Le Monde, 27 octobre: Par Alexandra Geneste - D'après un rapport, le discours d'ouverture du président Rohani est contredit par les faits. « Seule la musique de la rengaine iranienne a changé ; les paroles, elles, restent les mêmes », résumait dernièrement un diplomate occidental, en référence à l'ouverture prônée par le président de la République islamique d'Iran, Hassan Rohani, depuis son investiture, en août. Le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'homme en Iran, Ahmed Shaheed, confirme : " La situation des droits de l'homme reste préoccupante et ne montre aucun signe d'amélioration. "

Dans son dernier rapport annuel, l'expert indépendant, qui n'a jamais été autorisé à se rendre en Iran depuis le début de son mandat, en 2011, le déplore, " le rythme des exécutions ne semble pas s'être ralenti, les méthodes appliquées n'ont pas changé et le nombre de crimes passibles de la peine de mort reste important ".

Sur la base d'une centaine d'entretiens avec des témoins, des militants, des exilés et des représentants d'ONG, il dénonce l'exécution de 724 personnes en dix-huit mois - la majorité d'entre elles accusées de trafic de drogue -, et relève que les exécutions publiques ou secrètes et les peines inhumaines, comme la flagellation et l'amputation, se poursuivent.

La presse est toujours aussi muselée, selon le rapport, qui cite le cas de 600 journalistes accusés de faire partie d'un réseau opposé au régime, et victimes - avec leurs familles - de pressions. Depuis le début de l'année, 40 journalistes et 29 blogueurs ont été emprisonnés, 67 cafés Internet et 5 millions de comptes Internet ont été fermés.

Il existe de la part des autorités iraniennes, y compris du président Rohani, une " volonté de reconnaître l'existence d'un déficit " en matière de droits de l'homme et de faire changer les choses, a toutefois assuré Ahmed Shaheed à la presse, jeudi 24 octobre. La possibilité de sa visite en Iran a même été discutée, a-t-il fait savoir. Il a aussi qualifié de " petits pas positifs " la récente libération d'une douzaine de prisonniers politiques. Mais il a exhorté le régime à envisager la libération de centaines d'objecteurs de conscience, comme ces 115 adeptes de la foi bahaïe, une religion fondée au XIXe siècle que le régime juge hérétique.

ASPIRATIONS


Parmi eux figurent sept leaders de cette communauté persécutée depuis la révolution islamique. Leurs crimes ? Avoir " espionné ", " agi contre la sécurité nationale " et " répandu la corruption sur terre ". Ils ont été condamnés à vingt ans de prison, soit la plus lourde peine jamais imposée à des objecteurs de conscience en Iran.

La répression et les discriminations contre les minorités religieuses sont au nombre des exactions dénoncées par Ahmed Shaheed. Les 300 000 bahaïs d'Iran représentent la plus importante minorité religieuse non musulmane du pays. " Nous ne sommes pas un groupe politique, nous n'avons rien contre le gouvernement iranien ; si les choses changeaient, nous serions les premiers à nous en féliciter ", insiste Diane Ala'i, la représentante des bahaïs à l'ONU, soulignant que leurs aspirations - notamment l'égalité hommes-femmes et l'abolition du clergé - en font d'emblée des parias.

Comme chaque année depuis 2002, le Canada, qui a rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran en 2012, s'apprête à faire adopter fin novembre par l'Assemblée générale de l'ONU un projet de résolution ferme, condamnant Téhéran pour son bilan sur les droits de l'homme et l'appelant à faire la démonstration de sa volonté d'" ouverture ". Pour M. Shaheed, la priorité est que les pourparlers sur la question nucléaire entre l'Iran et les Six - Royaume-Uni, France, Chine, Etats-Unis, Russie et Allemagne -, qui ont repris récemment à Genève, n'éclipsent pas la question des droits de l'homme.