Blogs.nouvelobs: Par Sara Narani - Le nouveau président du régime des mollahs iraniens vient de présenter son cabinet au Majlis (le parlement), alors que la communauté internationale attend avec « intérêt » de voir comment Hassan Rohani compte concrétiser un «changement» dans son dialogue avec les puissances mondiales. D’aucuns ont d'ores et déjà acclamé ce providentiel mollah qui « va redresser le pays et ses relations avec l’Occident ».

Pour faire ses preuves, toutefois, il devra agir rapidement. Des gestes d’ouverture sur la société iranienne et sur le monde seront plus que nécessaires pour gagner une confiance en souffrance. Des gestes concrets et simples comme l’a rappelé la dirigeante de l’opposition Maryam Radjavi : la liberté d’expression, le respect des droits de l’homme, la libération des prisonniers politiques et la liberté d’action pour les partis, ainsi que l’arrêt de l’ingérence en Syrie et la fin du projet nucléaire.

À en juger par les premiers pas du nouveau président, on est pourtant amené à douter de sa capacité et de sa volonté de rompre avec le passé du régime islamiste. Les ministres du gouvernement de Rohani présentés le 4 août au Majlis sont tous de hauts responsables de ces 30 dernières années, qui ont joué des rôles essentiels dans la répression et l’exportation du terrorisme et de l’intégrisme. Aucun ne fait figure d'outsider. À Téhéran, on parle d’un gouvernement sécuritaire à l’image du mollah Rohani qui a été l'un des principaux responsables du régime en matière de défense et de sécurité. Ceci correspond aux soucis majeurs du pouvoir de contenir coûte que coûte la répétition d’une insurrection alors que la situation économique et sociale a transformé l’Iran en un volcan sur le point d’éruption.

Parmi les ministres proposés, le parcours d’un seul d'entre eux en dit long sur la nature « modérée » du président des mollahs : Mostafa Pour-Mohammadi, candidat au ministère de la Justice. Il a été, des années durant, vice-ministre du Renseignement (Vevak), et à ce titre a tenu le rôle le plus important au sein du comité de la mort, composé de trois membres, dans le massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988. Au mois d’août de cette année obscure, une fatwa de Khomeiny avait déclenché un carnage sans précédent dans l’histoire contemporaine de l’Iran. La plupart des prisonniers massacrés étaient incarcérés depuis plusieurs années et attendaient de finir leurs peines. Il s’agissait souvent de prisonniers souffrant des séquelles de plusieurs années de tortures et d’isolement. Alors que l’OMPI a constitué la principale cible de cette tuerie systématique, des sympathisants d'autres mouvements politiques n’ont pas été épargnés.

Toutes les factions du régime avaient pris une part active dans ce massacre. C'est pourquoi 25 ans après cette tragédie, plusieurs aspects de ce crime contre l’humanité restent obscures. La faction prétendument modérée du régime qui se faisait appeler à l'époque « la ligne de l’imam » était alors aux affaires et garde aujourd'hui un mutisme total à ce sujet pour éviter d'exhiber ses propres crimes.

Si Hassan Rohani est un homme du sérail, qui a été lui-même pendant 16 ans le secrétaire de l’important Conseil Suprême de Sécurité Nationale, le monde semble toutefois vouloir lui donner le bénéfice du doute, en espérant régler le dossier nucléaire sans conflits. Mais la communauté internationale ne peut plus se payer le luxe de marchander de longues années, comme avec Khatami, pour se retrouver au point zéro. L'épisode Khatami, qui n’a finalement été qu’un démagogue, a donné un répit irréparable au régime et pèse toujours très regrettablement sur les mémoires. Le guide suprême a profité de la crédulité complice de la communauté internationale lors de sa présidence pour avancer son programme d'armement nucléaire et renforcer son régime, alors que les Iraniens restent opprimés dans leurs droits les plus élémentaires.

Rohani n’est-il pas un nouvel imposteur à l’instar de Khatami ? La patience de la population et la communauté internationale a atteint sa limite. Face à Hassan Rohani, mener une politique de l’autruche serait désastreux pour le peuple iranien mais aussi pour le monde entier.

 

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