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Nucléaire iranien : Paris relance l’offensive pour sanctionner Téhéran

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Le Monde, 14 décembre – par Natalie Nougayrède – La France est engagée dans un effort diplomatique visant à relancer la pression internationale sur l’Iran, après la publication, le 3 décembre, du rapport des agences de renseignement américaines sur « les intentions et les capacités nucléaires » de la République islamique.

L’élément frappant est que, dans son approche, Paris semble adopter une attitude plus virulente et active encore que l’administration Bush.

Les responsables français tentent en effet de convaincre les Etats-Unis de s’appuyer sur les éléments les plus compromettants du rapport du Renseignement national sur les activités iraniennes, afin d’exposer une violation flagrante du traité de non-prolifération (TNP) de 1968, dont l’Iran est signataire.

L’idée est de se donner les moyens de remobiliser les grandes puissances, Russie et Chine comprises, autour du processus de sanctions lancé depuis 2006 contre l’Iran à l’ONU, et dont l’élan a pu sembler s’essouffler depuis la publication du rapport américain.

Paris a en effet suggéré que l’administration américaine transmette à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) les éléments de renseignements prouvant que l’Iran a mené jusqu’en 2003 un programme nucléaire de nature militaire.

Ce constat de l’existence, durant une période, d’un volet militaire, est contenu dans le rapport des renseignements américains. Il va ainsi plus loin que toutes les observations formulées, à ce jour, par l’AIEA, agence technique de l’ONU chargée de surveiller le respect du TNP par les Etats.

Les responsables français estiment qu’en fournissant ces preuves à l’AIEA, Washington donnerait le moyen à l’Agence de constater une violation de l’article II du TNP. Celui-ci interdit aux Etats partie de « fabriquer » ou « acquérir » de quelque manière « des armes nucléaires ou autres dispositifs nucléaires explosifs ».

Mais l’idée de transférer des éléments de preuve à l’AIEA a suscité des hésitations à Washington. Pour deux raisons. D’une part, la confiance des responsables américains envers Mohamed ElBaradei, le directeur de l’AIEA, s’est fortement émoussée depuis que ce dernier a multiplié les prises de positions critiquant les « faucons » américains et la politique d’Israël. La coopération nouée entre M. ElBaradei et l’Iran sur un « plan de travail », lancé cet été, n’a rien fait pour calmer cette hostilité.

D’autre part, les Américains craignent que toute remise de preuves n’expose leurs sources de renseignement, et mette potentiellement en péril la sécurité de personnes qui leur ont transmis secrètement des données.

Le 5 décembre, deux jours après la publication du rapport américain, George Bush et Nicolas Sarkozy se sont entretenus par téléphone à propos de l’Iran. A-t-il été question de l’idée française de transférer des données à l’AIEA ? Selon le porte-parole de l’Elysée, la conversation a en tout cas conforté le président français dans sa politique de fermeté face à l’Iran.

M. Sarkozy a estimé ce jour-là, à propos des conclusions du rapport américain, que « si cela est confirmé, les préoccupations internationales depuis 2002 sur les finalités des activités nucléaires en Iran seraient encore renforcées ».

Les responsables français sont en pointe en Europe aujourd’hui sur le dossier, tout en prenant grand soin d’associer les Britanniques et la chancellerie allemande d’Angela Merkel à leur réflexion.

Cela s’intègre dans la volonté manifestée depuis plusieurs mois par Nicolas Sarkozy de mener une politique sans concession face au problème de la prolifération en Iran, qu’il a décrit comme une des « plus graves crises » pesant sur l’ordre international.

Paris semble avoir comme préoccupation de remédier à la confusion semée par le rapport du renseignement américain. Le texte affirme en effet avec « un haut degré de confiance » qu' »à l’automne 2003, Téhéran a arrêté son programme nucléaire militaire » – ce qui a été analysé parfois comme un quitus accordé à Téhéran. Mais le rapport ajoute, « avec une confiance modérée », que « Téhéran n’a pas redémarré son programme nucléaire militaire à la date de la mi-2007 ». Selon Israël, ce redémarrage a eu lieu.

« Il serait utile, et même du devoir des Américains, de transmettre les éléments de preuve d’activités nucléaires militaires à l’AIEA », commente-t-on côté français, « et il serait du devoir de l’AIEA de prendre ces éléments en compte ».

Par le passé, Washington a régulièrement transmis des documents à l’AIEA sur les activités de l’Iran. Mais un épisode a récemment achevé de compliquer la relation avec l’Agence : après le bombardement israélien effectué le 6 septembre en Syrie sur un site où, selon des sources américaines, se construisait un réacteur nucléaire de type nord-coréen, M. ElBaradei a publiquement contesté cette version et mis au défi les Etats-Unis et Israël de lui en fournir des preuves – qu’il dit ne pas avoir reçues à ce jour.

On estime à Paris que le rapport du renseignement américain sur l’Iran contient des éléments accablants, et qu’il convient de les utiliser pour « rebondir » diplomatiquement. Une relance de l’AIEA sur le dossier iranien, sur la base de preuves nouvelles, pourrait stimuler le processus de sanctions à l’ONU, où une nouvelle résolution est à l’étude.

L’objectif semble, en somme, de compenser la disparition d’un élément psychologique qui a cessé de peser sur le régime iranien : la possibilité d’une action militaire américaine.

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