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Iran : Les signes de la chute

Maryam Radjavi Villepinte Iran

Le samedi 30 juin, le diplomate en chef du régime iranien pour les opérations d’espionnage et de subversion contre l’opposition sur le sol européen a été arrêté en Allemagne. Assadollah Assadi, troisième secrétaire de l’ambassade en Autriche aurait livré de la TATP, un explosif très puissant, et un détonateur aux deux terroristes basés en Belgique qui se préparaient à perpétrer le carnage au grand rassemblement du Conseil national de la Résistance iranienne, une coalition qui se présente comme l’alternative démocratique au régime islamiste.

Alors que celui-ci tente d’éviter l’extradition de son diplomate-terroriste vers la Belgique, les observateurs soulignent le caractère inédit de cet attentat manqué du régime iranien sur le sol français et s’interrogent sur les motivations de Téhéran dans cette opération risquée.

On avance l’impact du mouvement dans le pays et dans la mobilisation des manifestations qui ont menacées de balayer le pouvoir du guide suprême Ali Khamenei. Avec une assise populaire considérable et un réseau de résistance efficace à l’intérieur, le mouvement dans lequel le rôle des femmes est prépondérant constitue une force de changement qui compte en Iran. Sa dirigeante, Maryam Radjavi, devant une foule impressionnante de plus de plusieurs dizaines de milliers de personnes et des personnalités politiques venues du monde entier à Villepinte (Paris Nord), a souligné l’inéluctabilité de la chute de la théocratie au pouvoir.


Rétrospective d’un discours à ne pas manquer

Le premier signe du changement est à chercher fort logiquement dans la résistance sur le terrain. La force, le nombre et la vigueur des soulèvements peuvent faire craindre le pire aux mollahs : « La résistance a réduit en cendres le mythe de « la solution » venant de l’intérieur du fascisme religieux. Le peuple et la jeunesse insurgée ont sifflé la fin du jeu pour les deux factions du régime. Ces mêmes jeunes qui font avancer sans la moindre peur la voie de la lutte et de l’offensive maximum et la voie de la résistance à tout prix. » Le signe est d’autant plus fort que les mouvements de contestation se poursuivent depuis plus de 6 mois maintenant et qu’ils essaiment dans tout l’Iran. « Les ouvriers de la canne à sucre de Haft-Tapeh ont repris leurs protestations. Ils ont été suivis par les métallurgistes d’Ahwaz, puis les agriculteurs d’Ispahan se sont révoltés. Les agriculteurs, à la mosquée d’Ispahan, ont tourné le dos à l’imam de la prière de Khamenei en criant : Dos à l’ennemi, face à la patrie. » Ce dernier point est d’un courage extrême. L’action étant vécue comme un sacrilège par les mollahs.

Partout, le peuple gronde. Du Kurdistan à Ispahan. De Shiraz à Machad, des étudiants aux bazaris, c’est bien le peuple dans son ensemble qui se révolte. Il n’a plus rien à perdre. « Les enseignants, les retraités, les épargnants spoliés, les ouvriers de centaines d’ateliers de production se dressent chaque jour. Le mois dernier, le bazar de Téhéran s’est allumé et les flammes du soulèvement se sont emparées de la capitale et d’autres villes. L’Iran s’est à nouveau soulevé, avec tous ses enfants, avec toutes ses provinces. Mais quel est l’objectif à atteindre ? Un Iran libre, l’élimination de la tyrannie jusqu’à la prise du siège de Khamenei. »

L’économie du pays, exsangue, a atteint un point de non retour

Poursuivant sur sa lancée, Maryam Radjavi énumère les signes de la victoire prochaine des opposants : « Les tensions et les problèmes économiques et sociaux, en particulier la cherté de la vie, le chômage, la misère et les inégalités, ont atteint un point de non-retour. Tout le monde sent que la situation est explosive. Les mollahs n’ont pas de solution et ils ne peuvent ni ne veulent régler les problèmes. […] La position de Khamenei s’est considérablement affaiblie, l’ensemble du régime est dans une impasse parce que les caisses de l’Etat sont vides. » Même les milices des gardiens de la révolution, la fameuse milice du Bassidj comptent de plus en plus de désertion. Un signe clair de la perte d’autorité des mollahs.

Dans le même temps, au niveau international, les affaires des pasdarans ne s’arrangent pas. Jusqu’à présent, la majorité des états occidentaux restaient complaisants, pensant qu’ils avaient plus à perdre qu’à gagner à soutenir un renversement du régime. Mais même cette politique de complaisance a cessé. Seul quelques pays de l’Union Européenne s’entêtent encore à vouloir faire des affaires aves les pasdarans. « Les mollahs ont perdu le soutien majeur de la politique de complaisance qui était la position de l’administration américaine. Le bouclier de protection international du régime s’est effondré […] Les sanctions que la Résistance iranienne demande depuis quatre décennies sur les armes et le pétrole, ont été mises en place dans une certaine mesure. La période des dénigrements, des bombardements et de la répression de l’opposition organisée, à la demande de ce régime, a pris fin. »

Le peuple et l’opposition officielle en connexion

Mais s’il est un signe qui ne trompe pas, c’est la réalisation de la prophétie mille fois vérifiée ; lorsque qu’une opposition organisée rencontre la colère du peuple, c’est tout un état qui chancelle. Les mollahs le redoutaient eux-mêmes et l’ont mainte fois répété ; tant que la colère du peuple et le CNRI ne sont pas connectés, tout va bien. Hélas pour eux, ce n’est plus le cas. En constatant l’efficience de cette connexion, les mollahs avouent leur défaite à demi-mots.

Enfin, dernier signe de la fin imminente du régime, l’apparition comme des champignons des nouveaux prétendants à l’alternative. Ce que Maryam Radjavi nomme « le montage d’alternatives virtuelles ou faites de bric et de broc, grâce au copier/coller sur le marché de la politique. » De fait, certains mollahs se sont « déguisés » en mouvement vert. De l’autre côté, les nostalgiques de la monarchie du Shah se reverraient bien de nouveau aux affaires du pays. Deux mouvements balayés par la présidente du CNRI : « Mais le problème c’est de savoir comment ils comptent renverser ce régime ? D’autant plus que le torrent de sang des martyrs, du point de vu historique, ne laisse de place ni aux mollahs réactionnaires déguisés en ‘’mouvement vert’’, ni au retour des monarchistes rétrogrades. » Et de poursuivre plus loin : « Au cours de ces 40 années, ceux qui n’étaient pas prêts à payer de prix, ont tous tenté leur chance. Mais les réalités et l’expérience ont montré que ce régime des ténèbres ne peut ni se transformer, ni se réformer. Ni ‘’vert’, ni de ‘’velours’’. Le renversement de ce régime requiert obligatoirement un prix. Il nécessite de la sincérité et des sacrifices. Il nécessite une organisation, une structure et une alternative politique solide. Il nécessite des foyers de révolte et un réseau d’insurrections. »

Aucune intervention extérieure

A l’instar de certaines révolutions nées lors des printemps arabes, les faux ennemis des mollahs, à l’intérieur du pays, ne sauraient renverser artificiellement le régime en place sans un secours militaire et logistique de nations puissantes. Tout l’inverse de ce qu’il se passe aujourd’hui. C’est bien la colère du peuple qui rejoint l’organisation du CNRI. C’est bien la haine de la tyrannie, et non la perspective du pouvoir, qui habite la foi des opposants. Le CNRI, comme les contestataires dans les rues de Téhéran et d’ailleurs, sont fermes sur la question ; il n’y aura aucune intervention extérieure. Renverser le régime, c’est la tâche du peuple. Et pour y parvenir, il faut multiplier les foyers de révoltes et de contestation. 1 000 Achraf. 1 000 foyers de contestations pour renverser le régime. La résilience du peuple Iranien lui permet d’envisager une lutte encore longue. Un temps que ne possèdent plus les mollahs, en mal de financements de leur répression. Le temps est venu pour un Iran nouveau, restauré dans sa souveraineté populaire : « Je suis venue ici au nom d’une Résistance qui a consacré tout ce qu’elle possède à la victoire du soulèvement en Iran et à la liberté, l’honneur et la gloire de l’Iran. Je suis venue ici pour annoncer haut et fort ce que vous voulez, vous, les insurgés : le renversement de ce régime est certain. La victoire est certaine et l’Iran sera libéré. » Ce n’est plus qu’une question de temps…

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