The New Yorker: Par Dexter Filking - Qassem Soleimani est l'agent iranien qui est en train de remodeler le paysage du Moyen Orient. Maintenant il dirige la guerre de Bachar al-Assad en Syrie.

 

En février dernier, une poignée des dirigeants les plus influents de l'Iran se sont rassemblés à la Mosquée Amir al-Momenin au nord-est de Téhéran, à l'intérieur d'une communauté fermée réservée aux officiers des Gardiens de la révolution. Ils y étaient venus pour rendre un dernier hommage au camarade  Hassan Shateri, tombé en Syrie. Vétéran des guerres clandestines de l'Iran au Moyen Orient et en Asie du Sud, Shateri fut un haut commandant de la puissante élite des Gardiens de la révolution appelée la Force Qods. Cette force est l'instrument de pointe de la politique étrangère iranienne, analogue à la CIA et aux Force spéciales combinées ; son nom vient du mot persan pour Jérusalem, que ses combattants ont promis de libérer. Depuis 1979, son objectif est de nuire aux ennemis de l'Iran et d'étendre l'influence de ce pays à travers le Moyen Orient. Shateri avait passé la plus grande partie de sa carrière à l'étranger, d'abord en Afghanistan et ensuite en Irak, où la Force Qods avait aidé les milices chiites à tuer des soldats américains.

 

Selon un ancien officier de la CIA, Suleimani, le chef de la Force Qods iranienne, est « l'opérateur le plus puissant au Moyen Orient aujourd'hui ».

 

 

Shateri avait été tué deux jours auparavant sur la route entre Damas et Beyrouth. Il s'était rendu en Syrie avec des milliers d'autres membres de la Force Qods afin de prêter secours au président assiégé Bachar al Assad, un allié clé de l'Iran. Au cours des dernières années, Shateri avait travaillé sous un pseudonyme en tant que chef de la Force Qods au Liban ; il y avait soutenu le groupe armé du Hezbollah qui, au moment des funérailles, avait commencé à envoyer des hommes en grand nombre afin de combattre pour le régime syrien. Les circonstances de sa mort n'étaient pas claires : un responsable iranien a déclaré que Shateri avait été « pris en cible directement » par le « régime sioniste », dénomination habituelle des responsables iraniens pour l'État d'Israël.

    

Les participants à la cérémonie sanglotaient, certains se battaient la poitrine à la manière chiite. Autour du cercueil de Shateri, recouvert du drapeau iranien, étaient rassemblés : le commandant des Gardiens de la révolution, en treillis vert ; un membre du complot pour l'assassinat de quatre dirigeants de l'opposition en exil dans un restaurant de Berlin en 1992 ; ainsi que le père d'Imad Mougniyah, le commandant du Hezbollah  soupçonné d'avoir été responsable des attentats à la bombe qui ont entraîné la mort de plus de 250 militaires américains à Beyrouth en 1983. Mougniyah a été assassiné en 2008, apparemment par des agents israéliens. Dans l'esprit de la Révolution islamique, mourir, c'était servir la cause. Avant l'enterrement de Shateri,  l'ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême du pays, a émis une note élogieuse à l'égard  de Shateri : « A la fin, il a bu le doux sirop du martyre ».

 

Agenouillé sur la moquette de la mosquée, au deuxième rang, se trouvait le chef de la Force Qods, le général de division Qassem Suleimani, un petit homme de 56 ans aux cheveux argentés, à la barbe rasée et à l'aspect intensément réservé. C'était Suleimani qui avait envoyé Shateri, un vieil ami de confiance, à la mort. En tant que commandants des Gardiens de la révolution, lui et Shateri faisaient partie d'une petite fraternité formée pendant la « Défense sacrée », nom donné à la guerre entre l'Iran et l'Irak, qui a duré de 1980 à 1988 et qui aurait provoqué un million de morts. Ce fut un combat catastrophique mais qui, pour l'Iran, marqua le début d'un projet qui allait durer trois décennies pour construire une sphère d'influence chiite à travers l'Irak et la Syrie jusqu'à la Méditerranée. Avec ses alliés en Syrie et au Liban, l'Iran constitue un Axe de résistance dressé contre les puissances sunnites qui dominent dans la région, et contre l'Occident. Ce projet étant menacé en Syrie, Suleimani menait une lutte désespérée pour la victoire, même au prix d'un conflit sectaire qui enflamme la région depuis des années. 

 

Suleimani a pris le commandement de la Force Qods il y a quinze ans : depuis lors, il cherche à remodeler le Moyen Orient en faveur de l'Iran, par le jeu du pouvoir et par la force militaire, en assassinant ses rivaux, en armant ses alliés et, pendant près de dix ans, en dirigeant un réseau composé de groupes militants qui ont tué des centaines d'Américains en Irak. Le Département du Trésor des États-Unis a imposé des sanctions à l'égard de Suleimani  pour son rôle de soutien au régime syrien, ainsi que pour avoir encouragé le terrorisme. Pourtant, il est resté quasi invisible au monde extérieur, alors même qu'il contrôle des agents et dirige des opérations. « Suleimani est l'opérateur le plus puissant au Moyen Orient aujourd'hui », m'a déclaré John Maguire, ancien officier de la CIA en Irak, « mais personne n'en a jamais  entendu parler ». 

 

Lorsque Suleimani apparaît en public – souvent pour s'adresser à des rassemblements de vétérans ou pour rencontrer Khamenei – il se comporte discrètement et n'élève la voix que rarement, affichant un trait de caractère que les Arabes  appellent « khilib », un certain charisme retenu. « Il est tout petit, mais il a une vraie présence », m'a raconté un ancien haut responsable irakien. « On est une dizaine dans une salle, mais quand Suleimani rentre, il ne vient pas s'asseoir avec vous. Il se met de l'autre côté de la pièce, tout seul, tout discret. Il ne dit rien, il ne fait pas de commentaires, il est là, tranquille, et il écoute. Alors, bien sûr, tout le monde ne pense qu'à lui. »

 

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