Iran Autriche: Accusations contre le président iranien, l'Autriche veut entendre un témoin

AFP, Vienne, 5 juillet - La justice autrichienne a indiqué mardi qu'elle souhaitait entendre un journaliste iranien domicilié en France qui affirme avoir la preuve que le président élu iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a participé à l'assassinat d'un leader kurde à Vienne en 1989.
"Si ce témoin est prêt à venir en Autriche, les services de sécurité autrichiens l'entendront", a déclaré à l'AFP un porte-parole du parquet de Vienne, Ernst Kloiber.
M. Kloiber a précisé que ce journaliste, dont il n'a pas voulu révéler l'identité "serait prêt à venir en Autriche".
Un député écologiste (Verts, opposition), Peter Pilz, avait révélé samedi que l'Autriche détenait des documents prouvant que M. Ahmadinejad était directement impliqué dans les préparatifs de l'assassinat du chef kurde, Abdel Rahmane Ghassemlou.
Le député avait affirmé s'appuyer sur le témoignage d'un journaliste iranien rencontré le 20 mai à Versailles (France), qui prétend avoir recueilli les confidences détaillées d'un membre présumé du commando, le général pasdaran Nasser Taghipoor, décédé il y a trois ans.
Le ministère de l'Intérieur avait par la suite confirmé que l'Autriche avait en sa possession ces documents incriminant le président iranien élu.
M. Kloiber a toutefois émis des doutes sur l'utilisation qui pourrait être faites des éventuelles déclarations du journaliste. "Il tient ses informations sur l'assassinat de troisième main. Il sera donc très problématique" d'ouvrir une enquête contre M. Ahmadinejad, a-t-il ajouté. "Il faut voir s'il dispose de détails concrets sur le meurtre", a-t-il dit.
Mardi, M. Pilz est revenu à la charge en affirmant que M. Ahmadinejad avait reçu "la tâche d'attendre devant la maison" où l'attentat a été commis à Vienne, il y a 16 ans.
"Il faisait partie de la soi-disante réserve" qui serait intervenue si l'un des meurtriers n'avait pu accomplir sa tâche, a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse. "Il a aussi procuré les armes" pour l'attentat, a-t-il indiqué sur la foi d'indications donnée par le journaliste iranien.
M. Pilz a souligné que son informateur savait "quelles armes avaient été utilisées pour l'assassinat", à savoir deux pistolets et un pistolet-mitrailleur.
Secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan/Iran, un mouvement d'opposition interdit par Téhéran, Abdoul Rahman Ghassemlou et deux de ses collaborateurs avaient été assassinés par un commando à Vienne. Les assassins n'avaient pas été retrouvés et avaient pû quitter l'Autriche impunis.
La source de M. Pilz affirme que ces meurtres avaient été commandités par l'ancien président iranien, Akbar Hashemi Rafsanjani.
Lundi, un responsable du Parti démocratique du Kurdistan d'Iran (PDKI) avait accusé le président élu iranien d'avoir "facilité" l'assassinat de M. Ghassemlou.
M. Ahmadinejad, maire de Téhéran, réputé ultraconservateur, a été élu à la présidence de la République islamique d'Iran il y a dix jours, suscitant des inquiétudes au sein de la communauté internationale.