mais une négociation réussie n'est pas ce que les mollahs recherchent. Ils veulent l’allégement des sanctions. Et plus que tout, ils veulent gagner du temps.

Il faut environ 250 kilos d'uranium enrichi à 20 % pour fabriquer une bombe atomique. L'Agence internationale de l'énergie atomique a signalé en août que l'Iran en possède déjà 186 kg. Cela met les Iraniens sur le seuil de devenir une puissance nucléaire. Ils sont en passe d’ajouter 3000 nouvelles centrifugeuses à haute vitesse. Ils ont juste besoin d’un peu plus de parlotes, de retard, de sourire et d’embobiner un Occident crédule.

Rohani est exactement l’homme de la situation. En tant que négociateur en chef du dossier nucléaire de l'Iran de 2003 à 2005, il s'est vanté dans un discours en 2004 au Conseil suprême de la révolution culturelle : « Pendant que nous discutions avec les Européens à Téhéran, nous étions en train d’installer des équipements dans certaines parties de l’installation [de la conversion d’uranium] à Ispahan (...) En fait, c’est en créant un environnement calme, que nous avons pu terminer le travail à Ispahan. »

Ils ont tellement de mépris pour nous qu'ils ne cachent même pas leur stratégie : Faire tourner les centrifugeuses tout en faisant tourner la tête de l’Occident.

Et quand le président de la seule superpuissance du monde demande à se faire photographier serrant la main du président d'un régime qui, selon les propres paroles du président Obama, tue et kidnappe et terrorise les Américains, le tueur-kidnappeur ne daigne même pas accepter l'hommage. Rohani l’a rejeté.

Qui peut blâmer Rohani ? Offrez quelques mots agréables dans un éditorial saluant une nouvelle ère de relations étrangères repartant à zéro et voyez les médias et l'administration immédiatement se pâmer avec des visions de détente.

La détente est difficile avec un régime dont le refrain préféré, livré en pâture à des rassemblements de masse frénétiques, est « Mort à l'Amérique ». La détente est difficile avec un régime officiellement engagé, en termes à la fois de politique nationale et de devoir religieux, à éradiquer un Etat membre de l'ONU, à savoir Israël. On ne peut pas repartir plus à zéro que ça.

Mais au moins devons-nous parler, disent les fans. Comme si nous n’avions pas parlé. Pendant une décennie. Bloqués dans de longue négociations sous toutes les formes - l’UE3, le P5 +1, puis la finale, la vraie finale, les négociations de la dernière chance de 2012 à Istanbul, Bagdad et Moscou au cours de laquelle les Iraniens ont refusé de même considérer la question nucléaire, déclarant le dossier fermé. Plus deux rounds encore plus inutiles cette année.

Je suis pour les négociations. Mais seulement si c'est pour faire quelque chose de réel, pas pour faire passer le temps tandis que l'Iran passe au nucléaire. L'administration dit vouloir des actions, pas des mots. Bien. Demandez une simple preuve de bonne foi : honorez les résolutions de l’ONU. Suspendez l'enrichissement d’uranium et alors nous parlerons.

Au moins cela arrête le compteur. Quoi que ce soit d’autre équivaudrait à être trompé.

Et à propos de l'agent de Khamenei qui charme mais déclare que l’enrichissement est un droit inaliénable, qui sourit mais refuse de serrer la main du président ; à NBC News qui lui demandait si l'Holocauste était un mythe, Rohani a répondu : « Je ne suis pas un historien. Je suis un homme politique. »

La modération iranienne en action.

Et, soit dit en passant, savez-vous qui était l'un des trois Iraniens «modérés» avec qui McFarlane porteur du gâteau a traité lors de cette rencontre fatidique «  armes-contre-otages » à Téhéran il y a 27 ans ? Hassan Rohani.

Nous ne tirerons jamais de leçon.

 

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