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L’Iran et Moqtada Al-Sadr renforcés après l’offensive militaire ratée du gouvernement irakien

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LE MONDE, 2 avril – par Patrice Claude – S’il subsistait le moindre doute quant à l’influence majeure désormais exercée par l’Iran dans les affaires de son voisin irakien, le cessez-le-feu conclu, dimanche 30 mars, entre le chef radical chiite Moqtada Al-Sadr et trois missi dominici représentant le premier ministre Nouri Al-Maliki, également chiite, devrait l’avoir définitivement levé. Car c’est à Qom, le quartier général du pouvoir religieux iranien, que les négociations ont eu lieu. Et c’est, selon une bonne source, sous la houlette d’un militaire iranien, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit du général Qassem Suleimani, chef des brigades Al-Qods du corps des pasdarans, que ce cessez-le-feu a finalement été conclu. Incidemment, au moins deux des trois envoyés spéciaux de M. Maliki, à savoir Hadi Al- Amari et Ali Adib, sont titulaires de la double nationalité irako-iranienne et ils ont, l’un et l’autre, vécu des années en exil à Téhéran. M. Adib est membre du même parti religieux que le premier ministre (Daawa), et M. Amari est le chef d’une puissante milice alliée, l’organisation Badr, qui domine l’encadrement de la nouvelle armée nationale irakienne et qui fut créée, financée et entraînée en Iran à partir de 1980.

INCITATION AMÉRICAINE

Tout au long de la semaine d’affrontements armés qu’ils ont approuvés, auxquels ils ont prêté la main, et qui a fait au moins 470 tués et des milliers de blessés, les Américains n’ont cessé d’encourager Téhéran “à mettre son influence au service de la stabilisation” de la situation.

C’est fait. Washington et Téhéran peuvent s’accuser mutuellement des pires méfaits en Irak, nombreux sont les esprits politiques de ce pays à penser que les deux puissances sont au moins d’accord sur la nécessité de ne pas laisser s’installer, aujourd’hui, un chaos général.

Engagés au nord dans une offensive contre les rebelles sunnites d’Al-Qaida, les Américains qui n’ont pas de présence militaire permanente à Bassora ont, semble-t-il, cru M. Maliki sur parole lorsque celui-ci leur a affirmé que son offensive serait quasiment une promenade de santé. Comme certains des généraux irakiens eux-mêmes qui l’ont confié, ils ont été “surpris” par la combativité de l’Armée du Mahdi, la milice du courant sadriste et par sa capacité à mobiliser des partisans dans toutes les grandes villes du sud chiite et jusqu’à Bagdad.

M. Maliki n’a atteint aucun des objectifs qu’il s’était fixés. Les “18 milices” recensées à Bassora par le chercheur franco-irakien Hosham Dawod sont toujours en place et aux commandes de leurs juteux trafics.

Aucun des quartiers de Bassora ou d’ailleurs qui étaient sous la domination de l’Armée du Mahdi n’a été repris. Des centaines de policiers et de soldats à travers le pays ont refusé d’ouvrir le feu sur les miliciens et, parfois, les ont rejoints. Pour leur première grosse opération sous commandement national, et malgré 30 000 hommes sur place, la nouvelle armée et la police irakiennes formées par les Américains ont dû appeler les alliés anglo-saxons à la rescousse pour avancer ou se sortir de mauvais pas.

Théoriquement valide jusqu’au 8 avril, l’offre du premier ministre de “racheter” les armes lourdes des combattants au prix fort n’a pratiquement rien donné.

M. Maliki, qui s’était imprudemment juré de rester à Bassora “jusqu’à la victoire”, a dû se résoudre à rentrer à Bagdad avec une crédibilité politique plus mince encore qu’avant l’offensive. Le fait qu’il ait qualifié, mardi, l’opération de “succès” et qu’il se soit abstenu d’en sonner la fin ne change rien à l’affaire. Il y aura sans doute d’autres affrontements interchiites avant les élections régionales du 1er octobre. En attendant, “c’est une grande victoire de l’Iran”, se désole Mahmoud Othman, un élu kurde proche de la présidence de la République et toujours très bien renseigné. “Téhéran a montré que c’est lui et non Washington qui a la haute main sur nos affaires, analyse-t-il. L’objectif de l’Iran est de rendre Maliki aussi faible que possible pour qu’il soit obligé d’accepter ses visées. De fait, il a été obligé de courir à Qom pour négocier.”

Le président Bush qui avait encouragé l’initiative de son allié et jugé qu’il s’agissait en l’occurrence d’un “test historique pour l’Irak libre” doit se mordre les doigts.

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